CHAPITRE XX
6 juillet 1809, le général Radet commettait cet acte de violence, qui inaugurait pour Tic VI I une captivité dont l'histoire n'est que trop connue.
Impuissant à faire plier l'autorité du Souverain Pontife sous son pouvoir despotique, Napoléon espéra parvenir plus facilement à ses fins en convoquant à Paris, au mois d'avril 181 1, un concile national, qui s'y ouvrit le 17 juin de la même année. Nous n'avons pas à en faire ici l'histoire. Qu'il nous suffise de dire que deux hommes entre tous surent tenir tète au puissant empereur, un archevêque et un simple prêtre : l'archevêque était Mgr d'Aviau ; le prêtre était le Supérieur de Saint-Sulpice, M. Emery.
i II est une scène du concile, écrit un témoin oculaire, l'abbé de Pradt (1), qui vivra éternellement dans ma mémoire. Dans la discussion de l'adresse à l'empereur, un prélat osa dire que le Saint-Père, en lançant l'excommunication contre Napoléon, avait outrepassé ses droits. Le vénérable archevêque de Bordeaux, Mgr d'Aviau, ne se contenant plus et se levant à demi de son siège, jeta sur la table du bureau, où il siégeait comme secrétaire de l'assemblée, un exemplaire du concile de Trente qui donne aux papes le droit d'excommunier les souverains, de quelque rang qu'ils soient ; puis, d'un geste indigné, avec une voix usée par l'âge, fatiguée par l'émotion, mais vibrante encore malgré sa faiblesse, il s'écria : « Eh bien ! jugez le Pape si vous l'osez, et condamnez l'Eglise si vous le pouvez ! » L'émotion avait gagné tous les membres du concile. L'effet produit fut énorme (2). »
« Ce mouvement d'une éloquence sans apprêt, disait plus tard le comte Beugnot à la Chambre des Pairs, entraîna l'assemblée (3). »
Quant à M. Emery, on sait comment, dans une réunion préliminaire du concile de 181 1, il eut le courage de résister en face à l'empereur (4).
Ce dut être une grande joie pour la Vénérable Fondatrice et pour
1. L'abbé de Pradt. Histoire des quatre Concordats, t. II, p. 494.
2. Comte d'IIaussonville. LÉglise romaine et le Premier Empire, t. IV, p. 281.