‹ La vénérable Marie RivierChapitre 214 sur 279 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

mais le premier biographe de la Vénérable Mère, qui avait pu consulter des témoins oculaires, e:i donne le récit suivant :

« A Touvet, la Vénérable Mère se rendit au couvent des Sœurs de la Providence, qui lui avaient offert l'hospitalité. Elle y fut reçue avec toutes les démonstrations du respect, de la charité et de la confiance, et édifia toute cette petite Communauté, autant qu'elle en fut elle-même édifiée. Au terme fixé, elle reprit la route d Annecy, et, du plus loin qu'elle aperçut cette ville, elle rappela à ses filles que c'était là que reposaient les précieux restes de saint François de Sales et de sainte Chantai, et que, dans quelques instants, elles allaient avoir le bonheur de les vénérer. A cette annonce, toutes sont ravies de joie, elles se recueillent, des larmes coulent de tous les yeux, et on arrive dans le silence le plus parfait jusqu'à la porte de l'église de la Visitation.

« lui entrant dans un lieu si vénérable, nos pieuses voyageuses furent saisies d'un religieux respect, elles allèrent se prosterner devant les saintes reliques et y prièrent pendant plusieurs heures dans les sentiments de la plus tendre dévotion. Après avoir ainsi satisfait leur piété, elles ne prirent que le temps de présenter leurs hommages à l'évêque d'Annecy, de saluer M. Picollet, qui se trouvait alors en cette ville, et se remirent aussitôt en route pour Saint-Julien. Mais, comme si la souffrance eût dû être toujours le privilège de la Supérieure, au moment où celle-ci montait en voiture, elle reçut par mégarde à la jambe un rude coup, qui lui fit une large contusion jointe à une douleur très sensible ; et, à quelque distance de là, étant arrivée a la côte de la Caille, où depuis a été construit ce pont si hardi qui entre-unit deux montagnes à la hauteur d'environ deux cents mètres, il lui fallut, par suite des frayeurs qu'elle éprouvait en voiture, gravir à pied cette élévation fatigante pour l'homme le plus robuste, mais effrayante pour une femme dont les jambes étaient enflées depuis plusieurs jours et venaient encore d'être horriblement meurtries.

4. A son arrivée à Saint-Julien, nouvelle croix : une lettre de Bourg - Saint-Andéol lui apprend que le choléra est dans cette ville ; hélas ? qu'allait devenir la Maison-Mère? en quel état se trouvaient ses chères Sœurs, ses novices, ses pensionnaires ? L'imagination, on le conçoit bien, se chargeait de la réponse, grossissait le mal, exagérait les frayeurs et oppressait l'âme. Toutefois, la Vénérable Mère dissimule sa peine, porte sa croix en silence, s'efforce même de paraître contente pour ne pas troubler la joie de ses chères filles de Saint- Julien,

qui sont si heureuses de revoir leur bonne Mère, et pour recevoir gracieusement toutes les personnes qui s'empressent de lui taire visite.

i Dieu cependant, au milieu de tant de peines, voulut bien accorder un allégement à sa douleur. Elle craignait que M. Yernet, obligé de partir subitement, ne pût ni donner la retraite à ses Sœurs, ni recevoir les novices ; et la Providence permit que la retraite pastorale étant supprimée à Viviers, à cause du choléra qui ravageait les environs, il se trouvât libre de prolonger à son gré son séjour dans le pays. Consolée par cette bonne nouvelle, elle ne songea plus qu'à bien disposer la Communauté à la retraite, et, afin que ses chères filles fussent plus libres, plus recueillies, et pussent lui parler plus à leur aise, elle accorda vacance pour quinze jours à toutes les enfants. Pendant ce temps, elle donna un libre cours à son zèle pour la sanctification des âmes, ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer au bien spirituel de chacune des Soeurs ou novices et de toute la Communauté, examina attentivement les prétendantes, pour juger celles qui étaient dignes de recevoir l'habit et le voile, et donna ses soins au salut de deux jeunes personnes imbues des erreurs du calvinisme, avec un zèle que Dieu bénit, car l'une s'attacha tellement à elle qu'elle voulut l'accompagner a son retour en France, et l'autre est aujourd'hui fervente catholique.

« Chose remarquable, pendant que la Mère Rivier se livrait ainsi aux exercices du zèle, elle souffrait presque dans tout son corps, -ses jambes étaient très enflées, ses humeurs en mouvement lui faisaient endurer le martyre, et elle ne pouvait qu'à grand'peine sortir de sa chambre. En même temps, elle avait à répondre à une multitude de lettres, qu'elle recevait de la Maison-Mère et de ses divers établissements, de sorte que la secrétaire dont elle se faisait aider n'avait pas un moment de relâche. « Je ne vous laisse pas le loisir de respirer, lui disait-elle un jour, mais Dieu saura bien vous en dédommager. Pour moi, je ne suis jamais si contente que lorsque je n'ai pas un instant à moi. Je m'abandonne entièrement à Dieu et à son œuvre. Puissé-je travailler ainsi jusqu'à la mort ! »

<i Cependant, de sa chambre elle pourvoyait à tout ; ayant trois novices à faire recevoir et huit prétendantes à qui il fallait donner le voile, et, jugeant que le public serait réjoui et édifié de ce spectacle auquel il n'était pas accoutumé, elle désira que la cérémonie se fit à l'église dans la plus grande pompe, et en régla tous les détails. On partit en procession du Couvent, où le clergé de la paroisse s'était

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