‹ La vénérable Marie RivierChapitre 165 sur 279 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

d'une autre œuvre, qui n'avait jamais cessé de lui être très chère, la fondation d'un hôpital.

Dès le 3 décembre 1813, dans sa touchante prière à saint Fran Xavier, dont nous avons donné plus haut des extraits, la Vénérable Mère avait écrit : •< Bon saint Xavier, vous savez bien que nous désirons fonder un hôpital pour nous rendre utiles aux membres souffrants de Jésus-Christ... »

Quelque temps auparavant, M. Vernet, consulté à ce sujet, avait répondu par la décision suivante : « A la vérité, la fin unique de l'Institut est l'instruction chrétienne de la jeunesse, et nous devons y tenir fortement ; mais, de même qu'à Saint-Sulpice, dont le but est l'œuvre des séminaires, on a cru pouvoir admettre des cures, comme au Puy; des œuvres de missionnaires, comme à Saint-Clément de Xantes et au Canada ; de même, une œuvre hospitalière ne serait pour vous qu'une œuvre surajoutée, un appui seulement pour la principale et ne changerait pas la fin de l'Institut. »

Pendant le séjour de la Vénérable Mère au Puy, un simple incident vint raviver au cœur de la charitable sœur Marie ce vif attrait pour la vie hospitalière, qui avait fait, nous l'avons vu, le premier rêve de sa jeunesse.

Parmi les pauvres mendiants qui venaient chaque jour demander l'aumône à la porte du Couvent, se présenta une jeune fille de dixhuit ans, qui, atteinte d'une maladie grave, n'ayant personne pour lui donner les soins nécessaires à son état, repoussée de partout à cause de son infirmité même, n'avait trouvé depuis plusieurs jours d'autre abri qu'une misérable étable abandonnée.

En présence d'une pareille misère, le cœur de sœur Marie n'hésita pas ; elle accueillit la pauvre malade dans la petite maison attenante au pensionnat dont nous avons parlé plus haut, lui prodigua les premiers soins et s'empressa d'écrire à sa vénérée Supérieure, qui lui répondit aussitôt : « Vous avez bien fait, ma chère fille, de recueillir cette pauvre malade : qu'on l'instruise bien et qu'on en ait grand soin : mon cœur ne se refusera jamais à de pareilles œuvres, je souffrirais moins d'être à la place de ces infortunées que de les délaisser. »

D'instruction religieuse, en effet, la pauvre fille avait autant besoin que de soins matériels ; elle n'avait point fait encore sa première communion ; on lui enseigna les éléments du catéchisme, et l'hos-

pitalité qu'on lui offrit fut plus profitable encore à son âme qu'à son corps.

C'est au milieu de ces œuvres charitables que sœur Marie, le 13 mbre, osa écrire, avec cette humble discrétion qu'elle savait mettre dans l'expression de ses désirs les plus ardents : «: Ma bonne Mère, j'aurais bien envie de vous prier de demander à M. le Supérieur qu'il vous laisse vouer à la Sainte-Vierge un hôpital de cinq lits, le jour de la Présentation. » — « Ma chère fille, répondit la bonne Mère, si Dieu veut que nous fassions un hôpital, il l'inspirera aux Supérieurs ; en attendant, faisons tout ce que nous pouvons pour soulager les malades abandonnés. )>

Or, précisément à cette heure, la municipalité de Privas renouvelait une demande, déjà faite cinq ans auparavant, pour obtenir un hôpital desservi par des Sœurs. Le vénérable curé de la paroisse, M. Terrasse, d'accord avec le maire, fut d'avis de s'adresser aux Sœurs de la Présentation ; le nouveau préfet de l'Ardèche, M. d'Indy, en qui la Communauté de Thueyts avait été heureuse de rencontrer la même bienveillance qu'en son prédécesseur, M. de Sainte- Suzanne, joignait ses instances à celles de la paroisse et de la municipalité. La fondation d'un hôpital et d'un pensionnat à Privas fut décidée dès le mois de janvier 181 5.

L'installation des Sœurs au chef-lieu du département de l'Ardèche eut lieu le 4 mars. Une lettre de sœur Chantai, qui fut désignée pour diriger l'établissement, nous dépeint l'enthousiasme avec lequel les nouvelles religieuses furent accueillies par la population.

■ La grande cérémonie a eu lieu vendredi. On vint nous chercher en procession. Il y avait un nombreux clergé : prêtres en chape, pénitents et pénitentes avec croix et bannières. Au chant de Y Ave )>iaris Stella, nous nous avançâmes vers l'église. Les places, les boutiques, tout était rempli de monde, et cette foule ne nous épargnait pas les bénédictions. Puis, grand'messe ; à l'évangile, discours de M. le curé, débordant de nos louanges, et l'église pleine comme au jour de Pâques. Nous avons terriblement souffert ; nous étions rouges de honte, et nous ne savions comment nous cacher. »

Et l'humble religieuse ajoute ces paroles où se révèle bien son esprit surnaturel :

« Je ne sais ce que tout cela signifie ; mais toutes ces belles choses me font frémir, cet enthousiasme me fait peur. Là où n'est point plantée la croix, peut-on se fier ? Notre bon Maître humilié,

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