CHAPITRE XXV
Présentation, des écoles nouvelles, « juî se présentèrent naturellement comme rivales de l'œuvre <1<- la Mère Rivier. Deux tentatives de ce
genre furent faites à Aps et à Serrières ; mais la croix la plus douloureuse de la Vénérable Mère lui vint du Malzieu.
Le Malzieu, chef-lieu de canton du département de la Lozère, à 40 kilomètres au nord de Marvejols, comptait alors à peine 800 habitants. Le 30 novembre 1816, sur la demande de M. Imbert de Montruffet, curé de la paroisse, sœur Xavier, au nom de la Vénérable Mère, y avait conduit et installé trois Sœurs de la Présentation.
« On n'aime que le grand dans ce pays-là, écrivait peu après sœur Xavier, on ne s'attache qu'aux gens de talent ou de famille ; on méprise les autres. » Tel fut le piège auquel les malheureuses filles se laissèrent prendre. Se faire passer pour des personnes de haut rang, ne plus entendre le patois du pays, furent leurs premières faiblesses. Les flatteries qu'elles reçurent achevèrent leur ruine. L'humble Institut de la Présentation de Marie ne fut bientôt plus digne de leurs hautes prétentions, et, vers la fin de l'année 1821, une nouvelle étrange parvint à la Maison-Mère : les trois pauvres dévoyées, encouragées par quelques personnes intrigantes, avaient fondé, de concert avec une ancienne novice congédiée de Thueyts, une prétendue Congrégation nouvelle. <( On a installé hier sœur P. et sœur A. avec grande cérémonie, écrit sœur Xavier. Leurs noms ont été changés. Quant à l'ordre qu'elles fondent, on l'appelle /'Ordre de Jésus. Le docteur Ch., témoin de la scène d'installation,
ne pouvait contenir son indignation Les prêtres des environs et
tous les bons laïques en sont scandalisés. »
L'Ordre dé Jésus, est-il besoin de le dire? ne vécut pas longtemps, i La paix fut bientôt troublée entre ces pauvres orgueilleuses, écrit sœur Sophie ; elles se séparèrent ; il n'en resta plus qu'une seule, qui, sans ressources, fut heureuse de trouver un asile à l'hôpital. »
Sans doute, à l'heure même où se passaient ces tristes événements, des nombreuses maisons que possédait l'Institut bien des nouvelles consolantes venaient réjouir le cœur de la Vénérable Fondatrice, et les documents que nous avons sous les yeux sont pleins de traits de vertu et d'héroïsme capables de compenser largement les défections de la communauté du Malzieu ; mais, comme le bon Pasteur de la parabole, Marie Rivier oubliait en ce moment les quatre-vingt-dix-neuf brebis fidèles pour porter toutes les sollicitudes
n cœur sur la brebis égarée « Ah ! s'écriait-elle, si toutes nos Sœurs étaient bien remplies de l'esprit de leur état, je ne craindrais ni le monde ni l'enfer ; mais, de penser qu'il en est peut-être encore quelques-unes qui ne sont pas tout ce qu'elles devraient être, cela me fait trembler ! »
Une retraite commune devait être donnée à toutes les Sœurs de la Lozère. La Vénérable Mère, retenue à Bourg par des travaux pressants, ne put s'y rendre ; mais elle adressa à toutes les retraitantes une exhortation écrite, où s'exhalaient, en ce style enflammé dont elle avait le don, les sentiments de son âme.
€ A toutes mes très chères filles de la Lozère, dans leur sainte retraite, à Saint-Chély.
« Je vous conjure, au nom de Jésus-Christ et de la très sainte Vierge, notre bonne Mère, de mieux profiter de cette retraite que de la dernière. Au nom de Dieu, que vos tiédeurs et vos relâchements finissent et que la ferveur et l'amour de Jésus-Christ s'allument dans tous vos cœurs pour toujours.
« Méditez bien votre éternité, mes enfants ; voudriez-vous paraître devant Dieu telles que vous êtes ?
« Voici les défauts qui vous perdront, si vous ne travaillez pas à vous en corriger : le manque de réflexion, de présence de Dieu et de pureté d'intention ; la routine dans vos exercices, faisant vos oraisons et vos examens de la pointe de l'esprit, ne pénétrant point votre cœur. Non, vous n'êtes point assez pénétrées de votre éternité. Dès qu'il faut se vaincre, se renoncer, point de générosité.
4. Sortez, mes enfants, sortez de votre paresse et de vos inconstances. Nous allons, toutes, redoubler de prières pour vous, pendant
votre sainte retraite Faites-y bien attention, mes chères filles,
Sœurs et novices : renouvelez- vous parfaitement si vous voulez être de vraies filles de la Présentation de Marie. C'est à genoux, au pied de la croix et au nom de la très sainte Vierge, que je vous le demande ; donnez-moi cette consolation et à la pauvre sœur Xavier, à qui vous avez si souvent fait répandre des larmes. Je veux croire et espérer que cette année vous nous comblerez de joie et de bonheur. Je vous embrasse toutes d'un bien tendre cœur et suis votre bonne Mère Rivier. »