CHAPITRE XXVIII
s'arrêta là ; aux approches de la fête de la Présentation, qui fut précédée d'une fervente retraite, tout danger avait disparu. Deux autres retraites, où l'infatigable Supérieure se dépensa sans mesure, suivant
son habitude, furent données au mois de février 1S29.
; instructions véhémentes se ressentirent des craintes qui l'agitaient alors. Le Ministère soi-disant libéral du 5 janvier 1828, présidé par M. de Martignac, venait d'arracher à Charles X plusieurs mesures attentatoires aux droits et aux intérêts de l'Église, restreignant les prérogatives des ordres religieux, proscrivant les Jésuites, froissant le clergé et 1 episcopat. Marie Rivier eût voulu que la ferveur de son Institut grandit dans la proportion des périls qui menaçaient l'Eglise et la France ; avec une énergie de langage saintement exagérée, elle se plaignait, dans une prière à la Sainte-Vierge, de ce qu'elle appelait -y le relâchement, la lâcheté de ses filles », relâchement et lâcheté dont elle se rendait, du reste, la première responsable.
Ce fut surtout aux approches de la fête de la Pentecôte, dans une série d'instructions données à sa Communauté pendant huit jours, que l'ardeur de ses sentiments se manifesta et qu'on put dire plus que jamais que « l'Esprit de Dieu parlait par sa bouche. »
Brûlant du désir de voir tous les membres de sa Communauté participer abondamment aux grâces de l'Esprit-Saint, elle les engagea à y disposer leur cœur dès la fête de l'Ascension, et, chaque jour de l'octave, elle les pressa par divers motifs de s'y préparer. Tantôt, avec des paroles de feu, elle leur dépeignait les douleurs de l'Eglise et les malheurs de la France ; tantôt, après avoir fortement établi la nécessité de ne pas se contenter en un temps pareil d'une vertu médiocre et commune, elle montrait à ses filles, dans un idéal sublime, le portrait de la religieuse parfaite, s'offrant en victime pour le rachat des pécheurs, se sacrifiant sans mesure dans l'accomplissement des humbles travaux de son état. A la fin de l'octave, lorsqu'elle jugea que son auditoire était suffisamment préparé à recevoir d'elle une forte leçon d'humilité, elle mit en regard de l'idéal qu'elle avait retracé, le tableau de toutes les misères, de tous les petits relâchements, de toutes les imperfections quotidiennes de sa Communauté. « Misérables que nous sommes, s'écria-t-elle, nous n'avons, pour sortir de notre
pauvreté spirituelle, que la grâce du Saint-Esprit ! Vous avez vu
quelquefois peut-être à la suite d'une inondation, d'un incendie, d'une grêle, le défilé lamentable des pauvres gens ruinés par le fléau et sollicitant des secours, un certificat d'indigence à la main. Eh bien, je
m'offre à vous fournir à toutes un pareil certificat. Oui, je l'atteste devant Dieu, votre âme est pauvre et misérable: tout y est grêlé,
brûlé, ravagé. Vous pouvez prendre ce certificat tous les jours à mon banc, avant la sainte Messe, afin que tout le ciel soit touché de votre pauvreté et qu'il dispose vos aines, par la componction et l'humiliation, à être enrichies des dons du Saint-Esprit. »
Le samedi, veille de la Pentecôte, elle sembla se surpasser ellemême. « Apres une instruction d'une heure, disent les Annales, elle se leva tout à coup, se mit à genoux, les bras en croix, et dit d'une voix [e supplie les Sœurs qui m'ont donné tant de chagrin cette année de persévérer dans la résolution qu'elles ont prise de se conduire sagement. Je vous le demande au nom de toute la Communauté, que vous avez affligée ; au nom de vos paroisses ; au nom de vos enfants, à qui vous devez l'édification de vos exemples ; au nom des saints, qui se sont sacrifiés pour le salut des âmes ; au nom de la Sainte- Vierge, qui vous a amenées dans cette maison ; au nom de Jésus-Christ, à qui vous avez coûté le sang et la vie... »
« En disant cela, notre Mère pleurait et nous étions toutes attendries ; mais nous le fûmes bien davantage lorsqu'elle ajouta :
• Si quelqu'une n'est pas bien résolue à détruire son orgueil, je la conjure d'épargner Jésus-Christ et sa sainte Mère: qu'elle vienne plutôt me marcher dessus. » Et, comme notre Mère voulait surtout remuer profondément une Sœur remplie d'amour-propre, elle ajouta: • Vous surtout, sœur X...., venez me marcher dessus ; je le compterai r rien, pourvu que vous abaissiez votre orgueil. »
■■ La pauvre Sœur, ne sachant que devenir, s'étendit par terre: ■' Ah ! dit-elle, c'est bien moi qui mérite d'être foulée aux pieds. Je v >us en prie, ma Mère, ordonnez que toutes les Sœurs me marchent dessus
■ Notre Mère répondit : « Que la plus orgueilleuse le fasse ! » — Aussitôt une Sœur, qui sans doute était la plus humble, se lève et lui passe dessus.
■• On n'entendait cependant que pleurs et sanglots dans la salle et la fête fut célébrée avec une extraordinaire ferveur.»
Il eût fallu en effet que les Sœurs de la Présentation eussent des âmes bien insensibles pour ne pas s'enflammer à de pareils accents. L'ardeur dont brûlait la Servante de Dieu ne se communiqua pas seulement à la Communauté de Pourg-Saint-Andéol, elle s'étendit à sa Congrégation tout entière. La directrice d'une de ses maisons lui
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écrivait à cette époque : « Mes compagnes et moi, nous nous sentons un si grand zèle pour le salut de nos chères enfants, que nous donnerions volontiers jusqu'à la dernière goutte de notre sang pour leur taire éviter un seul péché : aussi avons-nous la consolation de voir ces entants répondre a nos soins. Il y en a qui supportent de rudes coups plutôt que de consentir à aller au bal, ou de vendre le dimanche, ou de faire gras les jours d'abstinence ; quelques-unes préfèrent ne rien manger ces jours-là et sont disposées à mourir de faim plutôt ([ue de violer les lois de l'Église: ces grands exemples frappent leurs parents, les font rentrer en eux-mêmes et les ramènent au devoir. »
La fin de cette année 1829 fut employée par la Vénérable Mère à plusieurs voyages : elle se rendit successivement à Montpezat, son pays natal, où elle était préoccupée d'établir ses filles ; au Puy, 011 elle déposa aux pieds de Notre-Dame ses ardentes prières et où elle donna plusieurs exhortations et avis aux Demoiselles de l'Instruction ; à Langeac, où elle prêcha une retraite aux Sœurs des environs.
Rentrée à Bourg, elle y trouva un nouvel aliment à son zèle et à sa charité. Le froid horrible qui signala les premiers jours de l'année 1S50, avait déterminé une misère plus horrible encore. Les Sœurs de la Présentation, à la suite de leur Mère, renouvelèrent les prodiges de dévoùment dont elles avaient donné l'exemple à Thueyts pendant l'hiver de 181 3. Les rappeler ici serait nous répéter. Contentons-nous de citer un fait. La charitable Supérieure voulut partager littéralement sa nourriture avec les pauvres ; à cet effet, elle se priva de la moitié de son repas ordinaire, qu'elle fit distribuer aux indigents, et les Sœurs à qui leur santé le permit suivirent cet exemple.
Vnc si belle conduite conciliait aux Sœurs de la Présentation une estime de jour en jour plus grande et plus générale. Les évèques du Puy et de Grenoble proclamaient hautement leurs louanges ; le R. P. de Yillefort, le futur secrétaire général de la Compagnie de Jésus à Rome, écrivait à la Vénérable Mère : « Nous avons tous une estime particulière pour la Congrégation que vous avez fondée et dans la propagation de laquelle on ne peut s'empêcher de reconnaître le doigt de Dieu. » L'autorité académique elle-même, qui, à la fin de l'année 1829, avait recommencé ses tracasseries administratives, abandonnait tout à coup ses prétentions, et le roi
LA V] NERABLE MARIE KIVIKU.
Char] .r son Ordonnance du 29 mai 1830, reconnaissait Iéga-
Ltion de la Présentation de Marie.
-là même une flotte française traversait la Méditerranée, allant à la conquête d'une colonie nouvelle. Mais, peu de temps après, la France apprenait à la fois les premiers triomphes de ses troupes en Algérie et la révolution qui venait de changer la forme politique de son gouvernement : le 30 juillet 1830, Charles X, victime de haines imméritées, reprenait le chemin de l'exil.