‹ La vénérable Marie RivierChapitre 212 sur 279 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

d Avignon, et nous donne une idée des difficultés toutes particulières que les bonnes religieuses eurent à vaincre dans ce milieu de mœurs essentiellement provençales.

« Quel bien à faire ici, ma chère Mère ! — Il n'y a point à le nier, La Tour-d 'Aiguës est un pays pittoresque et charmant : la douceur du climat et l'aisance des habitants en font un petit paradis. Mais quelle ignorance chez les enfants et aussi chez, les parents !

€ Hier, dimanche, notre voisin charriait son fumier et l'on entendait les maçons travailler d'un autre côté, tout cela sans gêne. — On parle à l'église comme chez soi. Dans l'après-midi du dimanche, !a jeunesse entière est au bal : il y a le bal bourgeois et le bal du commun du peuple. Les enfants de onze à douze ans, qui n'ont pas fait leur première communion, dansent comme les autres.

« Et ces enfants pétillent d'esprit ; elles sont très franches ; elles écoutent bien ce qu'on leur dit, promettent tout et oublient toujours. Hier, une d'elles, à la Messe, se tenant un peu à l'écart, disait tout bas : « Va, démon, tu as beau me tenter, je ne parlerai pas. »

« Sœur Saint-Éloi vous ferait mourir de rire ; elle parle un peu leur patois, qui est très doux. Elle les prêche si gaîment que ces petites écoutent à merveille. Hier, plusieurs avaient dansé. Elle leur dit : « Vous puez la danse ; il faut renoncer à la danse ou à la classe. » L'une d'elles s'approcha de la Sœur et lui dit : € Ma sur, sentisses we, iéu : n ai pas dansa de segur (i). » — C'était vrai. Elle eut une image. >

Deux mois après, un digne et fervent chrétien du pays, M. Sermet de Tournefort, écrivait à la Vénérable Mère :

« Je croirais manquer de reconnaissance envers la divine Providence, si je vous laissais ignorer plus longtemps le bien que vos Sœurs ont opéré dans notre population. Ce que je crains que vous ne sachiez pas assez, c'est qu'elles sont l'objet d'une confiance et d'une vénération générales, et qu'elles exercent dans le pays un véritable apostolat.

<ï Ce témoignage n'est pas seulement le mien ; il est aussi celui de nos vénérables pasteurs, qui se plaisent à le renouveler en toute occasion. »

Les épreuves générales que venait de subir la Congrégation de la

i. Ma Sœur, sentez-moi, je n'ai pas dansé, à coup sûr.

LA V I NÉRABLE MARIE RIVIER.

Présentation, et celles qu'elle allait bientôt éprouver parurent sans doute suffisantes à la Providence pour qu'elle épargnât à la fondation de La Tour-d'Aigues les croix dont elle marque d'ordinaire les débuts des œuvres prédestinées à des fruits abondants. Il en fut de même de la fondation de Saint-Julien, en Savoie.

Le fondateur de cette importante maison fut un saint prêtre, alors professeur au collège d'Evian, M. François-Marie Picollet.

€ Dès l'année 1827, dit sœur Sophie, notre Mère, étant allée en Savoie prendre les bains d'Aix, avait conçu un vif désir d'y fonder des établissements, par dévotion pour saint François de Sales et sainte Chantai, que nos Sœurs y invoqueraient habituellement pour toute la Congrégation, et aussi par estime pour le bon peuple de Savoie, dont les mœurs douces, les habitudes laborieuses, la simplicité et la piété semblaient lui promettre d'excellents sujets pour son noviciat. »

Elle accepta donc de grand cœur la demande que lui fit, le 12 décembre 1832, M. Picollet, d'envoyer une colonie de Sœurs à Saint-Julien, son pays natal, où il offrait, pour le nouvel établissement, une maison vaste, avec chapelle, jardin et verger. La fondation ne put se faire que le 3 juin de l'année suivante. Avec l'agrément de l'évêque de Viviers, son pasteur naturel, et de l'évêque d'Annecy, dans le diocèse duquel se trouvait Saint-Julien, la Mère Rivier choisit pour cette maison cinq religieuses d'élite, qu'elle envoya sous la conduite de sœur Denise (1). « Elles furent reçues, disent les Annales, tant par le vénérable évêque d'Annecy, Mgr Rey, que par la population tout entière, comme des anges du ciel, et le succès de leur établissement répondit à l'attente de tous. » — « Vos bonnes filles sont devenues les miennes, écrivait, quelque temps après, Mgr Rey, et saint François de Sales vous prouvera qu'il les a adoptées pour siennes, en les protégeant et en les bénissant toujours dans son diocèse. »

L'avenir a ratifié les prévisions du digne successeur de saint France Sales.

1. So-ur Denise devait mourir l'année suivante, laissant en Savoie le souvenir d'une sainte. Sœur Marie, qui eut la consolation de recevoir son dernier soupir, écrivit : € Pendant les dix-huit années que notre sœur Denise a passées dans la Congrégation, je ne l'ai pas vue commettre une seule imperfection volontaire. » Sœur Denise fut dignement remplacée par sœur Arsène, qui reçut le titre de vicaire générale pour la Savoie, et qui devait, plus tard, succéder comme Supérieure générale de la Congrégation à la Vénérable Mère Rivier.

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