‹ La vénérable Marie RivierChapitre 198 sur 279 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

à ses religieuses, il nous semble y voir comme une réminiscence de entretiens avec les gens du peuple, et c'est à ce titre que nous voulons le citer.

« Sans la crainte de Dieu, il n'y a pas de vertu. Les personnes qui se sont converties sincèrement, ont toujours commencé par être saisies d'une salutaire frayeur à la pensée de la redoutable justice de Dieu. Quand vous avez envie de vous relâcher, pensez au terrible compte qu'il faudra rendre au Jugement. Son livre à la main, le Seigneur examinera toutes vos actions. Voici la page des actions faites pendant l'été ; Dieu se détourne : « Il n'y a rien pour moi, dit-il ; il faisait trop chaud !» — Il tourne la feuille : « Voici l'hiver ; il n'y a rien ; il faisait trop froid !» — Et rien pour le printemps, et rien pour l'automne ; il ne faisait pas assez chaud ! il ne faisait pas assez froid ! — Ah ! que pensera Dieu de ces misérables excuses ? Quel sera son jugement ? — Hélas ! parfois ces âmes malheureuses et lâches se sont déjà jugées elles-mêmes avant de paraître devant Dieu : elles se sont séparées de Jésus-Christ, et c'est Satan qui les mène et on les voit courir au précipice, menées par les démons, ces gendarmes de l'enfer. »

Les grandes vérités : l'enfer, le jugement, la mort, le péché, faisaient les principaux sujets de ses instructions populaires. Devant ses religieuses, la méditation des fins dernières revient sans doute à l'époque des retraites, mais la matière la plus habituelle de ses entretiens est l'étude de la vie de Xotre-Seigneur et de la Sainte-Vierge, la participation à l'esprit de leurs mystères, la pratique de leurs vertus, et la Servante de Dieu trouve, dans le développement de ces sujets, des accents d'une onction pénétrante.

« Oh ! mes enfants, s'écrie-t-elle devant la crèche, que la pauvreté a de charmes quand on l'embrasse pour l'amour de Jésus-Christ ! Voyez comme, dans leur pauvre étable, la Sainte-Vierge et saint Joseph étaient contents avec l'Enfant-Jésus ! Ils souffraient du froid, ils manquaient de tout, mais ils étaient si heureux de regarder le divin Enfant! Ils l'adoraient, ils le baisaient avec tendresse, ils étaient dans un ravissement d'amour ! Cette pauvre grotte était devenue un véritable Paradis, si beau, si rayonnant, que les Anges vidèrent le ciel pour venir rendre hommage à ce Dieu nouveau-né. »

Lorsqu'elle parle de la douceur du divin Maître, cette même douceur semble passer dans ses paroles ; « Voyez-le, mes enfants, cet adorable Sauveur, quel maintien ! quelle suavité ! quelle gravité ! et

toujours le même ! — Il était si bon, si affable, si honnête, que tout le monde venait le voir, l'écouter. Il ne rebutait personne ; il recevait tout le monde avec la même bonté, disant à chacun ce qui lui convenait ; quand on lui offrait quelque chose comme à un pauvre, il remerciait avec humilité. — Et une religieuse aura, pour parler aux élèves et à leurs parents, un ton brusque, impoli et dur! — mon caractère, dites-vous. — Votre caractère doit être celui de Jésus-Christ Jésus- Christ s'est incarné pour sauver le monde : une épouse de Jésus-Christ doit s'incarner en lui, prendre ses manières, pour sauver le monde avec lui. •

Apres s'être pénétrée de l'esprit de Notre-Seigneur, le plus grand bonheur d'une religieuse doit être d'en pénétrer l'âme des enfants qui lui sont confiées. C'est la vérité que la Vénérable Mère développe dans une autre instruction :

« Un catéchisme vaut plus que des années de macérations, mais un catéchisme fait pour l'amour de Jésus-Christ... Oh ! mes chères filles, quelle joie pour une bonne et fervente Sœur de voir devant elle une troupe d'enfants qu'elle fait prier, qu'elle fait se tenir avec respect, les mains jointes, les yeux élevés vers le ciel, et qui, toutes de concert, appellent Dieu leur Fère ! Oh ! qu'il est beau d'apprendre à ces enfants à connaître Jésus -Christ, à aimer la Sainte-Vierge, à respecter leur Ange gardien ! »

Les mouvements pathétiques, les élans spontanés se rencontrent presque à chaque page dans ces instructions.

Un entretien sur le zèle débute ainsi : <î Mes chères enfants, que nous sommes peu nombreuses !... Et il y a tant de bien à faire en ce monde !... Nous allons aimer Dieu comme si nous avions chacune douze cœurs. »

A la fin d'une instruction faite à l'occasion du renouvellement de l'année, le 31 décembre 1826, les sanglots l'arrêtent, elle tombe à genoux : <{ Je vois ce qui vous manque, s'écrie-t-elle, c'est l'exemple! Je n'ai pas a me reprocher de vous laisser manquer du pain de la parole, mais je vous laisse manquer de celui de l'exemple. » La Communauté tombe à genoux autour d'elle. « Les larmes abondante-, qui coulaient de tous les yeux, écrit sœur Xavérine, se mêlaient à celles de notre bonne Mère. Elle nous dit ensuite de faire, le reste du jour, des actes de contrition ; je vous laisse à penser si nous y étions disposées. >

lecteur n'aurait pas, ce nous semble, une idée complète de l'élo-

Page 1