CHAPITRE XXX
directement à la Mère Rivier. Sans lui dissimuler lés difficultés que filles pourraient rencontrer dans l'accomplissement de leur
tâche, il lui fit un tableau si touchant des besoins spirituels de sa isse, que le cœur de la Vénérable Fondatrice fut aussitôt
.né.
La réponse ne se fit point attendre. Malgré les difficultés de l'éloignement, la Vénérable Mère acceptait en principe la proposition du curé de Saint-Nicolas. Au comble de la joie, M. Martinet s'empressa de communiquer cette lettre à quelques dames riches et pieuses, qui étaient les bienfaitrices habituelles de ses œuvres. Trois d'entre elles, Mm« de Bouzingues, Mlle Boulard et Mme Berthelet, offrirent généreusement trois corps de bâtiments attenants, pour servir d'école et de logement pour les Sœurs. Mme de Bouzingues et M"L' Boulard promirent, en outre, de faire la donation d'un capital à la Communauté, à la charge par celle-ci d'élever gratuitement quatrevingts enfants pauvres.
Sur une nouvelle demande du curé de Saint-Nicolas, la Mère Rivier s'engagea de plus à faire donner par ses religieuses des instructions aux femmes et aux jeunes personnes, refusant la rétribution annuelle qu'on lui offrait pour cet objet.
Dès que les travaux nécessaires pour l'aménagement des locaux furent achevés, M. Martinet, impatient de voir se réaliser le projet qu'il avait si longtemps médité dans l'ardeur de son zèle, se rendit à Bourg-Saint- Andéol. C'était au mois de juillet 1825. Le pieux pasteur ne se doutait pas que l'échec de son entreprise devait venir des moyens mêmes qu'il employait pour en hâter la conclusion.
Les entrevues du curé de Saint-Nicolas avec la sainte Fondatrice et avec M. Yernet, ne firent que resserrer les liens d'estime réciproque qui unissaient déjà les Supérieurs de la Présentation et le zélé pasteur de Moulins. Les séjours de celui-ci à Bourg, à Viviers et au Puy, y laissèrent un parfum d'édification, et lui-même, en partant, écrivait ces mots à M. Yernet : 4 Je rends grâces au Seigneur d'avoir pu faire ce voyage de Bourg. Je ne saurais dire combien la Vénérable Supérieure et ses dignes filles m'ont édifié par leur modestie et leur chrétienne simplicité. Je me réjouis déjà de posséder dans ma paroisse des religieuses qui, par leurs exemples autant que par leurs leçons, seront les plus utiles de mes auxiliaires. »
De leur côté, Sœurs et novices, mises au courant du projet par leur bonne Mère, ambitionnaient le bonheur de prendre part à la
lointaine fondation. Mais une lettre de M. Martinet, écrite au lendemain de son arrivée à Moulins, annonça que tout devait; être abandonné, rendant son absence, une influence étrangère avait fait appeler dans sa paroisse d'autres religieuses. Les dames donatrices, avec l'assentiment de Mgr de Pons, évêque de Moulins, leur avaient remis le nouvel établissement, où le curé de Saint-Nicolas les trouva déjà installées. La fondation projetée ne devait se réaliser que dix ans plus tard, lorsque des circonstances majeures eurent décidé Mgr de Pons lui-même à exiger le départ des premières religieuses qu'il avait accueillies.
On était au mois d'octobre 1835. Un second voyage de M. Martinet à Bourg-Saint-Andéol décida la conclusion définitive du projet. Par un compromis sous seing privé, M. Vernet s'engagea, au nom de la Congrégation, à établir sur la paroisse de Saint-Nicolas : i° une école gratuite pour les jeunes filles pauvres ; 2° une école payante d'élèves internes et externes.
Pendant que M. Martinet, revenu à Moulins, prenait les mesures nécessaires pour faire disparaître, sur la demande expresse de la Servante de Dieu, tous les meubles élégants, riches tapisseries et belles glaces, qui décoraient le futur établissement des Sœurs de la Présentation, la Mère Rivier s'occupait, à Bourg-Saint-Andéol, du choix des sujets qu'elle devait envoyer. Ce ne fut qu'après avoir longtemps consulté Dieu et? fait célébrer une neuvaine de messes, qu'elle en détermina le nombre, les désigna, et leur donna pour directrice sœur du Saint-Esprit. La situation particulièrement délicate, à différents points de vue, dans laquelle allaient se trouver les Sœurs de Moulins, justifiait ces réflexions et ces prières : les obstacles qui avaient motivé les longues hésitations de l'autorité épiscopale n'avaient pas, en effet, complètement disparu ; mais personne n'était mieux à même de les surmonter que la prudente et pieuse sœur du Saint-Esprit.
Rosalie Caseneuve était née, en 1797, d'une famille chrétienne de Meysse, au moment même où la Congrégation de la Présentation de Marie venait de se fonder. Sa vocation religieuse s'était développée sans secousse dans une vie sans incidents. « Dès ma tendre enfance, racontait-elle, mon plus grand bonheur avait été de « jouer au couvent >>, ainsi que nous nous exprimions, avec une de mes petites cousines, devenue depuis religieuse comme moi. — «Justine, lui disais-je, tu ne m'appelleras plus par mon nom, ni moi par le