CHAPITRE XXIX
Elle avait compté sur une grande retraite, en [831, pour renouveler en ses chères filles cet esprit de dévotion intérieure qui leui était pins nécessaire (pie jamais. La retraite eut lien, mais la Vénérable Mère ne put cette fois ni la présider, ni y prendre part. Un violent accès de fièvre pernicieuse l'obligea à se mettre au lit et donna lieu bientôt aux plus graves inquiétudes. « Telle fut la force du mal, dit M. llamon, que, malgré son grand courage et l'ardeur de son zèle, elle ne put ni se lever ni rien faire pendant les saints exercices de la retraite : la fièvre, qui devenait de jour en jour plus forte, ne lui permettait de prendre aucune nourriture et elle était d'une faiblesse extrême qui faisait craindre pour sa vie (i). »
« Toutes nos Sœurs se mirent en prière, dit sœur Sophie, et l'on voyait souvent un spectacle touchant : des Sœurs et des novices prenaient par la main de petites orphelines et les conduisaient aux pieds de la Sainte-Vierge, à qui elles disaient avec simplicité : « Sainte-Vierge, laissez-vous toucher à la vue de ces pauvres enfants, conservez-leur leur bonne Mère. » On les conduisait de la même manière devant les tableaux des saints qui sont en divers endroits de la maison. »
« Cependant, continue sœur Sophie, la retraite allait se terminer et notre Mère ne guérissait pas. Ce fut alors que notre bon Supérieur, M. Vernet, lui proposa le vœu de recevoir une orpheline et d'aller au plus tôt faire un pèlerinage à Notre-Dame du Puy. Elle fit ce vœu de bon cœur et aussitôt eut l'espérance de guérir. Notre sœur Régis demeura près d'elle pendant la nuitdu 20 au 21 novembre. Après minuit, M. l'aumônier donna la communion à la malade, dont l'état n'avait pas encore changé. Son action de grâces terminée, elle s'endormit paisiblement jusqu'au matin et fut tout étonnée en se réveillant de se trouver sans fièvre. M. Cade, notre médecin, ne fut pas moins surpris. »
La Vénérable Mère n'eut pas de doute sur le caractère surnaturel de sa guérison : « Dieu soit béni ! écrivait-elle à sœur Joseph, me voici sur pied. J'ai eu bien peur de mourir ; aussi, je ne puis revenir de mon étonnement de me trouver guérie sans convalescence ; il me semble être ressuscitée. Pour cette fois, la Sainte- Vierge m'a tirée d'affaire : oh ! que je l'airne ! »
En cette fin de novembre 183 1, de nouveaux besoins faisaient