‹ La vénérable Marie RivierChapitre 211 sur 279 · CHAPITRE WIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE WIX

cifix, la Règle et la Vie de Jésus-Christ à la main. Toutes voulurent en être. >•

Un grand nombre d'entre elles, en effet, devaient être appel bientôt à se dévouer, mais sur un autre champ que cejui qu'elles avaient pu prévoir. A la fin du mois de mars de l'année 1832, une terrible nouvelle jeta la consternation dans la France entière : le choléra, qui, depuis deux années, avait progressivement envahi l'Europe et successivement ravagé la Russie, l'Autriche et l'Angleterre, venait d'éclater à Paris, d'une manière foudroyante, le 22 mars, au milieu des folles joies de la mi-carême ; à la Semaine sainte, des milliers de victimes avaient déjà péri ; peu de jours après, l'homme d'État le plus en vue de l'époque, Casimir Périer, et le savant le plus illustre, Georges Cuvier, étaient enlevés par le fléau.

La terrible épidémie ne fit son apparition dans la région du Vivrrais qu'au mois de septembre. Aussitôt, de tous les points où se trouvaient des Sœurs de la Présentation, des lettres arrivèrent à la Vénérable Mère, demandant la permission de se dévouer à la mort pour aller secourir les malades et les disposer à recevoir les Sacrements. Rien de plus touchant, et parfois de plus sublime de simplicité, que les formules de ces demandes : « Avec quelle joie, dit l'une, je ferais le sacrifice de ma vie pour soulager tant de malheureux !» — « Le bon Dieu, écrit une autre, semble me fournir l'occasion d'expier mes fautes passées. Je me jette donc à vos genoux, chère Mère, pour vous conjurer de ne pas épargner ma vie. » — « Je ne veux pas manquer d'obéissance, écrit une troisième, mais je ne crains pas du tout cette maladie, je me sens un grand désir d'être de quelque utilité aux infortunés qui en sont atteints, et, si notre chère Mère veut bien m'accorder la permission d'aller, au moins, les disposer à recevoir les Sacrements, je le ferai bien volontiers. »

La Vénérable Supérieure, disent les Annales, répondit à ses filles « que, tant qu'elles auraient des élèves, il ne leur convenait pas d'abandonner leurs fonctions pour voler au secours des cholériques, qu'elles devaient même attirer les enfants à l'école et les tenir dans la gaîté pour les éloigner du triste spectacle que leur offraient les rues et l'intérieur de leurs maisons, mais que, si les écoles devenaient désertes ou n'occupaient pas toutes les Sœurs, elle permettait à celles qui seraient libres de suivre le mouvement

de leur charité auprès des malades. Elles le firent, en effet, et, tandis que tout le monde fuyait les malheureuses victimes de la contagion, elles les recherchèrent pour les secourir, les encourager et les aider à mourir saintement

Ce que dut être l'héroïsme des Sœurs de la Présentation, quelques passages de leur correspondance le donnent facilement à deviner : 4. Oh ! quel spectacle! écrit sœur Honoré, directrice de l'école du Pouzin ; que cette maladie est affreuse ! les malades deviennent raides et froids ; on les enveloppe dans des couvertures, on les frictionne sans relâche, ils sont tourmentés si fort de douleurs d'entrailles qu'on a peine à les tenir. » Mais l'horreur d'un tel spectacle ne fait jamais oublier aux saintes filles l'aspect le plus désolant du fléau : « Hélas ! écrit sœur Caroline, les saints tribunaux sont bien déserts. » — ■ Oh ! que cette maladie laisse peu de temps pour se reconnaître, écrit encore sœur Honoré, et que ces pauvres gens font pitié ! »

Les terreurs de l'épidémie, pas plus que les agitations politiques, n'avaient fait négliger à la Vénérable Mère les intérêts de son cher Institut. Du Ier janvier 1830 au 31 décembre 1832, on compte cinq fondations : celles de Chusclan, de Connaux et de Saint-Laurentdes-Arbres, au diocèse de Nîmes ; celle de Tulette, au diocèse de Valence et celle de La Bégude, au diocèse de Viviers.

En 183 1, eut lieu à Saint-Chély, sous la présidence de sœur Esther, la première retraite d'institutrices laïques, laquelle compta cent dix-huit retraitantes ; les fruits édifiants de cette retraite furent confirmés l'année suivante, qui vit plus de deux cents institutrices se réunir de nouveau à Saint-Chély sous la direction de sœur Xavier. La tranquillité relative dont on jouit pendant les années 1833 et 1834 permit de réaliser un certain nombre de fondations. L'année 1833 fut particulièrement féconde; les écoles de Coucouron et du Malzieu, qui avaient dû être momentanément abandonnées, furent rétablies ; Saint-Geniès, LaTour-d'Aigues, Saint-Paulet, Bellegarde, dans les départements du Gard et de Vaucluse ; Massiac d'Auvergne et Saint-Julien de Savoie reçurent les Sœurs de la Présentation. Les fondations de La Tour-d'Aigues et de Saint-Julien méritent particulièrement de retenir notre attention.

Une correspondance de sœur Marie, qui fut chargée de faire l'installation des trois Sœurs envoyées à La Tour-d'Aigues, nous fait une curieuse description de cette paroisse de 3.000 âmes, du diocèse

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