LA FAMINE ET L'INVASION
La famine de 1811 et de 1812. — Confiance de la Vénérable Mère en la Providence ; secours providentiels qui lui arrivent. — Sa charité envers les pauvres et les malades ; elle exige la même charité de la part de ses filles. — Alarmes causées par les guerres de l'Empire. — Tout «[jusqu'aux pierres de la maison» est consacré à Marie. — Captivité de Pie VII à Fontainebleau. — Les œuvres de pénitence et de prière redoublent. — La cérémonie des stations aux Christs. — Charité de la Vénérable Mère envers la mère d'un soldat. — Fondations nouvelles — La retraite de 1813. — Le jour d'expiation. — L'invasion étrangère. — Prière pour la France composée par M. Vernet.
LES graves événements qui se produisirent en France et en Europe de 1 8 1 1 à 1 8 1 5 : la crise commerciale et industrielle de l8li, les dernières guerres de l'Empire, la chute de Napoléon, les Cent-Jours, la Restauration des Bourbons, ne pouvaient avoir qu'une influence très indirecte sur une existence et sur une œuvre qui, audessus des agitations politiques, tendaient uniquement et par des voies toutes surnaturelles, au service désintéressé de Dieu et du prochain. Mais, si le royaume que recherchent les saints n'est pas de ce monde, rien cependant de ce qui touche ici-bas aux intérêts spirituels et temporels des hommes, leurs frères, n'est indifférent à leur charité, et chacun des événements que nous venons de rappeler fut pour la Vénérable Servante de Dieu une occasion nouvelle de pratiquer et de faire pratiquer à ses filles cette grande vertu.
Les lettres du temps nous donnent des détails navrants sur la terrible disette de i8u. Le marasme des affaires qui se produisit à la suite du blocus continental, les désastres d'un grand nombre d'éta-
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blissements financiers, l'inaction des capitaux que «les alarmes continuelles retenaient hors de la circulation, le manque de bras enlevés à l'agriculture et à l'industrie par des guerres presque sans trêve, avaient amené en France, jusqu'au fond des provinces les plus reculées, le renchérissement de toutes choses, puis une misère effrayante. Ce fut la famine (1).
La Communauté de Thueyts eut beaucoup à souffrir du fléau. « Les derniers mois de 181 1 et les six premiers de 1812, disent les Annales, furent un temps de très grande disette dans le pays. Le blé se vendait cinquante francs le sac. Il ne nous fallait guère moins de cent francs pour chaque fournée, et on faisait ordinairement deux fournées chaque semaine.
« Les parents de quelques élèves voulurent bien dédommager la maison de cette horrible cherté par des dons en nature, plusieurs s'engagèrent à fournir à leurs enfants un certain nombre de livres de froment par mois ; mais d'autres, au contraire, auraient eu plutôt besoin qu'on leur vint en aide. Plusieurs fois la Sœur économe se présenta devant notre bonne Mère, les yeux pleins de larmes, ne sachant comment elle pourvoirait aux besoins du lendemain... »
La foi de la Vénérable Mère en la divine Providence ne se démentit pas un instant. C'était pour elle une pratique habituelle, chaque fois qu'elle avait besoin de nouveaux secours pour ses œuvres, de redoubler ses charités. Elle commença par habiller douze petits enfants en l'honneur des douze apôtres, sept petites filles en l'honneur de la Sainte- Vierge, une pauvre femme en l'honneur de sainte Anne, un homme en l'honneur de saint Joseph ; puis elle s'enquit des moyens de subvenir à l'affreuse misère qui désolait le bourg de Thueyts et les villages voisins.
« Secourir les pauvres de Jésus-Christ, disait-elle, c'est à cette heure notre premier devoir. Quand nous avons pris ce qui nous est nécessaire, qu'avons-nous besoin de plus ? X 'avons-nous pas la Providence pour prendre soin de nous demain ? » (2)
La Providence veillait, en effet. Au commencement de 18 12, une noble bienfaitrice, adressée à Thueyts par M. Pontanier, toujours curé de Meysse. apportait à la Vénérable Mère un don de 1.000 francs, demandant seulement, en retour de son offrande, les prières
1. Voir Thiers, Histoire dit Consulat et de FEmfire, chap. XXIII.