‹ La vénérable Marie RivierChapitre 164 sur 279 · Proclamation du itr mars 1S · texte numérisé non relu

Proclamation du itr mars 1S

2. A. de Beauchamp. Histoire de la campagne de iS/j. Paris, 1S15. t. II, livre XIV, p. 255, 256. — Henry Houssaye, 1814, Tari?, p. 329.

ldats libertins auraient pu facilement franchir la barrière et pénétrer dans la cour.

•• Le premier s< >in de n< »tre Mère fut de recourir à Dieu, son refuge habituel dans ses peines et ses inquiétudes. Elle obtint de notre bon Supérieur, M. Vernet, que le Saint-Sacrement fût exposé à la chapelle pendant quarante heures, afin que Xotre-Seigneur gardât lui-même plus ostensiblement sa demeure, et en même temps afin d'exciter plus vivement la ferveur et la confiance de ses chères filles. Elle n'oublia pas dans cette circonstance que le Couvent de Thueyts était la maison de Marie et ordonna qu'on chantât chaque soir, en l'honneur de la très sainte Vierge, le Salve Regina : pieuse pratique qui ne cessa point avec le danger qui l'avait inspirée, mais qui s'est toujours conservée depuis dans la Communauté. »

En même temps, l'active et prudente Supérieure ne négligea rien de toutes les mesures qui étaient en son pouvoir pour préserver sa maison de tout danger.

Dans une chambre située au-dessus de la porte d'entrée, une des religieuses, relevée à tour de rôle, fut chargée de faire le guet nuit et jour. Cachée derrière des contrevents légèrement entrouverts, de manière à voir sans être vue, elle avait mission de prévenir la portière et, au besoin, la Supérieure, à la moindre alerte. La portière avait l'ordre de n'ouvrir qu'après avoir reçu avis de cette sentinelle, qui pouvait communiquer avec elle par une autre fenêtre donnant sur la cour.

Ces mesures n'empêchèrent point la Vénérable Mère de rendre et de faire rendre aux soldats, surtout aux blessés et aux malades, et de la manière la plus large, les devoirs de l'hospitalité si chers à son cœur ; son zèle, fécond en ressources, sut trouver le moyen de concilier les précautions dictées par la prudence avec les services demandés par la charité.

« Tous les soldats qui avaient leur billet de logement pour le Couvent, disent les Annales, furent reçus par M. Vernet et logés dans une maison voisine dont on avait fait récemment l'acquisition, mais où les religieuses n'avaient pas encore été installées.

i Qui Iques Sœurs anciennes furent désignées pour aller soigner les blessés et les malades dans les maisons particulières où ils avaient été reçus. Ceux qui pouvaient marcher vena;ent chercher à la petite pharmacie, ouverte au Couvent depuis plusieurs années, les remèdes et i I de pansement dont ils avaient besoin, mais ils

I HAÏTI RK XXII.

étaient reçus en dehors de la porte, sans qu'aucun en dépassât le

seuil.

« Grâce à ces précautions, grâce aux prières qui ne discontinuèrent pas, aucun incident fâcheux n'arriva, et nos Sœurs n'eurent qu'a bénii Dieu de la protection qu'il avait accordée à la maison. 1 )es officiers supérieurs demandèrent seulement à visiter l'établissement ; M. Vernet, malgré quelque répugnance de notre Mère, crut devoir le leur permettre, les accompagna partout et l'on n'eut qu'à se louer de leur politesse et de leur parfaite honnêteté. »

La présence de M. Vernet à Thueyts fut, encore une fois, dans cette circonstance, une cause de confiance et de sécurité pour la sainte Supérieure et pour ses filles. \( Chaque jour, dit sœur Sophie, ce bon Père venait dans la maison ; le matin pour y célébrer la sainte Messe, et le soir pour nous réunir quelques instants et nous encourager de ses bonnes paroles. »

Les troupes disparues, le bon Supérieur avait repris, dans sa solitude du collège, le long et délicat travail de la rédaction des Régies de l'Institut, lorsque, au mois d'août, il fut convoqué à Paris pour prendre part à l'élection du nouveau Supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, en remplacement de M. Emery.

La Vénérable Mère conçut à ce sujet des inquiétudes dont la seule cause n'était pas 1 eloignement momentané du Supérieur de la Présentation. Les éminentes qualités de M. Vernet, qu'elle avait pu apprécier mieux que tout autre, lui faisaient craindre que le choix des électeurs ne se portât sur le Supérieur du séminaire de Viviers.

Dieu ne lui demanda pas ce sacrifice. Le Supérieur élu fut M. Antoine du Pouget Duclaux, ancien directeur du séminaire de Saint-Sulpice, et le séjour de M. Vernet dans la Capitale lui fut au contraire une occasion de rendre à l'Institut de la Présentation les plus grands services.

Le jour même de son arrivée, le Ier septembre 1 8 14, il écrivait : € Je suis entré ce matin dans Paris, ma chère fille. Sans m'arrèter dans la grande ville, je me suis rendu au séminaire d'Issy, où je me suis hâté de faire une visite à notre chapelle de Lorette. Je vous y ai présentée à la Sainte-Vierge, ainsi que toutes vos filles , je le ferai chaque jour pendant mon séjour ici. »

Les lettres des jours suivants nous montrent le zélé Supérieur,

non content de son pieux souvenir devant Dieu, multipliant les démarches en faveur de sa chère Communauté.

€ Que de choses édifiantes je vois ici ! Nous avons depuis trois jours M. le duc de Montmorency, qui est venu faire une retraite ; il vit avec les séminaristes ; il est pieux comme un ange. Je lui ai parlé de nos établissements ; il nous rendra service, au besoin, autant qu'il le pourra. Il est premier aide de camp de Monsieur, frère du Roi. »

L'entremise de ce puissant protecteur et de quelques autres personnages influents que M. Vernet sut intéresser en sa faveur, hâtèrent la solution d'une affaire administrative engagée depuis quelque temps avec la préfecture, au sujet de la fondation projetée d'un orphelinat.

Une autre démarche de M. Vernet eut encore pour objet une œuvre nouvelle, qui devait, plus tard, porter les fruits les plus abondants.

« Je sors de chez AT. l'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets, écrit-il le 15 septembre. Il m'a très bien accueilli ; il m'a assigné un jour pour me donner tous les détails complémentaires. J'ai déjà quelques-uns de ses livres. Nous causerons de tout ce qu'il m'a dit. »

Ces quelques lignes avaient trait à une œuvre à laquelle s'était dévouée depuis quelque temps sœur Régis auprès d'une jeune sourde-muette que la charité de la Vénérable Mère lui avait confiée- Les succès inattendus obtenus dans l'instruction de cette pauvre jeune fille avaient donné l'idée de former des maîtresses spéciales pour les personnes atteintes de la même infirmité. Grâce aux indications que voulut bien donner M. l'abbé Sicard, la méthode inaugurée par ce bon prêtre fut appliquée à Thueyts avec beaucoup de fruit. On y instruisit par des leçons particulières les sourdes-muettes, jusqu'au jour où il fut permis de consacrer à cette œuvre un établissement spécial à l'ombre même du sanctuaire de Notre-Dame du Puy ' 1 .

Deux jours auparavant, dans une lettre du 13 septembre, sœur Marie avait chaleureusement plaidé auprès de sa Supérieure, la cause

1. Le séjour à Paria de M. Vernet ne fut pas inutile non plus aux intérêts de son cher diocèse de Viviers : •> Rien n'est encore arrangé pour les affaires eccI4siasliques, écrit-il dans sa lettre du 15 septembre 1814, citée plus haut; mais il y a quelque espoir pour le siège de Viviers ; j'ai vu quelques personnes pour cela. » — II s'agissait de la reconstitution du diocèse de Viviers, toujours confondu avec celui de Mende.

Page 1