‹ La vénérable Marie RivierChapitre 142 sur 279 · Mémoires de sœur Sophie · texte numérisé non relu

Mémoires de sœur Sophie

2. Qu'il nous suffise de rapprocher de ces paroles de la Vénérable Mère Rivier les paroles suivantes, prononcées un demi-siècle plus tard par le Vénérable M. Vianney, curé d'Ars : « Monsieur le curé, disait un jour au curé d'Ars un missionnaire, si le bon Dieu vous proposait de monter au ciel à l'instant même, ou de rester sur la terre pour travailler à la conversion des pécheurs, que feriez-vous ? — Je crois que je resterais. — Est-ct possible ? les saints sont si heureux dans le ciel ! plus de tentations ! plus de misères !... » — Avec un angélique sourire, il répondit : « C'est vrai, mais les saints sont des rentiers; ils ne peuvent plus glorifier Dieu par le travail, la souffrance et les sacrifices pour le salut des âmes. » (Esprit du Curé d'Ars, par l'abbé Monnin, p. 319.) — On cite des réponses analogues de S. Ignace de Loyola et de S. F. de Sales.

LA \ ÊNÊRABLE MARIE RIVIER.

est précisément la tentative de démission que son humilité renouvela

au commencement de l'année iSoS.

Aux premier- jours de février, la Supérieure île Thueyts se rendit ù Viviers auprès de celui qui restait, malgré l'éloignement, le directeur toujours consulte et toujours obéi ; et, de Viviers même, le g février, elle écrivit à son assistante une lettre par laquelle elle supsei] d'accepter sa démission. M. Vernet, qui ne pouvait avoir aucun doute sur l'issue de cette démarche, avait cru pouvoir accorder cette satisfaction à l'humilité de la Servante de Dieu.

• Il y a longtemps que je soupire, disait-elle, sous le poids de ma charge... Il est vrai, dans un temps, la nécessité m'a fait porter ce fardeau ; mais aujourd'hui vous pouvez m'en débarrasser... Je vous assure que je ne suis pas en état de m'acquitter de mes obligations. Je n'ai point de vertu ; ma mémoire s'affaiblit ; je n'ai jamais été assez instruite... De plus, toute ma vie j'ai commandé, et je ne croirais pas mon salut en sûreté, si je continuais de le faire. »

On devine la réponse de sœur Chantai :

« Ma bonne et tendre Mère, — Vous dirai-je, cette fois, que votre lettre m'a fait plaisir? Xon, je ne le pourrais sans blesser la vérité...

<L Je n'ai pas cru, d'abord, devoir communiquer votre lettre au Conseil. J'ai voulu avaler l'amertume toute seule... J'ai cependant consulté M. Pontanier, et il a absolument exigé de moi que je fisse voir votre lettre au Conseil. Je l'ai fait par obéissance. Tous les membres, d'une commune voix, rejettent votre proposition et ne veulent pas de votre démission... Ainsi, ne pensez plus à cela, ma bonne Mère, mais songez à revenir vite au milieu de vos enfants. »

Le séjour de la Vénérable Mère à Viviers dut se prolonger encore; il avait pour objet la poursuite de démarches administratives que, de concert avec M. Vernet, elle avait entreprises à la fin de l'année 1807, à l'effet d'obtenir pour son Institut l'autorisation de l'État.

L'année 1807 avait été marquée, en effet, par des mesures qui semblaient offrir à l'Église de France les plus légitimes espérances. Le Gouvernement avait restitué enfin aux fabriques leurs biens non aliénés, rendu aux évéques l'autorisation de fonder des petits séminaires pour les humanités et la philosophie et de faire des visites -raies dans les maisons d'éducation ; des décrets impériaux avaient établi un traitement au profit des succursales et fondé des bourses en faveur des grands séminaires. A la fin de 1807, trentedeux Congrégations religieuses de femmes s'étaient reconstituées.

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