‹ La vénérable Marie RivierChapitre 218 sur 279 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

adjoindre um- autre Congrégation qui eut donné des prei sérieuses de capacité et de zèle. Je désignai les S eurs de la Présentation de Marie, et, après les détails que je fournis sur cette institution, Son Éminence, le cardinal de Cheverus, m'autorisa à traiter avec qui de droit de leur établissement à Bordeaux.

i }e transmis aussitôt à M. Vernet les détails nécessaires, et, après l'échange de plusieurs lettres, il me répondit, le 25 décembre, que la Mère Rivier acceptait les propositions qu'on lui avait faites et qu'elle s'occupait du choix c\c>< sujets à envoyer. « Ce choix, ajoutait M. Yemct, demande du temps, parce qu'il faut des sujets d'une vertu peu ordinaire, et il est nécessaire de les rappeler de divers établissements où elles se trouvent et de les remplacer sans secousse. »

Le 3 mars 1835, M. Dupuch écrivit lui-même à la vénérée Supérieure pour lui soumettre le vaste plan qu'il proposait au zèle de ses filles.

Il ne s'agissait de rien moins que de confier aux Sœurs de la Présentation : i° la direction et la surveillance de vingt-deux salles d'asile ; 2° une grande école primaire dans chacune des deux paroisses de Saint- Nicolas et de Saint-Martial ; 30 un ouvroir ou atelier de jeunes filles dans chacun des cinq arrondissements de la ville, et 40 dans le principal de ces établissements, une école normale d'institutrices pour la campagne et de surveillantes de salles d'asile. M. Dupuch terminait ainsi sa supplique : « Maintenant, ma Mère, il ne nous reste plus qu'à vous supplier de ne pas repousser notre humble demande ; je vous la fais au nom de plus de trois mille enfants, au nom de tous leurs bienfaiteurs, au nom de Marie, patronne de votre Institut, au nom de Jésus, pauvre et enfant luimême, dans le Cceur de qui nous avons adopté cette intéressante jeunesse. »

Après la réception de cette lettre, la Vénérable Mère écrivit au cardinal de Cheverus :

« La lettre de M. Dupuch vient de me faire connaître l'immense travail que Votre Eminence présente à mes filles dès leur arrivée dans votre grande cité. Des lettres antérieures m'avaient déjà donné un aperçu des vues que l'on avait sur elles, mais j'étais bien loin d'en soupçonner l'étendue. Il faut, Monseigneur, que l'on vous ait donné une idée bien haute mais bien fausse de notre capacité, et je crains beaucoup que vous ne nous trouviez bientôt

très au-dessous des espérances que vous voulez bien fonder sur nous.

C II est vrai que chaque partie du travail que l'on veut nous confier entre dans nos occupations ordinaires ; et c'est ce qui nous engage à ne point reculer ; mais, poi*r remplir cette tâche immense, il faudrait que nos Sœurs fussent autant de clames de Lestonac et de demoiselles Legras.

•• Une seule chose m'encourage pour mes pauvres filles, c'est, Monseigneur, qu'elles travailleront sous la direction d'un autre cardinal de Sourdis et d'un autre Vincent de Paul. »

Le départ des Sœurs fut fixé aux premiers jours du mois de mai. Il fut réglé que huit religieuses suffiraient pour commencer : cinq d'entre elles habiteraient l'établissement de la paroisse Saint- Nicolas, qui serait la maison principale, et trois, celui de la paroisse Saint-Martial.

Le choix de la directrice de la nouvelle colonie fut, pour la Vénérable Mure, le sujet de beaucoup de réflexions et de prières. Il tomba sur une de ses secrétaires, sœur Caroline. Comme sœur Marie, sœur Gertrude, sœur Gonzague et sœur Xavier, sœur Caroline avait 'passé son enfance au milieu des terreurs de l'époque révolutionnaire. Elle avait porté un grand nom dans le monde, où elle s'appelait Marie-Julie d'Exbrayat-Durivaux de la Rochette ; mais elle préferait se souvenir d'un autre titre de noblesse qu'elle jugeait plus précieux devant Dieu : la maison de son père était devenue, en 1793 et 1794, l'asile des prêtres proscrits et M. d'Exbrayat de la Rochette, arrêté pour ce fait, n'avait dû son salut qu'à la chute de Robespierre.

Après la mort de ses parents, Julie d'Exbrayat fut placée par une de ses tantes au pensionnat de Thueyts, que les talents de sœur Gertrude, de sœur Chantai et de sieur Marie désignaient déjà aux familles les plus distinguées de la région, pour y compléter son éducation. La jeune fille n'y entra qu'avec répugnance ; elle y apporta, avec une grande droiture de caractère, beaucoup d'étourderie et de dissipation ; mais une instruction de M. Vernet sur les périls du monde la frappa. Après plusieurs années de lutte, pendant lesquelles la nature et la grâce se disputèrent cette âme d'élite, elle demanda son entrée au Noviciat et y devint bientôt un modèle : servir les pauvres, s'humilier devant tous, mais surtout s oublier en tout et toujours, telle parut désormais sa constante et unique

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