HAÏTI RE XX
relie fut la dernière tentative de la Mère Rivier pour sedémettre de sa charge. Depuis lors, elle osa à peine renouveler, dans quelques-unes de ses prières, l'expression discrète de son désir. « Très sainte Vierge, écrit-elle le 13 décembre 1S10, en terminant une prière à Notre-Dame du Puy, obtenez-moi, je vous en conjure.la grâce d'être une sainte et de ne pas mourir Supérieure » ; et, dans une lettre à S. François Xavier du 4 mars 18 12 : « Obtenez-moi toutes les grâces qui me sont nécessaires pour me bien acquitter de ma charge, et la grâce d'en être délivrée, si telle est la volonté de Dieu. »
Le profond sentiment d'humilité qui avait inspiré ces démarches et ces prières devait grandir jusqu'à la mort de la Vénérable Supérieure. Dieu l'exauça en un sens, en la laissant à un poste où les sujets d'humiliations, les peines de toutes sortes ne lui firent jamais défaut.
La mort n'avait pas encore frappé la famille religieuse de Marie Rivier. L'année 1809 vit le premier deuil de la Présentation de Marie. La Vénérable Mère, en tournée de visites d'écoles, reçut la lettre suivante que lui écrivait de Viviers, le 10 mai, M. Vernet, aucune Sœur n'ayant osé se charger de lui transmettre la douloureuse nouvelle.
« Ma chère fille, nos bonnes Sœurs vous appellent leur Mère. Voici que vous commencez à l'être véritablement : sœur Brigitte est votre fille aînée ; elle jouit d'une vie que rien ne pourra lui ravir ; elle est clans le Ciel.
« Je n'ai pu lui refuser des larmes ; votre cœur vous en fera verser sur cette chère Sœur, qui est votre enfant. Mais elle a si bien vécu, sa mort a été si édifiante, que je ne doute point de son bonheur, et je l'ai déjà plusieurs fois invoquée. »
Sœur Brigitte, âgée de quarante ans à peine, appartenait à cette vaillante génération des premières Sœurs dont nous avons vu, dans sœur Martine, sœur Thérèse, sceur Anastasie et sœur Marion, le type accompli : infatigables au travail, modestes et dévouées jusqu'à l'oubli complet d'elles-mêmes. Les dons éminents des sujets qui vinrent après elles ne doivent pas faire oublier que ces humbles Sœurs furent les vrais fondements de la Congrégation de la Présentation. La mort de sœur Brigitte fut calme et simple comme l'avait été sa vie. « L'agonie se prolongea, disent les Annales, mais ce lonç travail de la maladie nota rien à la sérénité de visacre de
notre du 3 r; sans connaissance et presque sans parole; elle
articula plusieurs fois : Divin Jésus ! ainsi que ces mots : Nunc et
:ort;s nostrœ. Amen. Ses traits ne furent point altérés par
la mort; les enfant inrent après son décès prier autour
n cercueil et la considérer sans frayeur. »
. de temps après, M. Vernet écrivait à la Vénérable Mère : «Je
que Dieu veut nous faire de sœur Agnès une protectrice de
plus dans le ciel. } L'année précédente, la Mère Rivier avait du
ramener du Puy la maîtresse des novices de l'Instruction, souffrante
d'un mal qui ne laissait aucun espoir de guérison. En prolongeant
pendant plus d'une année la terrible maladie, la Providence fit
resplendir, aux yeux de toute la Maison- Mère, les vertus de
Agnès, f Tout en elle prêchait, disent les Annales: la mo-
- paroles et de son maintien, son égalité dame, son
silence, son oraison continuelle. »
Mère Rivier, absente, fut prévenue à temps pour recevoir sou dernier soupir ; M. Vernet était venu de Viviers la visiter quelques jours auparavant ; ses derniers moments approchaient. Sœur Agnes pria une novice de lui lire quelque chose sur le ciel. Celle-ci, qui n'avait point de livre, dit à la Sœur infirmière : «. Notre Sœur veut une lecture sur le ciel. ;> Aussitôt la mourante fit approcher la novice et lui dit d'un accent très énergique : « Pourquoi dites-vous que je veux ? Une Sœur de la Présentation ne doit pas avoir de volonté. » Le 19 mars, jour de saint Joseph, elle communia pour la dernière Le lendemain, 20 mars 1810, elle expira doucement en priant Dieu. Elle était âgée de trente-quatre ans.
Ces épreuves, si cruelles qu'elles fussent, portaient avec elles leur consolation, dans la pensée que les Sœurs qui avaient quitté la Congrégation intercédaient pour elle auprès de Dieu. Dans ces coups douloureux, il était possible encore d'adorer le bras de Dieu qui frappe pour guérir. Il ne pouvait en ctre ainsi d'une épreuve qui venait à la Vénérable Mère d'une de ses maisons les plus chères il était impossible de voir autre chose que l'œuvre du démon. De quels pièges l'Esprit du mal se servit-il pour arriver à ses fins et troubler la petite Communauté de Vernoux ? La bonté peut-être trop complaisante de l'excellente sœur Agnès, qui y avait exercé la supériorité avant d'aller au Puy, les étourderies enfantines de la jeune postulante qui fut plus tard l'admirable sœur Sophie, avaientelles préparé les voies ? De la dissipation à l'oubli de la Règle, de