CHAPITRE XXVI
rable Mère. Nous n'avons pas sous les yeux la lettre qu'elle adressa, en cette circonstance, aux bonnes Sœurs de Sainte-Catherine ; mais sœur Caroline, qui fut chargée de leur porter cette lettre, raconte que les religieuses en écoutèrent la lecture à genoux, que plusieurs en furent émues jusqu'aux larmes et qu'elles suivirent avec respect et confiance les conseils de la prudente et charitable Supérieure
En même temps, l'attention des gens du monde, et des plus grands parmi les gens du monde, se portait de plus en plus avec admiration vers l'humble religieuse qui n'avait jamais eu pourtant d'autre ambition que de se faire l'apôtre des pauvres et des enfants. Les archives de la Congrégation nous révèlent notamment, parmi les personnes de haut rang qui furent en relation avec la Vénérable Mère à l'époque qui nous occupe. Mme la comtesse de Grignan, M. de Suffren, Mme la douairière de Cordoue et M. le vicomte de Bonald, pair de France. Ces grands devinrent les bienfaiteurs de ses œuvres, et leur appui lui rendit souvent d'éminents services. D'autres fois, ils lui en demandèrent à leur tour. En 1820, la descendante d'une des plus illustres familles d'Europe était venue frapper à la porte du couvent de Bourg-Saint-Andéol. Sous le coup d'un revers inouï de fortune et de douleurs intimes de famille, elle trouva, auprès» de la Vénérable Supérieure, les conseils, la force d'àme et même les secours matériels dont elle avait besoin et qui lui furent donnés pendant plusieurs années.
Les pasteurs de l'Eglise se plaisaient à manifester leur haute satisfaction. Nosseigneurs de Valence, d'Aix, de Mende, du Puy, dont nous avons les lettres sous les yeux, donnaient leurs puissants encouragements. Le diocèse du Puy, nouvellement rétabli, venait de recevoir pour évéque, le 27 avril 1825, Mgr de Bonald, qui, peu de temps après son arrivée, écrivait à la Supérieure de la Présentation : « C'est avec reconnaissance, ma Révérende Mère, que je reçois vos Sœurs dans mon diocèse ; je me ferai un plaisir et un devoir de les protéger.... Dans la visite pastorale que je viens de faire, j'ai vu les trois maisons "que vous avez dans mon diocèse ; partout j'ai trouvé de l'ordre et de l'instruction, et je me suis retiré parfaitement satisfait (1). »
1. Mgr de Prilly, mort évêque de Chàlons-sur-Marne et natif d'Avignon, disait : < De tous les couvents de France, je n'en connais pas de plus édifiant que le couvent de la Présentation de Bourg-Saint-Andéol. » (Déposition du docteur Augustin Cade, d'Avignon).
Le pieux évêque ne tarda pas à faire partager ses sentiments à son illustre père, M. le vicomte de Bonald, pair de France, lequel,
retiré en ce moment dans ses terres du Monna, près tic Millau, en Rouergue, remplissait les fonctions de conseiller municipal de cette dernière ville. Ses démarches, jointes à celles du respectable curé de la paroisse, M. Mas, déterminèrent l'administration municipale à faire appel aux Sœurs de la Présentation pour la fondation d'un pensionnat de jeunes filles et la direction des écoles primaires. Une maison provisoire et des revenus suffisants pour les premières années leur furent généreusement offerts, et l'établissement de Millau, à la tête duquel fut placée sœur Caroline, devint bientôt un des plus florissants de l'Institut.
A la même époque, au mois d'août 1823, un saint prêtre d'Alais, M. Taisson, dont la sollicitude se portait sur la classe indigente de sa paroisse,}' faisait l'acquisition d'un bâtiment considérable, destiné à devenir une maison pour les jeunes orphelines, et la mettait à la disposition de la Mère Rivier. Ce fut l'origine de l'important établissement de la Providence d'Alais.
Les travaux d'aménagement qui durent y être faits en retardèrent l'ouverture jusqu'au 14 mars 1824. La Vénérable Mère, dont on avait ardemment désiré la présence à la cérémonie d'inauguration, ne put s'y rendre à cause d'une aggravation subite qui se produisit dans l'état de sa santé. Sœur Marie, son assistante, qui la représenta, lui en rendit compte en ces termes :
« Alais, 16 mars 1824. — Très respectable Mère, c'est dimanche, 14 mars, que la Provide?ice a été ouverte, avec toute la solennité possible. M. le sous-préfet, tous les magistrats et fonctionnaires, en grand costume, accompagnés de la musique de la ville, se trouvaient dans le sanctuaire. Les tribunes et la nef étaient remplies.
« Monsieur le curé fit un long discours plein de feu et communiqua son enthousiasme à l'auditoire attendri. Je croyais entendre saint Vincent de Paul, de qui ce bon pasteur rappelle si bien les vertus.
C Vous ne sauriez vous imaginer, ma chère Mère, l'empressement de chacun, même des plus pauvres, à faire son offrande ; marchands, propriétaires, artisans, rivalisent de générosité ; on charrie des légumes, du vin, des noix, du miel, toutes sortes de provisions ; on apporte aussi de la vaisselle et des vêtements. Je pense que bientôt on pourra
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prendre une cinquantaine d'orphelines, qu'il sera facile d'occuper à la couture et au dévidage de la soie. ■•
Le charitable pasteur, dont les vertus rappelaient justement à sœur .Marie le souvenir de saint Vincent de Paul, son glorieux patron, M. Louis Taisson, était un prêtre de la plus haute valeur. Avant d'être nommé, en mars 18 14, curé d'Alais, il avait été successivement supérieur du collège de cette ville, précepteur des enfants du baron Pierre de Montesquiou-Fézensac, chargé de l'éducation du prince Alexandre de Lobanoff, à Saint-Pétersbourg, et second chapelain delà maison impériale de Saint-Denis. Possesseur de tableaux de prix et d'objets les plus précieux, il les vendit pour subvenir aux besoins du nouvel établissement.
<( Tant de dévoûment, écrit soeur Sophie dans ses Mémoires, toucha singulièrement le cœur de notre Mère. La reconnaissance était pour elle un besoin. Ayant appris, peu de temps après, que le digne pasteur d'Alais était malade, elle s'empressa de lui offrir la maison de notre aumônier, attenante au couvent de Bourg, pour y prendre le repos qui lui était nécessaire et rétablir ses forces. Il y vint en effet ; mais Dieu ne voulut pas retarder trop longtemps la récompense qu'il réservait au ciel à son généreux serviteur, et l'appela à lui le 24 décembre 1826, pendant un séjour qu'il était allé faire dans son ancienne paroisse. »
Tandis que l'Institut de la Présentation s'étendait ainsi en dehors des limites du Yivarais, le diocèse de Viviers tressaillait de joie à l'arrivée, depuis si longtemps désirée, de son nouveau Pasteur.
Par le Concordat de 1801, Pie VII, nous l'avons vu, n'avait pu obtenir du gouvernement consulaire que le rétablissement de cinquante diocèses. Celui de Viviers n'avait pas été du nombre. Depuis lors, M. Vernet n'avait cessé de multiplier les démarches à l'effet d'obtenir la restauration de son diocèse natal, et on peut affirmer que si, vingt et un ans plus tard, le siège antique des Janvier, des Venance, des Arconce, vit se renouer la chaîne interrompue de ses pontifes, c'est au zèle infatigable de M. Vernet qu'il le doit:
« M. Vernet, dit son historien (1), déploya dans cette circonstance une activité prodigieuse. Il unit ses efforts à ceux de tout ce que le diocèse comptait de personnes influentes ; il agit sur le clergé, et, par le clergé, sur toutes les populations ; des pétitions nombreuses se