CHAPITRE XXVI
18 octobre, tant sur son passage ses filles s'efforçaient de la retenir, pour jouir de sa présence et de ses exhortations.
Le grand séminaire de Viviers était rempli de prêtres réunis pour la retraite pastorale. « Venez néanmoins, si c'est pour vous une consolation, écrivit M. Yemet, le 19 octobre, à neuf heures du matin. Pour M. Pontanier, il est détaché de tout ; mais il vous recevra un moment, de deux à trois heures de l'après-midi, pendant l'instruction de la retraite. »
La Vénérable Mère partit à l'instant. Elle arrivait aux portes de Viviers, lorsque les cloches de la cathédrale commencèrent un glas. Louis Pontanier, après une douce agonie, venait de rendre le dernier soupir. C'était le soir de la fête de saint Pierre d'Alcantara : au moment où l'Eglise de la terre achevait, à l'office de Vêpres, les louanges du directeur de sainte Thérèse, les anges et les saints fêtèrent sans doute l'entrée au ciel du premier directeur de Marie Rivier.
€ Notre Mère, disent les Annales, rentra à Bourg, plongée dans la plus pénible douleur ; elle alla droit à l'église et y demeura longtemps, renouvelant à Dieu son sacrifice. Puis, avec cette fermeté qui savait tout dominer, elle régla, jusqu'au moindre détail, le cérémonial de la réception du corps et des funérailles. »
'Les-Anua/es nous font un récit détaillé et touchant de la funèbre cérémonie. Les hommages et les prières du clergé du diocèse de Viviers, à qui l'humble et dévoué Sulpicien avait consacré la plus grande partie de son ministère, s'unirent aux hommages et aux prières des saintes religieuses dont il avait été, en des temps difficiles, le précieux guide et le premier Père. Quand, vers les deux heures de l'après-midi, trois voitures, revêtues de voiles noirs et chargées de prêtres en surplis qui récitaient l'office des défunts, arrivèrent à Bourg-Saint-Andéol, elles rencontrèrent, à quelque distance du Couvent, la communauté des Sœurs tout entière qui récitait le chapelet des morts. A l'aspect des restes du vénérable défunt, que la maladie avait réduit à l'état de squelette, des larmes s'échappèrent de tous les yeux. Après la triste cérémonie de la sépulture, la Mère Rivier fit placer sur sa tombe une belle pierre sépulcrale et voulut que la Communauté y vînt prier pendant neuf jours.
« Ce m'est une grande consolation, écrivait, le 8 janvier 1825, la Vénérable Mère, d'avoir les précieux restes de ce bon Père dans la maison. Je l'invoque comme un saint. Je lui dis souvent : Bon Père,
puisque vous étiez si bon sur la terre, faites bien mes affaires dans le ciel, je vous en prie. »
•ails affligèrent la Congrégation «le la Présentation de Marie, en 1825 : trois jeunes religieuses, sœur Saint - Pierre d'Alcantara, sœur Saint-Philippe et sœur Théotiste furent enle presque coup sur coup par la mort. Une épreuve plus grave, en ce sens qu'elle atteignait l'avenir de l'Institut lui-même et de toutes légations religieuses de France, eut son origine dans un acte législatif, dont la pieuse Fondatrice, avec une clairvoyance que ne partagèrent pas malheureusement bien des hommes politiques, entrevit nettement la redoutable portée.
Depuis le 16 septembre 1824, Louis XVIII n'était plus. Le comte d'Artois, son frère, lui avait succédé sous le nom de Charles X. Les sentiments personnels du nouveau Roi, ses déclarations non équivoques, inspirèrent à la plupart des catholiques une confiance que son règne ne devait justifier qu'en partie. Le 4 juin 1827, cinq jours après le sacre du nouveau monarque, le Moniteur promulguait une loi, votée le 24 mai par les Chambres, sur les Congrégations religieuses de femmes. L'article 5 de cette loi portait que désormais aucune personne faisant partie d'une Communauté religieuse ne pourrait iser en faveur de celle-ci au delà du quart de ses biens, et l'article 7 était ainsi conçu : « En cas d'extinction d'une Congrégation ou maison religieuse de femmes, ou de révocation de l'autorisation qui lui aurait été accordée, les biens acquis par dons entre vifs ou par disposition à cause de mort, feront retour aux donateurs ou à leurs parents au degré successible, ainsi qu'à ceux des testateurs au même degré.
La Vénérable Fondatrice s'alarma ; elle vit, dans un avenir plus ou moins éloigné, mais désormais possible, des parents avides se disputant les lambeaux de ce qu'elle appelait la maison et le patrimoine de la très sainte Vierge, et, sous le coup de la plus vive émotion, elle écrivit à sa « bonne Mère du Ciel » la lettre suivante, dont nous allons reproduire les principaux passages, parce qu'on y trouve le résumé naïf et touchant des origines de l'Institut.
Très sainte Vierge, ma tendre Mère, Fondatrice et Supérieure de cette maison et de toutes celles qui en dépendent, dont vous m'avez confié le soin, malgré mon indignité, vous savez, bien que je n'ai rien, absolument rien.
« Rappelez-vous, ma bonne Mère, que, lorsque vous avez bien