BOURG-SAINT-ANDÉOL
Le songe de sœur Cécile. — Bourg - Saint - Andéol . — Les origines chrétiennes du Vivarais. — M. Vernet visite, à Bourg-Saint-Andéol, un ancien monastère de la Visitation.
— Acquisition de l'immeuble par la Mère Rivier. — Commencement des travaux de réparation sous la direction de M. Vernet. — Contradictions et difficultés. — Dieu met le sceau de l'épreuve à la fondation de la nouvelle Maison-Mère : mort des sœurs Denys, Marceline, Euphémie, Amable, Félix et Gertrude. — Accident survenu à M. Vernet. — Nouvelle maladie de la Vénérable Mère ; sa guérison miraculeuse par l'intercession de saint Pierre d'Alcantara. — Maladie de sœur Marie et de sœur Chantai.
— Les obstacles s'aplanissent peu à peu. — Faits particuliers de protection de la Providence. — Mort de sœur Martine. — Installation de la Communauté à Bourg- Saint-Andéol. — Belle lettre de sœur Marie.
Ex i S 1 5, vivait dans la communauté de Thueyts une sainte religieuse dont les vertus méritèrent, après sa mort, ce bel éloge de la Vénérable Fondatrice :
« Sœur Cécile (i) ne m'a jamais causé le moindre mécontentement. Spécialement chargée de la surveillance des travaux manuels dans la maison, elle se plaisait à faire ce qu'aurait fait la dernière des servantes et n'était jamais rassasiée de travail. Il fallait toute l'autorité des supérieurs pour l'obliger à se nourrir convenablement : les restes
i. Sœur Marie Cécile, dans le monde Marie Lîlache, née à Villeneuve-de-Berg le 17 mars 1777, entrée au Noviciat le 29 mars 1S04, agrégée le 25 mai 1806, décédée a Viviers, au Pavillon, le 21 mars 1S34.
des orphelines faisaient ses déliées. Elle ne se plaisait qu'avec les pauvres. Quand on l'aurait envoyée au bout du monde, elle n'aurait
répliqué un seul mot. Sa prière était continuelle ; aussi gardaitelle toujours une simplicité et une bonne humeur qui la rendaient
ible à tout le monde. Le bon Dieu, qui aime les simples, lui avait montré en songe notre Maison-Mère deux ans avant qu'on eût pensé à l'acheter. »
En i S 1 3, en effet, sœur Cécile avait raconté à sœur Chantai et à sœur Sophie le rêve suivant, que sœur Sophie déclare avoir écrit sous sa dictée :
« Je me croyais à Viviers, et je devais aller plus loin pour surveiller des ouvriers. On me donna un guide qui ne savait pas les chemins, ce qui me causait bien de l'inquiétude. Enfin, j'aperçus le clocher d'une ville. Je demandai le nom de cet endroit, mon guide ne put me le dire. Continuant ma marche, j'arrivai près des murs de la ville et j'aperçus, à gauche de la route, un bâtiment considérable devant lequel coulait un fleuve majestueux. Cette perspective me charmait beaucoup, mais mon admiration redoubla lorsque, m 'étant approchée, je vis une multitude de maçons et autres ouvriers qui travaillaient à exhausser les anciens murs et à en construire de nouveaux. Sur le chemin était une troupe de tailleurs de pierre fort occupés. Je m'avançai vers l'un de ceux-ci et lui demandai : Pour qui travaillez-vous? — C'est pour vous, ma Sœur, me répondit l'ouvrier. Son bel accent me frappa. J'adressai la même question à d'autres : tous me firent la même réponse, et je médisais : Comment se fait-il que ces gens-là travaillent pour toi, qui ne leur as rien commandé et qui ne connais même pas cet endroit ?
« Près d'une chapelle, dans un angle, un ouvrier de grande taille achevait de polir une pierre. Je le priai de m'indiquer l'entrée de la maison. Il m'y introduisit fort poliment et me dit : Je retourne à mon ouvrage. J'entrai dans une petite cour, au-delà de laquelle je trouvai un corridor, puis un cloître. De là, j'aperçus une grande terencombrée de matériaux et de charrettes. Près de la terrasse, quatre boutiques fie menuisiers et partout de nombreux ouvriers tout entiers à leur ouvrage. Là encore plusieurs ouvriers à qui je demandai : Pour qui travaillez-vous '? me répondirent : — Pour vous, ma So;ur. — Et moi, effrayée à la vue d'une telle multitude de gens, ie me disais en moi-même : Comment feras-tu, hélas ! pour surveiller
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tout ce monde, pour marquer tant de journées, pour régler tous ces comptes ? Avant que tu sois au courant, la maison sera finie ! Et la frayeur me réveilla. »
C Quelques années après, ajoute sœur Sophie, notre sœur Cécile fut tivement envoyée à Bourg-Saint-Andéol pour surveiller les ouvriers et elle reconnut la maison, le fleuve, l'homme de haute stature qui l'avait accompagnée jusqu'au seuil de la porte, les boutiques des menuisiers, et jusqu'aux moindres détails des objets qu'elle avait vus dans son rêve. »
Depuis plusieurs années, le choix d'une nouvelle Maison-Mère faisait, nous l'avons déjà vu, l'objet des préoccupations de la Fondatrice et du Supérieur de la Présentation. Malgré les agrandissements déjà faits à l'établissement de Thueyts, malgré l'achat de plusieurs maisons attenantes, qu'on adaptait le mieux possible à l'ancien bâtiment, le Couvent devenait de plus en plus insuffisant, et manquait, du reste, de la régularité nécessaire au bon ordre d'une Communauté.
La bonne Mère, qui n'osa jamais rien entreprendre sans avoir consulté Dieu dans la prière, n'oubliait pas ce puissant secours. Chaque soir la Communauté ajoutait à ses prières un Veni Creator pour demander à Dieu d'éclairer les Supérieurs sur l'endroit où la Maison-Mère devait être transférée. M. Vernet, dont la correspondance à cette époque est remplie de détails à ce sujet, avait successivement songé à Privas, à Vais, à Saint-Chél y, à Mauves et à d'autres lieux, sans que jamais la volonté de Dieu lui parût manifeste. La Providence cependant sembla révéler à sa Servante une partie de son secret : « En iS 13, dit soeur Sophie, j'entendis notre Mère dire devant toute la Communauté assemblée: « Mes enfants, cette maison est trop petite ; il nous est impossible de l'agrandir. Eh bien, quoique je n'aie que quatre mille francs, je vous annonce que, dans six ans d'ici, nous serons dans un couvent superbe. En quel endroit ? je l'ignore ; mais vous le verrez. »
L'endroit ignoré que Dieu destinait à devenir le centre des œuvres d'apostolat de Marie Rivier, n'était autre que la ville d'où, seize siècles auparavant, la foi chrétienne s'était répandue dans tout le pays du Yivarais.
En l'an 207 de l'ère chrétienne, disent les Actes des Saints (1),