‹ La vénérable Marie RivierChapitre 158 sur 279 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

seil de la Congrégation, datée du [3 avril 1S10 et attribuant une large aumône « aux prêtres et religieux espagnols détenus dans les casernes d'Embrun », est peut-être le seul détail qui, dans les livres et les lettres, jusqu'en 1812, fasse quelque allusion particulière aux grandes guerres qui mettaient en émoi l'Eutope entière.

Mais il était d'autres événements politiques dont la Communauté ne pouvait pas se désintéresser au même titre, parce qu'ils étaient en même temps des événements religieux de la plus grave importance.

Après son brusque enlèvement de Rome par le général Radet, le souverain pontife Pie VII avait été successivement conduit à la Chartreuse de Florence, puis en Piémont, et enfin interné à Savone, sur le golfe de Gènes. L'auguste captif y gémissait depuis trois ans, gardé à vue par une compagnie de gendarmes, lorsque, le 9 juin 181 2, ordre lui fut intimé de la part de l'empereur de se remettre en route pour une nouvelle destination. Un voyage pénible de dix jours faillit amener la mort du Pontife septuagénaire, qui, le 20 juin, arriva brisé de fatigue à Fontainebleau. Pendant dix-neuf mois, il devait y rester en butte aux obsessions de l'empereur et de ses agents, acharnés à lui arracher des concessions contraires à sa conscience et aux droits de l'Eglise (1).

Jusque-là, les prières de la Communauté de Thueyts pour l'Église et pour la France avaient été fréquentes ; à partir de l'année 18 12, elles devinrent incessantes. « A peine une neuvaine ou une quarantaine se terminait, dit sœur Sophie, qu'on s'occupait d'en organiser une autre. » Tant que dura la captivité de Pie VII à Fontainebleau, la Congrégation fut divisée en sept quartiers, à chacun desquels étaient assignées les prières, les amendes honorables, les pratiques de pénitence qu'il devait faire au nom de tout l'Institut. L'année 181 3 ne fut qu'une suite ininterrompue d'exercices de supplication et de pénitence, dont les Annales donnent les édifiants détails. Les fêtes de saint François Régis, de la Visitation, de l'Assomption, du saint Cœur de Marie et de saint Michel furent l'occasion d'autant de neuvaines, dans lesquelles, religieuses, novices et pensionnaires rivalisèrent d'ardeur. Le 3 mars 18 13, la Vénérable Mère écrivait : <L Pendant les jours de carnaval, nos pensionnaires elles-mêmes ont voulu faire des actes d'humilité et de mortification ; on a été obligé

1. V. Rohrbacher, Histoire universelle de V Église catholique, liv. XCI. •

LA \ ÉNÉRABL1 MARIE RIVIER.

d'en arrêter plusieurs. Prions, afin que la ferveur se maintienne partout. >

Par la grâce de Dieu, la ferveur ne cessa pas de croître. Peu de temps après, eut lieu la scène émouvante des Stations aux Clirists, dont le souvenir resta profondément gravé dans la mémoire de toutes celles qui y prirent part et dont nous empruntons le récit aux Annales de l'Institut.

Le quatrième vendredi de carême, fête des Cinq Plaies de igneur, notre Mère, attentive à saisir toutes les occasions d'exciter son troupeau, nous fit, dans l'après-midi, une instruction fort touchante sur l'obligation où nous étions de nous dévouer totalement au service de Dieu, afin d'arrêter sa colère déchaînée contre la France.

< Après avoir proposé à notre vénération les plaies sacrées de Jésus : <• Mes enfants, nous dit-elle, nous allons consacrer cette soirée a un pieux exercice. Mais je vous demande de l'accomplir avec humilité et avec componction ; sans cela nous ne toucherons pas le Cœur de Dieu. Voici de quoi il s'agit : au lieu de faire le Chemin de la Croix dans la chapelle, nous ferons dans toute la maison une station à chaque crucifix. »

« Puis notre Mère régla tout le détail de l'exercice. Le Ier janvier de cette année, elle avait donné comme étrenne à chaque sœur et novice une petite croix de bois peinte en vert, couleur d'espérance. Elle nous recommanda de porter toutes notre croix verte à l'exercice nouveau.

• La maîtresse des novices s'avança avec la grande croix des processions ; à sa droite était notre Mère, à sa gauche l'assistante ; elles avaient toutes trois une corde au cou. La Communauté suivait, chantant successivement le Vexilla régis, le Stabat, des cantiques de pénitence, et nous parcourûmes ainsi tous les corridors et toutes les salles de la maison. A chaque rencontre d'un Christ, on s'arrêtait. Toutes, à genoux, les bras étendus en croix, nous nous unissions de cœur à la formule de prière qu'une des Sœurs récitait à haute voix ; puis nous baisions la terre et nous nous relevions pour aller vers un autre Christ.

« Avant de nous ramener à la chapelle, d'où nous étions parties, et où se fit une consécration a Jésus crucifié, notre Mère nous avait groupées dans la cour, autour de la statue de la Sainte-Vierge, et nous avait toutes confiées à sa sainte garde. »

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