CHAPITRE XXIV
temps que sa personne à l'Institut de la Présentation, ne vit que du haut du ciel l'achèvement de la nouvelle Maison -M ère dont elle était une îles plus insignes bienfaitrices. « On ne peut se faire une idée, écrivit sa Supérieure, de la douce tranquillité avec laquelle elle vit venir la mort... » Ces pertes affectèrent vivement le cœur maternel de la sainte Fondatrice : • Trie/, écrivait-elle le jour même de la mort de sœur Amable, prie/, peur que nous devenions toutes des saintes, mais bien tard, mes enfants ! Je vous souhaite à toutes longue vie, avec du courage et du travail jusqu'au bout. » — Peu de temps après, mourait à Pont-Saint-Esprit, à l'âge de vingt-trois ans, sœur Félix, si pieuse envers la Sainte-Vierge et si estimée de tous que les habitants se disputèrent quelques pans de sa robe pour en faire des reliques.
Pendant ce temps-là, une des meilleures auxiliaires de Marie Rivier, une des Sœurs dont nous avons raconté plus haut la providentielle vocation, sœur Gertrude (Antide Lesne), minée par une maladie qui ne pardonne pas, s'avançait lentement vers la tombe. La divine Providence, qui voulait purifier cette âme, pourtant si innocente, la fit passer par une des épreuves intérieures les plus terribles, la crainte des jugements de Dieu ; mais lorsque l'heure fut venue de paraître devant le tribunal si redouté, elle fut comblée de consolations ineffables. « Que Dieu est bon ! s'écriait-elle, je ne puis pas comprendre qu'il me fasse goûter tant de douceur à mourir. » A ses compagnes, qui lui proposaient de faire une neuvaine pour obtenir sa guérison : « Non, répondit-elle, j'y perdrais trop ! » Soignée par sa bonne mère, la vertueuse sœur Madeleine, qui ne quitta pas son chevet, elle expira le 29 juin 1S18, fête de saint Pierre et de saint Paul, à 1 âge de quarante-trois ans. Elle en avait passé dix-sept dans l'Institut de la Présentation de Marie.
Chacune de ces âmes, en arrivant au ciel, y devenait sans doute une protectrice de plus pour la Congrégation, et obtenait de Dieu, pour ceux qui avaient à la diriger, les grâces de patience et de force dont ils avaient un si grand besoin : car, en même temps que Dieu frappait le troupeau, il n'épargnait point les pasteurs.
Vers les derniers jours du mois d'août 1817, la Vénérable Mère revenait, encore souffrante, des eaux de Saint-Laurent, lorsque, à Saint-Étienne-de-Lugdarès, où une indi-position l'avait obligée de s'arrêter, elle apprit une triste nouvelle. Sœur Louise, qui la rem-
plaçait provisoirement à Thueyts, lui communiquait la lettre suivante
de sœur Régis, écrite de Bourg-Saint-Andéol le : C Je viens
d'apprendre le fâcheux accident qui est arrivé hier à M. le Supérieur ;
st cassé la jambe en arrivant à Montélimar, avec la pluie, vers
!:x heures du soir, probablement en descendant de voiture.
>t chez un prêtre de ses amis, où les soins ne lui manquent pas.
Cette croix va bien affliger notre Mère et toutes nos Sœurs : elle
contrarie bien des choses ; Dieu l'a voulu. »
Cette nouvelle fut un coup terrible pour la Servante de Dieu, surtout dans l'état de santé où elle se trouvait ; à la lecture de cette . elle tomba en défaillance. « On s'empressa de la transporter à Thueyts, disent les témoins ; les soins les plus empressés lui furent prodigués par ses filles, mais sans résultat appréciable, et les médecins déclarèrent bientôt qu'il y avait danger de mort. »
De son lit de souffrances, où il resta cinquante jours, M. Vernet dictait et signait de nombreuses lettres pour donner, soit à la communauté de Thueyts, soit aux trois religieuses détachées à Bourg- Saint-Andéol, ses instructions les plus urgentes. Autour de la Vénérable Mère, les prières succédaient aux prières, les neuvaines aux neuvaines.
I Nous avions fait successivement, disent les A?inalest des neuvaines à saint François Régis, à la Vénérable Mère Agnès, de Langeac, à la très sainte Vierge ; mais le ciel paraissait sourd à nos cris. Ce fut alors que sœur Sophie, forte de la confiance en une promesse de Notre-Seigneur à sainte Thérèse, en faveur de ceux qui recourraient à la protection de saint Pierre d'Alcantara (1), engagea la Communauté à faire une neuvaine à ce saint. « Mais, ajouta-t-elle, faisons cette neuvaine avec la foi vive que nous serons exaucées ; et que celles qui doutent ne l'entreprennent pas. )> La neuvaine commença en effet le 19 octobre, jour de la fête du saint, et se fit avec la plus entière confiance et la plus tendre piété. Le septième jour, le médecin étant venu voir la malade, la trouva dans un état qui ne laissait plus d'espoir et engagea la Communauté à se préparer au grand sacrifice : le huitième jour, même accable-
1. Dan.-, la légende du saint bréviaire, l'Église rappelle ainsi la promesse de Nutre- Seigneur qui excita la confiance des Sœurs de Thueyts : « Sainte Thérèse avait appris de Dieu rnéme que nul ne formulait une demande au nom de Pierre d'Alcantara sans être aussitôt exaucé. » Ipsa (sancta Teresia) a Deo edocta, qttod Pétri nomineitihil quùquam peter il. quin protintts exaudiretur.