‹ La vénérable Marie RivierChapitre 17 sur 279 · CHAPITRE II. II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. II

mettais un moment ma tète entre mes mains, sur mes genoux ; mais je recommençais bientôt après à prier. »

Les jours, les mois, les années s'écoulaient et la guérison ne venait pas. Loin de là, des crises violentes avaient mis plusieurs fois la vie de l'enfant en danger. Néanmoins sa confiance ne diminuait pas. « Demain, disait-elle en revenant de la chapelle, demain, sûrement, je serai guérie. »

Il semble que ce violent désir d'être guérie qui la tourmentait aurait dû, en l'absorbant dans la pensée de son infirmité, rendre son caractère triste et sombre. Il n'en était rien. Revenue à la maison, nulle enfant n'avait plus de gaîté, de vivacité, de pétulance. On la voyait toujours entourée d'une troupe de petits enfants, qu'elle savait attirer et retenir autour d'elle, les uns plus jeunes, quelques autres plus âgés, tous plus alertes et plus vigoureux qu'elle ; mais on ne pouvait s'y méprendre, la première de toute la petite compagnie, c'était bien Marie Rivier. C'est sur la terrasse de la maison paternelle, ou dans le verger, qu'elle rassemblait la troupe enfantine. Tous, de gré ou de force, subissaient son ascendant. Assise sur la petite chaise où sa mère l'avait placée, elle réglait l'emploi du temps et l'ordre des jeux. On chantait, on s'ébattait joyeusement. Tout à coup, un mot, un signe de sa part, et tout ce petit monde faisait silence. Marie enseignait alors les prières que sa mère lui avait apprises, redisait les histoires que sa mère lui avait racontées, en y ajoutant le charme de sa gaîté et de son entrain. « Marie Rivier, dit un témoin (i), était ma voisine et avait à peu près mon âge. J'étais de ceux qu'elle rassemblait sur la terrasse de sa maison ; je me souviens de ces réunions comme des plus grandes joies de mon enfance, et pourtant, lorsque nous n'avions pas été sages, Marie Rivier nous réprimandait sévèrement et même nous punissait. Aussi nous la craignions plus que nos mères. » Cécile Rivier ajoute que < toute petite qu'elle était, Marie reprenait son frère et ses sœurs de la plus légère faute. » La future Supérieure de la Présentation de Marie avait déjà trouvé le secret de se faire aimer et respecter tout à la fois. Dès cette époque, les enfants du voisinage avaient pris l'habitude de l'appeler « la petite mère ».

L'instinct de ces enfants avait deviné, sous les dehors joyeux et pleins d'entrain de leur petite compagne, les qualités de grave et

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