CHAPITRE W
j'ai bien le temps de m'amuser à demander des con lions (1) ! »
La pensée des joies du ciel elle-même, si l'on s'y arrêtait dans une
complaisance inactive, lui paraissait blâmable : « Au lieu de tant nous occuper à désirer le ciel, disait-elle, travaillons à le gagner.»
« Quand je voulais l'animer, dit sœur Marie, je lui disais ; •• Ma Mère, que le ciel doit donc être beau ! Et comme, si le bon Dieu m'en entre-bâillait seulement la porte, je m'y précipiterais volontiers !» — « Oh ! la paresseuse! oh! la lâche! s'écriait-elle... Quand il y a tant d'ouvrage à faire sur la terre ! » Puis, s'animant et riant à la fois : << Tenez, ajoutait-elle, je voudrais être saint Pierre pour quelques instants. Il me semble que je ferais sortir du paradis tous les jeunes saints, — saint Louis de Gonzague et saint Stanislas comme les autres, — et que je les renverrais sur la terre employer leur jeunesse et leurs forces à gagner des âmes à Dieu. »
« Pour moi, disait-elle plus tard, dans une instruction à ses Sœurs, je ne voudrais d'autre paradis que de travailler au salut des âmes. »
Avons-nous besoin de dire que, sous leur forme piquante et le paradoxe voulu de leur expression, ces maximes sont de tous points conformes à la doctrine et à la pratique des saints ? (2)
Aussi bien, les dons de Dieu les plus extrordinaires ne faisaient que fortifier les sentiments d'humilité de la Vénérable Mère. C'est à ce signe, suivant saint François de Sales, que se reconnaissent les âmes vraiment dévotes. <( A l'exemple de la Bienheureuse Vierge, dit-il, c'est lorsque le Tout-Puissant a fait en elles de grandes choses, qu'elles magnifient le Seigneur en confessant la bassesse de ses servantes. »
Une des raisons qui nous porteraient le plus à penser que Marie Rivier fut favorisée de grâces extraordinaires pendant l'année 1807,