‹ La vénérable Marie RivierChapitre 18 sur 279 · I. M. Bèque, de Montpezat, mort depuis à Camaret (Vaucluse · texte numérisé non relu

I. M. Bèque, de Montpezat, mort depuis à Camaret (Vaucluse

solide pieté qui faisaient déjà le fond de son caractère. La crainte et l'an: taient en effet déjà gravés dans cette âme en

ts ineffaçables. « Je n'oublierai jamais, raconte une Sœur, l'impression que me firent quelques paroles de notre Mère. Je lui lis que la pensée de l'enfer n'éveillait en moi aucune émotion vive. Elle en fut toute surprise et me répondit : f Et moi, je n'avais que quatre ans, et j'étais toute pénétrée de la crainte de l'enfer. » — < Dès qu'elle eut l'âge de raison, dit un témoin, ce que sa mère lui disait de Dieu et des saints la captivait et la ravissait. »

A l'amour de Dieu, Marie unissait déjà dans son cœur l'amour du prochain. Madame Rivier aimait à rendre ses enfants témoins de ses aumônes, mieux encore à les faire parvenir aux pauvres par leurs mains. Le grand désir de la petite Marie, lorsque sa mère la portait à son bras, était de rencontrer des pauvres : € Ma mère, disait-elle, rencontrerons-nous des pauvres aujourd'hui ? > Et, sur la réponse affirmative de sa mère, elle battait des mains de joie.

Suivant un usage généralement répandu à cette époque dans les familles chrétiennes, on faisait chaque soir, à haute voix, dans la famille Rivier, une pieuse lecture. On y lisait la Vie des Saints, le Magasin des Pauvres, le Manuel du Peuple de la Campagne. Or, quel que fût l'exemple dont elle entendait le récit, Marie Rivier prenait aussitôt la résolution de le reproduire dans sa conduite. C'est ainsi qu'on la voyait former le dessein d'être tantôt solitaire, tantôt martyre, tantôt religieuse cloîtrée, tantôt missionnaire, suivant la lecture qui venait d'être faite. Mais une circonstance, en apparence fortuite, vint donner, dès ce jeune âge, à ses préoccupations d'avenir une direction définitive.

<L Un jour, raconte sœur Sophie, que par un oubli de sa mère elle avait été délaissée au lit, d'où elle était incapable par elle-même de descendre, la pensée lui vint de se consacrer, si elle guérissait, à faire l'école aux enfants pendant le reste de ses jours. Cette idée, qui se présentait pour la première fois à son esprit, la frappa si vivement qu'elle s'y arrêta longtemps avec complaisance. Déjà il lui semblait se voir entourée d'une troupe d'enfants à qui elle enseignait le catéchisme, et cette vue la charmait. La suite de sa vie autorise à penser que ce fut là le premier rayon de lumière que Dieu lui donna sur sa vocation ; car, dès cet instant, d'après ce que j'ai entendu dire à notre bonne Mère elle-même, la pensée

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de consacrer sa vie à l'éducation de l'enfance occupa toute son àme (1). »

A partir de ce jour, Marie fut plus attentive a bien diriger sa petite école et surtout à bien répéter aux enfants les leçons de catéchisme qu'elle se faisait donner par sa mère. Elle redoubla ses instance"; à Notre-Dame-de-Pitié, et, à ses prières habituelles, elle ajouta ces mots : « Bonne Vierge, guéris-moi, et je t'amènerai des petites, et je leur ferai l'école, et je leur dirai de te bien aimer. > Bono Vierjo, garis me, e facamparai de petitos, e liour farai l'eseolo, e liour dirai de te bien ania (2).

i. A cet endroit de sa relation, sœur Sophie prend soin d'ajouter : i C'est de notre bonne Mère elle-même que je tiens tous ces détails. »

2. Mémoires de sœur Sophie et dépositions au Procès apostolique, passim.

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