‹ La vénérable Marie RivierChapitre 151 sur 279 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

n'attendant plus rien des hommes, s'était adressée à la Sainte- Vierge :

« Très sainte Vierge, notre fondatrice et bonne Mère,

< Daignez permettre à votre plus chétîve servante de vous faire quelques observations et demandes, qui me paraissent bien nécessaires à votre Maison.

« Voilà que M. Pontanier, à qui vous aviez confié votre œuvre dans son principe, et qui en a pris soin jusqu'ici, va nous quitter, sans doute par l'ordre de votre divin Fils et par le vôtre. C'est une croix pour vos filles, et surtout pour moi. Je la sens bien vivement ; mais, ma chère Mère, il n'y a pas de sacrifice que je ne fasse, quand vous le voulez.

« J'ose vous prier encore de nous le laisser, s'il vous plaît, au moins pour quelques années ; mais que la volonté du bon Dieu et la vôtre se fassent en tout et partout. Je m'y soumets entièrement, et cela pour toujours, quoi qu'il m'en coûte. Je la veux, cette divine volonté, et je ne veux pas autre chose.

€ La grâce que je vous demande, au nom de toutes vos petites filles, c'est de nous choisir vous-même un autre aumônier pour votre Maison, si vous ne voulez pas nous laisser M. Fontanier. »

La Sainte-Vierge exauça cette dernière demande. L'aumônier désigné pour remplacer M. Pontanier fut M. l'abbé Hugon, qui avait été précédemment vicaire à Thueyts. Son évêque l'avait déplacé, depuis quelque temps, au grand regret des Sœurs de la Présentation et de leur Mère, pour le mettre à la tête de la paroisse de Saint- Pierre, près les Vans, où le dëvoûment d'un saint prêtre était nécessaire. Les Sœurs dé Thueyts accueillirent ce choix comme venant de leur Mère du ciel.

La présence de M. Hugon n'empêcha point les relations fréquentes de la Vénérable Mère avec les deux nouveaux directeurs du grand séminaire de Viviers, surtout avec M. Vernet, qui demeurait Supérieur de la Congrégation. C'est à lui, une volumineuse correspondance nous l'atteste, qu'elle continua à recourir dans ses difficultés et dans ses peines.

Les unes et les autres étaient grandes. A peine la grave affaire de l'aumônerie de Thueyts était-elle réglée, que la Vénérable Supérieure se mit en route pour une nouvelle visite des écoles, pendant laquelle, aux fatigues du voyage, aux préoccupations diverses occa-

sionnées par les difficultés matérielles et administratives, vint se

joindre un redoublement de souffrances intérieures.

La nécessité où elle se trouvait souvent, en voyage, d'omettre tels

Kercices chers à sa piété, mais surtout le sentiment très vif

des responsabilités attachées à sa charge, et la crainte, comme elle

disait, <- de tout gâter par sa faute >\ étaient les causes principales de

lurments. Le démon se servait de ces sentiments pour susciter

âme des troubles, des anxiétés douloureuses, qui ne se

calmaient que par la parole de son directeur.

Sa rentrée à Thueyts ne mit pas fin à ses peines intérieures. Partout, ne rencontrait-elle pas, et cette délicatesse de conscience qui lui donnait une si haute idée de ses devoirs, et l'ennemi de tout bien qui s'acharnait contre son œuvre, et Dieu qui la jugeait digne de r par les épreuves qui ont purifié les âmes de ses plus grands saints ? Partout, ne portait-elle pas avec elle cette vive faculté de compatir, qui lui faisait ajouter à ses propres douleurs le contre-coup de toutes les souffrances dont elle était le témoin ?

De toutes ces épreuves, les plus sensibles à son cœur étaient sans doute celles que subissait en ce moment la sainte Eglise. « Je me souviens, dit une ancienne pensionnaire de Thueyts (1), qu'à la suite de plusieurs événements politiques et religieux, dont nous ne comprenions pas l'importance, la Mère Rivier nous assembla à la chapelle, et, avec une grande ardeur, nous demanda de prier. A la vue de sa douleur, nous prenions part, à notre tour, à ces malheurs que nous ne connaissions pas. »

Ces malheurs, sur lesquels la prudence faisait un devoir à la Vénérable Mère de ne pas s'appesantir en présence de ses élèves, n'étaient autres que la série d'attentats contre le Chef de l'Eglise, dont nous avons raconté plus haut les premiers actes.

Maître de Rome, Napoléon ne s'en était point tenu là. Un décret du 17 mai 1809, signé à Vienne, avait réuni tous les Etats du Pape à l'Empire, et, le 10 juin, le pavillon pontifical abattu avait été remplacé par le drapeau français sur le château Saint-Ange.

L'iniquité semblait consommée. Napoléon en jugea autrement. Il

manquait à la série d'injustices accomplies déjà de s'emparer de la

/une même du Pape et de le traîner en prison. L'empereur ne

recula point devant ce sacrilège attentat, et, sur ses ordres, le

inhomme, née Fourneret.

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