‹ La vénérable Marie RivierChapitre 171 sur 279 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

ion-temps le parfum d'édification de cette mort. Notre Mèie a même l'intention de la faire connaître à toutes nos Sœurs par une circulaire. Voici pour vous, qui avez si particulièrement connu la pauvre enfant, quelques détails.

« Avant-hier/veille de sa mort, elle demanda qu'on fit venir auprès d'elle toutes les orphelines, afin de leur demander pardon. Quand elles furent près de son lit, elle sembla ramasser toutes ses forces et leur dit : € Si vous étiez à ma place, sur votre lit de mort, vous verriez clair comme le jour ce que vous voudriez avoir fait pendant votre vie. Pour moi, j'ai bien offensé le bon Dieu... Oh ! si vous saviez combien le péché offense Dieu ! » Elle demanda pardon à ses maîtresses et à ses compagnes avec des paroles si touchantes, que tout le monde pleurait.

Son état empirant, nous allâmes chercher de nouveau M. le cure, qui fut édifié de la trouver dans de si beaux sentiments. Elle voulut avoir toujours une Sœur auprès d'elle pour lui parler de Dieu. Je lui demandai : « Ètes-vousbien résignée à souffrir? » Elle me répondit : i Tant que le bon Dieu voudra; encore plus, s'il le veut. » Quand ses souffrances augmentaient, elle baisait sa petite croix en répétant des paroles semblables à celles-ci : « Tout pour vous, mon Jésus ! encore plus de souffrances, si vous le voulez, et toujours, si cela vous plaît ! ;> Hier matin, je faisais ma prière à côté d'elle, elle la suivait avec ferveur. Vers le milieu, elle se mit à crier : « Encore plus, ô Jésus, encore plus, si vous voulez, et toujours ! » Et elle expira dans ces sentiments.;/

De telles transformations étaient pour la Vénérable Mère la plus haute récompense qu'elle pût espérer sur cette terre, en retour des peines sans nombre qu'elle se donnait pour ses orphelines.

Nous prolongerions outre mesure ce chapitre si nous rapportions ici tous les témoignages recueillis à ce propos.

Bornons-nous à quelques traits.

La bonne Mère savait le nom de chacune de ses orphelines, le pays où elles étaient nées, et se rappelait les moindres circonstances de leur vie. « Ne suis-je pas leur Mère?» répétait-elle. Envers elles, autant et plus encore qu'envers les autres, elle craignait de manquer d'attentions, dé bons procédés et de ces égards qu'elle estimait dus à leur pauvreté. Dans une de ses visites à La Voulte, comme elle sortait de l'école pour se rendre à une autre Communauté,on la vit quitter brusquement la compagnie de ses religieuses qui lui faisaient cortège et revenir sur ses pas : « Et ma pauvre orpheline, que j'ai oublié

d'embrasser!» s'écria-t-elle. Il s'agissait d'une enfant, recueillie par les Sœurs, que sa timidité sans doute avait empêché de s'avancer vers la bonne Supérieure au moment du départ.

le me souviens, dit une orpheline, qu'un jour on avait donné des

cerises aux pensionnaires, mais pas à nous. Notre Mère, l'ayant appris,

.ha contre les Sœurs et envoya immédiatement acheter des

cerises pour nous. Elle disait : <l Ces pauvres enfants aiment autant

les cerises que les autres ! J>

Sa tendre compassion et sa généreuse charité s'étendirent bien souvent jusqu'aux familles de ces pauvres enfants.

•• Notre Mère, dit sœur Philippine, avait recueilli les deux petites filles d'un cordonnier de Bourg. Après qu'on les eut présentées à la Sainte-Vierge, lavées, nettoyées, habillées, on leur montra leur couchette et on les fit bien dîner. L'aînée des deux petites, près du feu, se mit tout à coup à pleurer. Interrogée sur la cause de sa tristesse, elle disait en patois : « Moi, je suis bien habillée, j'ai bien mangé, j'aurai un lit blanc, je me chauffe, et ma mère n'a rien pour manger et elle a froid ! } Ce cri du bon cœur de cette enfant toucha profondément le cœur si bon de notre Mère, et la pauvre petite eut la joie d'apprendre, le jour même, que ses parents ne manqueraient de rien. »

Nous l'avons dit, la bonne Mère voulait qu'on satisfît même les « petites envies » de ses enfants lorsqu'elles étaient malades.

• Vue petite orpheline de six ans, raconte encore sœur Philippine, était sur son lit de mort. Une de nos Sœurs crut pouvoir lui dire, pour la consoler, qu'au ciel on lui mettrait une belle robe blanche et de jolis souliers rouges. Notre Mère visita la malade et lui demanda ce qu'elle désirait : « De petits souliers rouges, pour aller au ciel X>, répondit l'enfant. Les Sœurs présentes souriaient ; mais, comme la pauvre malade insistait : « Allez vite, dit notre Mère, que l'on accorde à cette enfant ce qu'on lui a promis, qu'on lui confectionne les souliers qu'elle désire. » Le lendemain, la petite orpheline fut ensevelie dans sa robe blanche, les pieds dans les jolis souliers rouge

Terminons par ce trait gracieux, qui nous est raconté par la plume délicate de sœur Marie.

{ Notre Mère était depuis deux jours dans un établissement. Tout le monde l'avait visitée, excepté l'orpheline, une enfant de six ans, qui n'osait pas se montrer parce qu'elle n'avait pas été sage.

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Or, un passant lui donna deux hirondelles, et aussitôt l'enfant jugea qu'ayant dans les mains un trésor, pour l'offrir à la bonne Mère, le moment était venu de monter à sa chambre. Elle heurta, on lui ouvrit et elle entra, une hirondelle à chaque main. « Depuis deux jours, je suis ici, lui dit notre Mère, et tu n'es pas encore venue me voir ? — Je n'osais pas. — Pourquoi, n'osais-tu pas ? — Je n'avais pas été sage. » En disant ces mots, l'orpheline s'était agenouillée et tendait les deux mains vers notre Mère. « Je sais que tu as peur, je ne veux pas te gronder. Et ces hirondelles ? — C'est pour vous les donner. — Eh bien, dit notre Mère, moi, je vais te donner deux gâteaux. » Quand les deux gâteaux furent prêts, notre Mère ouvrit la fenêtre : « Voici un gâteau, dit-elle, ouvre cette main. » Une hirondelle partit, et l'enfant eut un gâteau. « Ouvre l'autre main. » A la place de l'hirondelle délivrée, l'enfant eut un second gâteau. — Alors la bonne Mère se mit à sourire de tout son cœur : la petite orpheline avait été consolée, par ses gâteaux, du départ des deux hirondelles, et les deux petits oiseaux avaient repris leur liberté. »

Y a-t-il rien de plus charmant dans les Petites fleurs de saint François d'Assise?

Comme pour le bon saint François, Dieu récompensa-t-il tant de naïve charité, en faisant obéir les lois de la nature aux prières de sa Servante ? L'Eglise seule a qualité pour apprécier la portée du témoignage suivant, que nous transcrivons fidèlement et sans commentaire des registres du Procès de canonisation. « Séance du 10 mars 1846. — Extrait de la déposition de la très révérende Mère Arsène, Supérieure générale des Sœurs de la Présentation de Marie. — « Notre sœur Louise, directrice de la maison de Thueyts, affirme avec assurance que, pendant qu'elle était chargée d'un grand nombre d'orphelines, le blé de seigle dont on les nourrissait vint à manquer. Elle se hâta d'en écrire à la Mère Rivier, qui lui répondit qu'elle lui en enverrait aussitôt que le domestique serait libre. Cette réponse ne la satisfit pas, et, pressée par la Sœur boulangère, elle écrivit de nouveau avec un peu d'humeur, après avoir ramassé ce qui restait aux angles dans le grenier. « Notre chère Mère, dans sa réponse, dit sœur Louise, m'ôta bien l'envie de revenir à des plaintes : <i Fille de peu de foi, m'écrivitelle, je n'ai pas pris ces enfants pour les faire souffrir de faim ; je vous défends de vous inquiéter davantage, Dieu y pourvoira. » Je revins au grenier et trouvai encore du grain aux quatre angles. On en fit

LA VI NÉRABLE MARIE RIVIER.

donc du pain. On y revint de nouveau, et toujours les quatre angles furent garnis Je ne me souviens pas du temps que cette merveille continua, mais je n'ai jamais clouté que Dieu n'ait multiplié le pain

nt ces entants étaient nourries. •>

Dans sa déposition, sœur Aloysia, après avoir mentionné ce même fait, ajoute : « Notre bon Supérieur, M. Vernet, a raconté que, conversant un jour avec notre Mère Rivier sur ses abondantes aumônes, il lui demanda si elle ne croyait pas que Dieu multipliait rain ; à quoi elle répondit : « Je l'ignore, mais ce que je sais bien, c'est que je n'ai pas acheté de blé depuis assez longtemps, et qu'il )• en a toujours dans le grenier. »

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