CHAPITRE W
I azaristes, les Pn 1res des Missions étrangères, les Prêtres du Saint-Esprit et les Frères des Écoles chrétiennes avaient ouvert plusieurs maisons; les Prêtres de Saint-Sulpice s'étaient réunis et avaient repris la direction de plusieurs grands séminaires ; et, malgré le décret impérial qui proscrivait toute Communauté religieuse n'ayant pas pour but exclusif l'enseignement ou le soin des malades, des monastères d'Ursulines, de Visitandines et de Carmélites s'étaient ouverts; les Trappistes eux-mêmes avaient fondé deux maisons aux portes de la Capitale sans rencontrer d'obstacles (1).
Cette attitude du Gouvernement impérial avait réjoui le cœur des catholiques et mérité les félicitations du Pape Pie VII.
Mais cette politique libérale et bienveillante n'était-elle, suivant l'expression d'un grave historien, <{ qu'un manteau destiné à couvrir les desseins cachés de l'empereur contre l'autorité du Souverain Pontife (2)? » Les événements qui suivirent sembleraient nous autoriser à le soupçonner.
En même temps qu'il multipliait les marques de bienveillance à l'égard du clergé de France, l'empereur ne cessait de formuler les exigences les plus contraires aux droits de l'Église catholique et à l'indépendance de son Chef. Ses principales prétentions, formulées par son ambassadeur, étaient les suivantes : prononciation de la rupture du mariage légitime du prince Jérôme Bonaparte ; expulsion des Anglais, ennemis de Napoléon, des domaines du Saint-Siège ; mise à la disposition de l'empereur des forteresses des Etats Romains ; acceptation des quatre articles de 1682 relatifs aux libertés de l'Église gallicane.
Le pieux et saint Pontife, dont l'âme semblait n'avoir été faite que pour souffrir et pardonner, trouva, dans la grâce de son divin caractère, la force de résister à celui devant qui le monde entier tremblait. A l'ultimatum impérial, il répondit avec calme et résignation : « Sa Majesté peut, quand elle le voudra, exécuter ses menaces et nous enlever ce que nous possédons. Nous sommes résigné à tout et prêt, si elle le veut, à nous retirer dans un couvent ou dans les catacombes de Rome, à l'exemple des premiers successeurs de 'saint Pierre. »
Bientôt les catholiques de France apprirent avec douleur que les
1. IV Rohrbacher. Histoire universelle de l'Église catholique, Livre x, c. L.