CHAPITRE XXVIII
personnes au mal, et ordonna dans la Communauté une pr<
et diverses mortifications. Le ciel exauça des prières si ferventes: la procession n'était pas encore terminée, qu'une grosse pluie, dissipant le rassemblement, rendit impossibles les danses et antres divertissements, pour lesquels on avait fait de si grands préparatifs. »
Dans ses instructions, dans ses lettres, la bonne Supérieure fera désormais toujours mention de ses nouvelles filles de la Sainte- Famille, et elle voudra que l'anniversaire de leur fondation devienne une fête générale pour l'Institut.
Les vertus dont les bonnes Sœurs de la Sainte-Famille donnèrent l'exemple, les services qu'elles rendirent à la Congrégation, sont autant de preuves que la vénérée Fondatrice obéit à une inspiration divine en les établissant.
La première d'entre elles que Dieu appela à lui, le 3 décembre 1828, fut sœur Victoire (Victorine Durand); elle n'avait que vingtsept ans. Depuis 1822, elle avait dépensé ses forces avec une activité qui paraissait infatigable, dans le service de la cuisine et dans le soin des malades. Sa mort fut celle d'une prédestinée ; rayonnante de foi et d'espérance, elle disait, quelques moments avant d'expirer : « Je n'échangerais pas mon état contre tous les biens du monde. »
Dans la vie et dans la mort, on vit plus tard ces Sœurs dévouées conserver la forte empreinte reçue par les premières leçons de leur sainte Fondatrice. — v< Partons, partons, allons voir le bon Dieu », s'écriait, en 1839, sœur Alphonsine, et, réunissant autour de son lit de mort les élèves de sa petite école, elle entonna devant elles le cantique : Unis aux concerts des anges, que les pauvres enfants interrompaient par leurs sanglots. — « J'ai fait tout ce que j'ai pu, disait sœur Marcelle, qui mourut à la même époque ; malgré ma misère, j'ai confiance aux mérites de Xotre-Seigneur. » — Une troisième, dont les Annales ne nous ont pas conservé le nom, voulut mourir en contemplant l'image de la Sainte-Vierge. <i Si le bon Dieu me le permet, dit-elle, je lui demanderai la grâce de passer tout mon temps, en paradis, sous le manteau de cette bonne Mère. »
A la joie d'aller au ciel, s'il se mêlait parfois un regret, c'était celui de n'avoir pas assez travaillé sur la terre, de ne pouvoir plus travailler désormais au salut des âmes. — %, Ne voudriez-vous pas guérir? demandait-on à sœur Eustochie. — Eh bien ! oui, réponditelle ; mais c'est pour travailler encore Au surplus, à la volonté du
bon Dieu !» — <i Travaille, paresseuse ! » se disait une autre, se
réprimandant elle-même, tandis qu'elle était déjà atteinte du mal qui devait l'emporter, « tu sais bien que le ciel se gagne en travaillant. » — La bonne sœur Rose, dont le souvenir est encore si vivant parmi irs de la Présentation, sœur Rose, avant d'aller
continuer au ciel la mission d'intercession qu'elle exerçait déjà par tintes prières sur la terre, méditait chaque jour la Passion de Notre-Seigneur. 4. Les jours de Pâques et de l'Ascension, disait-elle, je médite encore sur la Passion du Sauveur ; seulement, ces jours-là, je le bénis, je le glorifie des biens qu'il nous a acquis par ses souffrance
Il ne fallait pas moins que la vue de pareilles vertus pour consoler la Vénérable Mère des soucis, de plus en plus nombreux, que lui donnait le gouvernement de sa Congrégation. Du Ier janvier 1826 au 5 1 décembre 1S29, quatre établissements furent fondés : ce furent ceux de Ganges et de Mèze, Hérault; de Mazan et de Payzac, Ardèche.
Si l'on réfléchit qu'en outre de ces nouvelles fondations, tantôt la mauvaise santé des Soeurs, comme à Saint-Chély, tantôt des difficultés administratives, comme à Privas, tantôt la mutinerie des enfants ou les exigences déraisonnables des parents, comme à tels et tels endroits qu'il serait trop long de nommer, nécessitaient des correspondances sans fin, des voyages multipliés, des changements pénibles, parfois l'abandon de certaines écoles, on se fera facilement une idée des immenses sollicitudes qui accablaient la Supérieure de la Présentation de Marie.
Au mois de juin 1828, sa santé donna de si graves inquiétudes, qu'on la pressa d'aller passer un mois à Thueyts pour se reposer. Elle y alla, mais pour y présider une retraite de ses chères filles, y mander les Sœurs des environs, les voir chacune en particulier, et passer, dans les occupations les plus laborieuses, un mois entier. L'air pur des montagnes avait cependant amélioré l'état de sa santé ; elle revint à Bourg, et s'y livra avec tant d'ardeur à plusieurs travaux importants, qu'au mois de septembre les médecins lui conseillèrent d'aller à Alais prendre les eaux d'Euzet. Ce fut encore l'occasion d'une nouvelle retraite, de nouvelles instructions, de nouvelles visites aux établissements qui se trouvèrent sur son passage ou peu éloignés.
Mais de graves nouvelles la ramenèrent à Bourg au mois d'octobre; trente-deux jeunes personnes étaient au lit, atteintes de la petite vérole, et deux Sœurs en danger de mort. L'épidémie heureusement