CHAPITRE XXIV
ment ; mais voilà que tout à coup la malade sent ses forces renaître, demande ses habits, s'en revêt avec facilité et se trouve parfaitement guérie. Elle marche avec assurance, se présente à la Communauté qui, tout émerveillée de ce spectacle, lève les mains au ciel (landes transports de joie et d'admiration ; la reconnaissance entraîne comme spontanément toutes les Sœurs à la chapelle pour bénir la Pr< tvidence, qui leur rend une Mère si bonne, et, suivant la permission que M. Vernet avait accordée d'avance, on chante le Te Deum avec une pieuse allégresse devant le Saint-Sacrement exposé pour la bénédiction solennelle (i). »
Depuis ce temps, les filles reconnaissantes de Marie Rivier honorent saint Pierre d'Alcantara comme un des bienfaiteurs célestes de leur Institut. Sa fête a été mise au nombre des fêtes de la Congrégation. Elle est précédée d'une neuvaine préparatoire et célébrée avec une solennité spéciale dans toutes les maisons de la Présentation de Marie.
Mais il semblait décrété, dans les desseins de la Providence, qu'aucune des souffrances les plus sensibles ne serait épargnée au cœur de la Servante de Dieu. Presque en même temps, sœur Marie, à qui elle aimait à dire : «: Vous êtes mon bras droit », et sœur Chantai, dont le dévoùment, déjà admirable à son entrée dans la Congrégation, n'avait fait que grandir depuis lors, tombaient gravement malades : la santé de sœur Marie s'était épuisée dans les travaux multipliés que la maladie simultanée de M. Vernet et de la Vénérable Mère laissaient à sa charge. Sœur Chantai se trouvait atteinte d'une fièvre maligne, contractée à Viviers, au chevet d'une personne mourante qu'elle cherchait à ramènera Dieu. Pour comble d'épreuves, en ce même mois d'octobre 1817, le digne aumônier de la communauté de Thueyts, M. Hugon, que son état de santé avait dcyX obligé de prendre du repos depuis quelque temps, se voyait clans la nécessité d'abandonner définitivement ses fonctions pour la cure de la paroisse de Brahic (2).
Ainsi, la croix imprimait sa trace, large et profonde, sur la fondation de Bourg-Saint-Andéol. Or, à mesure que ce gage surnaturel
1. Vie de Madame Rivier, par M. Hamon, curé de Saint-Sulpice. Avignon, Aubanel, 1842, p- 141-142.
2. M. Ilugon fut remplacé par M. l'abbé Paradis, qui était son auxiliaire depuis plusieurs mois. Jusqu'à sa mort, M. Hugon revint chaque année, une ou deux fois, visiter la Communauté de la Mère Rivier, où il avait laissé le meilleur souvenir.
des bénédictions célestes se manifestait d'une manière plus sensible, finissaient peu à peu, et les ressources arrivaient de la façon la plus inattendue, en proportion des besoins de l'œuvre, aux heures marquées par la Providence.
« Ne vous mettez pas en peine, écrivait la Vénérable Mère à qui s'impatientait un peu de ce que l'argent manquait ; le bon Dieu sait bien que la maison est son œuvre. Vous craignez qu'elle ne manque du nécessaire, je crains bien plus que nous ne manquions de confiance en Dieu. » En effet, après une neuvaine fervente faite par sœur Régis, trois mille francs, — trois gouttes, disaitelle, — lui arrivèrent .par l'intermédiaire de M. Vernet. Un mois après, comme sa patience allait encore être à bout, « Dieu ne nous délaisse pas dans nos besoins, lui écrivit le bon Supérieur, M. le curé de Saint-Paul vient de m'offrir cinq gouttes, que j'ai acceptées. » Et ainsi jusqu'à l'achèvement des constructions, se succédèrent les offrandes providentielles. « Souvent, disent les Annales, le lundi, sœur Régis ne savait comment faire pour acquitter la somme due aux ouvriers, et, avant la fin de la semaine, Dieu créait une ressource hors de toute prévision. »
Les habitants de Bourg-Saint-Andéol se demandaient avec étonnement comment la Mère Rivier pouvait faire face à tant de dépenses. Quelques esprits crédules répétaient mystérieusement que sœur Régis avait trouvé un trésor sous un figuier dans le jardin. Les gens sensés, sans doute, n'ajoutaient point foi à de pareilles imaginations, mais beaucoup ne se gênaient pas pour déclarer, au nom de la sagesse humaine, que tout se terminerait par une catastrophe. Ceux qui avaient une foi plus vive en la Providence se contentaient de bénir, avec la Vénérable Supérieure, la bonté de Dieu. Le docteur Cade, médecin de la maison, raconte qu'ayant fait un jour allusion, devant la Mère Rivier, aux dépenses considérables occasionnées par les constructions de Bourg, elle se contenta, avec un doux sourire, de montrer de la main une petite statue de la Sainte- Vierge, qu'elle avait sur sa table. « Je n'ai jamais cherché d'argent que par la prière, disait-elle en une autre circonstance, et il est toujours venu. »
Il venait par les voies les plus diverses : un prélat, de passage à Bourg-Saint-Andéol, laissait entre les mains des Sœurs une abondante aumône ; un simple artisan, dont Dieu avait béni l'industrie, rtait généreusement une somme de 2.000 francs ; le bon docteur