Rohrbacher
menaces impériales étaient mises à exécution. Une année franv commandée par le général Miollis, marchait sur Rome, avec ordre
apitale du monde chrétien. Le 2 février
elle >" entrait en effet, s'emparait du château Saint-Ange, et,
tandis que le Pape et le Sacré-Collège célébraient, dans la chapelle
•uirinal, l'office solennel de la Purification, un corps de cavalerie
et d'infanterie était poste sur la place du palais pontifical, et des
pièces d'artillerie braquées en face de l'appartement du Pape.
1 était fait des espérances des catholiques. Les négociations entamées avec le ministre des cultes pour la reconnaissance légale de l'Institut de la Présentation furent interrompues. Elles ne devaient 'ir une solution favorable que le 29 mai 1830.
La prudente Supérieure se contenta de recommander à ses filles la plus grande réserve dans leurs paroles ; sa devise du temps de la Révolution : « Prier, travailler et se taire », redevint son mot d'ordre, tandis que, joignant l'exemple au précepte, ehe réalisait elle-même, par ses travaux et par ses épreuves, cette vie humble et laborieuse qu'elle donnait à ses religieuses comme l'idéal d'une Sœur de la Présentation de Marie.
Le pensionnat de la Maison-Mère de Thueyts, la surveillance et la visite des écoles paroissiales, les retraites et les instructions qu'elle continuait à donner, non seulement aux Sœurs de son Institut, à celles de Saint-Joseph, de Saint-Félicien, aux Demoiselles de l'In-truction du Puy, mais encore aux femmes et aux jeunes filles des campagnes, offraient à son zèle un champ toujours plus vaste et plus fécond.
Dans une de ses lettres à la Sainte-Vierge, où sa piété pleine de confiance exposait d'une manière si naïve ses besoins et ceux de sa Congrégation, nous trouvons ces lignes : € Très sainte Vierge, notre Fondatrice et notre bonne Mère, daignez permettre à votre plus chétive servante de vous faire quelques demandes. Vous voyez que notre maison est trop petite, que bientôt nous ne pourrons plus recevoir de novices, ni tenir à votre chapelle, si vous ne nous donnez les moyens de l'agrandir.. » Cette lettre est de 1810. Depuis quelques années, l'insuffisance du local occupé à Thueyts par la Communauté était une de ses grandes préoccupations.
Ses démarches auprès de plusieurs propriétaires, voisins de l'immeuble, à l'effet de les déterminer a vendre leurs maisons ou leurs terres, avaient échoué ; un projet d'échange de bâtiments avec le
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Collège de ThueytS n'avait pas abouti non plus ; la Vénéi Mère forma alors le dessein de bâtir an domaine du Mas, que M11"' Villard avait acquis e1 donné à la Présentation au mois de
mars 1S07. M. Vemet dressa les plans; mais la Providence, qui destinait à la Maison-Mère une nouvelle et plus grande installation, neuf ans plus tard, à Bourg-Saint-Andéol, ne permit pas davantage la réalisation de ce projet.
L'insuffisance des locaux n'était pas la seule conséquence de l'accroissement du personnel. A mesure que le nombre des pensionnaires augmentait, une organisation plus complète de la discipline et des études, une vigilance plus attentive sur les élèves, un soie grand à maintenir parmi elles l'esprit de solide piété des premiers temps, devenaient nécessaires. Admirablement secondée dans sa tache par l'expérience de soeur Chantai, par le dévoûment sans mesure de sœur Gertrude, par les remarquables qualités de tact et de perspicacité de sœur Marie, l'infatigable Supérieure ne se croyait pas dispensée, malgré ses multiples occupations, de veiller par ellemême à l'observation exacte du règlement, au maintien du bon esprit, parfois même aux détails en apparence les plus insignifiants de la discipline intérieure du pensionnat.
« Une jeune élève, raconte sœur Marie, s'ennuyant au pensionnat et voulant contraindre ses parents à venir la chercher, avait pris le parti de faire la malade. Elle se plaignit d'éprouver dans tout le corps des douleurs rhumatismales qui l'empêchaient, disait-elle, de reposer et la nuit et le jour. Au moindre mouvement, elle poussait des cris lamentables. Ses maîtresses et ses compagnes attendries lui prodiguaient leurs soins et la portaient même d'un endroit à un autre, bien qu'elle fût grande et pesante. Sœur Chantai était plus attendrie et plus empressée que personne. Mais notre bonne Mère, dès les premiers jours, discerna une malice. Elle veilla une nuit entière, pendant laquelle, une chandelle à la main, elle visita plusieurs fois notre malade, qui fut toujours trouvée profondément et doucement endormie. Le lendemain, au lever, notre Mère fut encore là: — Eh bien! ma fille, dit-elle à l'enfant, comment avezvous passé la nuit ? — Très mal, très mal, répondit-elle, je n'ai pu fermer l'œil. — Notre Mère lui dit alors énergiquement son fait, lui ordonna de s'habiller immédiatement et sans aide, l'isola de ses compagnes, manda ses parents et la leur remit. »
Ce n'était pas seulement par sa vigilance, c'était encore par son
. 1 M K vm.y MARIE RIVIER.
admirable discernement dans le gouvernement des élèves, que la Supérieure île la Présentation, démentant par ses œuvres les protestations de son Immilité, se montrait apte entre toutes aux fonctions les plus délicates de sa charge.
Laissons sœur Marie nous le dire elle-même avec autant d'ingénuité que de finesse d'observation.
Quand j'arrivai à Thueyts, je trouvai le pensionnat très nombreux et fort bien tenu. Mais je remarquai bientôt, non sans surprise, trois manières différentes, chez les principales maîtresses, de traiter les enfants.
« Quelques-unes des Sœurs anciennes, si admirables par leur vertu, me semblaient parfois d'une sévérité excessive. Sœur Gertrude, au contraire, ne pouvait presque, par bonté de cœur, se réduire à punir : les enfants la vénéraient, elles l'aimaient ; il y avait là cependant une faiblesse, et quelques élèves en abusèrent. Sœur Chantai dominait tout son monde par sa dignité, son calme, sa politesse exquise, son zèle à bien instruire et l'art qu'elle avait de le faire.
« Quant à notre Mère, lorsqu'elle intervenait pour la correction des enfants, j'observais qu'elle traitait les unes avec une sévérité pareille à celle de nos Sœurs anciennes, tandis qu'elle usait envers d'autres de procédés en tout semblables à ceux de sœur Gertrude et de sœur Chantai.
« J'avais alors a diriger moi-même une classe de pensionnaires. Ayant bien connu, et de bonne heure, l'incomparable charité de notre Mère, je pris un jour la liberté de lui demander la raison qui la faisait agir ainsi. La réponse que j'en obtins me fut une grande leçon : « Je ne punis pas indistinctement tout le monde, me dit-elle : quand j'ai affaire à des enfants qui ont été bien élevées chez elles, ou enfants que je vois naturellement délicates, nobles dans leurs sentiments, quelques avis, quelques douces paroles, une pieuse ou forte pensée, un regard me suffisent ; mais je gâterais les autres si je les traitais ainsi ; du moins, quelque contraires que fussent les apparences, elles garderaient au fond tous leurs défauts : à celles-là il faut de vertes réprimandes, de dures paroles, et même quelquefois une correction plus sévère.
« Elle ajoutait : «. Il en est des pays comme des personnes : tout ne réussit pas partout de la même manière ; ici, il faut surtout de la douceur ; là, surtout de la fermeté. »