‹ La vénérable Marie RivierChapitre 219 sur 279 · CHAPITRE XXX. 3Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. 3Q

ambition. Quelques mois après sa profession religieuse, sœur Caroline, à peine âgée de vingt et un ans, fut choisie pour fonder l'établissement de Saint-Quentin. Les qualités de prudence et de zèle dont elle donna des preuves engagèrent la Mère Rivier à lui confier plus tard les fondations d'Andance et de Millau. Elle s'acquitta de ces nouvelles missions avec un pareil succès, lui 1835, sœur Caroline remplissait depuis plusieurs années les fonctions de secrétaire de la Vénérable Fondatrice. Ses vertus, non moins que ses remarquables talents, l'indiquèrent au choix de sa Supérieure pour la direction de la communauté de Bordeaux.

Les compagnes de sœur Caroline furent les sœurs Zozime, Edouard, Ludivine, Raphaël, de la Charité, Isidore et Thérèse ; on leur adjoignit deux Sœurs de la Sainte-Famille, sœur Pascal et sœur Fabienne.

Le départ des dix religieuses fut précédé d'une retraite, pendant laquelle la Vénérable Supérieure leur adressa, en commun comme en particulier, tous les avis que sa grande expérience et son ardent esprit de foi lui suggéraient. La veille du départ, elle les réunit toutes dans sa chapelle, les recommanda avec larmes à la Sainte- Vierge, à saint François Régis, à saint Louis de Gonzague et leur donna sa bénédiction. Lorsqu'elle les embrassa pour la dernière fois, les efforts qu'elle fit pour dissimuler son émotion ne réussirent pas à cacher à ses filles le déchirement de cœur qu'elle éprouvait et, à cette vue, toutes éclatèrent en sanglots.

Les débuts des premiers établissements de Bordeaux ne furent pas sans épreuves. Par suite de regrettables malentendus et de la négligence de certaines personnes employées comme intermédiaires, les bonnes Sœurs se trouvèrent, en arrivant, sans asile, et, quand elles eurent obtenu un logement provisoire à peine convenable, les meubles les plus essentiels, les provisions les plus indispensables, leur firent défaut. Par une permission de la Providence, les protecteurs dévoués qui les avaient appelées à Bordeaux, et tout particulièrement M. l'abbé Dupuch, absorbé en ce moment par des œuvres multiples, ignorèrent d'abord la situation pénible des bonnes Sœurs. Celles-ci, du reste, dans un esprit d'humilité et de mortification, s'appliquaient à dissimuler leur dénûment autant que possible. Bientôt leur tenue pieuse, leur modestie et leur discrétion elle-même, dès qu'elle fut connue, leur gagnèrent toutes les sympathies. M. Géry, économe du grand séminaire, qui découvrit le

premier leur détresse et qui leur vint en aide aussitôt, écrivait le 2 juin : <• Sœur Caroline et ses dignes compagnes jouissent déjà d'une grande considération dans la ville. » Un mois après leur arrivée, elles furent enfin installées dans deux maisons, aux deux extrémités de la ville, ainsi qu'il avait été réglé. Quelques semaines après l'ouverture des classes, M. Dupuch écrivait à la Vénérable M ère : 4 Que Dieu soit mille fois béni ! Vos Sœurs feront ici beaucoup de bien. >> Et sœur Caroline, de son côté, disait : « Le bon esprit de la population bordelaise nous touche si fort, que nous regarderions comme un sacrifice d'être privées de donner nos soins à nos élèves. )> — « Les épines des premiers temps, ajoutait M. Géry, se sont changées en fleurs ravissantes. »

Les fleurs ravissantes se sont depuis transformées en fruits abondants. Les établissements fondés dans le diocèse de Bordeaux, aujourd'hui au nombre de dix-sept, forment à eux seuls une province de l'Institut de la Présentation de Marie.

L'ne autre province était, cette même année, en voie de formation dans le diocèse de Moulins.

La première idée de cette fondation nouvelle remontait à plus de dix ans. En 1824, lors de l'érection du diocèse de Moulins, le clergé de la ville se préoccupa de l'insuffisance des établissements religieux qui avaient pour but l'éducation de la jeunesse. Un saint prêtre du diocèse, originaire du Puy, M. Torrillon, curé de la paroisse de Souvigny, connaissait, pour les avoir vues à l'œuvre à Langeac, les religieuses de la Présentation de Marie. Dans un voyage à son pays natal, il avait même, une fois, rencontré en passant la Vénérable Supérieure. Cette entrevue de quelques instants avec la Servante de Dieu avait laissé en son âme une impression profonde. Il la communiqua à l'un de ses pieux confrères, natif de Souvigny et curé, depuis 1822, de la paroisse de Saint-Nicolas, à Moulins, M. l'abbé Philippe Martinet. Jeune encore, sorti depuis peu d'années du séminaire de Saint-Sulpice, où l'on avait déjà admiré ses talents et sa vertu, M. Martinet était un prêtre d'un zèle ardent et éclairé. Il consacrait, depuis deux ans, à l'évangélisation de sa paroisse, située dans un quartier pauvre de la ville et composée principalement d'ouvriers, le dévoûment d'un missionnaire. Les renseignements que lui donna M. Torrillon sur les Sojurs de la Présentation, lui firent espérer que le concours de ces religieuses l'aiderait puissamment dans son œuvre apostolique. Au mois de juin 1824, il s'adressa

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