‹ La vénérable Marie RivierChapitre 221 sur 279 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

ti n ; mais quand tu me diras : — Allons à la promenade, je te répondrai : — Oui, ma Sœur. — Si vous voulez bien, ma Sœur,

reprendras-tu, prenons ce sentier à droite, et je te répondrai : — Ma r, je veux bien. » — Et, tâchant alors d'imiter de notre mieux la voix douce, l'attitude modeste et recueillie des bonnes religieuses qui nous faisaient la classe, il nous semblait goûter déjà les joies du couvent. » — Lorsque le cligne curé de Meysse, M. Champanhet, devinant sans peine dans cette âme .pure une vocation religieuse, crut devoir lui en dire un mot, la jeune fille l'interrompit : << Monsieur le curé, lui dit-elle, je n'ai jamais eu d'autre pensée 3> ; et, à quatorze ans, elle se présenta comme postulante au couvent de Thueyts.

Son noviciat achevé, elle fut successivement employée aux écoles de Cruas et de Pont-Saint-Esprit, où l'on remarqua bientôt, suivant les expressions de sa Supérieure, « sa piété forte, droite, fondée sur la pure foi et allant à Dieu sans détour.» Pendant une jeunesse placée à l'abri de toute épreuve extérieure, sœur du Saint-Esprit avait su acquérir cette solide vertu par la pratique constante de la mortification intérieure et par l'habitude de l'effort personnel dans l'accomplissement quotidien de ses devoirs d'état (i).

La décision de sa Supérieure la troubla au premier abord, mais la bonne Mère rendit le calme à son âme par les paroles suivantes : « Ma fille, vous serez toujours assez forte si vous ne perdez jamais de vue ces trois choses : les exemples de Notre-Seigneur Jésus- Christ, nos saintes Règles et la vertu d'humilité. »

Le 21 novembre, fête de la Présentation, la Mère Rivier désigna les cinq religieuses qui devaient être les auxiliaires de sœur du Saint-Esprit. Ce furent sœur Julie, nommée assistante, sœur de Loyola, sœur Saint-Mathieu et sœur Placide, chargées des classes, et sœur Geneviève, cuisinière.

Elles se mirent aussitôt en retraite. L'infatigable Supérieure leur adressa à cette occasion une série d'instructions, qui ont été recueillies et publiées plus tard sous le titre de Derniers avis de Madame Rivier. M. Vernet vint aussi leur donner les conseils que lui dictait

I. Elle était arrivée à fixer d'une manière habituelle sa pensée sur Notre-Seigneur vivant et agissant en elle. < Qu'aurait fait, dit ou pensé Notre-Seigneur dans cette circonstance ? » se demandait-elle au commencement de chacune de ses principales actions. — Rien n'était plus conforme à l'esprit inculqué par la Vénérable Mère et par le digne disciple de M. Olier, M. Vernet.

394 I A VÉNÉRABLE MARIE KIVIER.

•son expérience et leur lire les lettres pleines de sages directions qu'il recevait ùu digne curé de Saint-Nicolas. < Que vos bonnes Sœurs, disait M. Martinet, ne se préoccupent pas d'autre chose que porter ici leur esprit de détachement du monde et de charitable simplicité. Malheur à elles si on disait jamais qu'elles ont de belles manières ! »

Le départ fut fixé au 12 décembre. Apres avoir béni et embrassé ses chères filles, la bonne Mère, souffrante et ne pouvant, à cause de l'enflure de ses jambes, descendre de sa chambre, se mita sa croisée et suivit, aussi longtemps qu'elle le put, de ses yeux baignés de larmes, la voiture qui emportait, pour un si long voyage, la petite colonie.

Le voyage en effet dura six jours et ne fut pas sans dangers. Sœur Marie, qui fut chargée de représenter la Vénérable Supérieure dans cette fondation, en a laissé une intéressante relation. A deux reprises, les bonnes Sœurs ne durent leur salut qu'à une protection de la Providence, qu'elles se plurent à regarder comme miracu- Jeuse.

Dès le lendemain de leur arrivée, le 19 décembre, sœur Marie s'empressa d'écrire le bienveillant accueil reçu de Mgr l'Evèque de Moulins, de M. le curé de Saint-Nicolas, des Congrégations religieuses de la ville et de la population entière.

Les classes s'ouvrirent le 2 janvier 1836. Huit jours auparavant, la veille de Noël, les dignes religieuses, fidèles à une pratique de leur bonne Supérieure, avaient voulu commencer leur mission par un acte de charité. Malgré leur dénûment, elles avaient adopté une orpheline. On fut obligé de se dépouiller pour vêtir la pauvre enfant, que Dieu bénit, car elle devint plus tard religieuse de la Sainte- Famille.

Dus les premiers jours, l'école gratuite fut comble : les quatrevingts enfants de la classe pauvre ne se firent point attendre. Mais le pensionnat et l'externat payant mirent longtemps à se former. Ils atteignirent à grand'peine le chiffre de cinq ou six élèves à la fin de la première année. Les humbles religieuses, à peu près dénuées de • urces et n'osant, par discrétion, s'adresser à l'excellent M. Martinet, qui avait fait tant de sacrifices pour elles, durent avoir recours, pour vivre, à des prodiges d'économie et de sobriété. Le peuple, dont l'instinct parfois devine si bien les vertus les plus cachées, ne tarda pas a les appeler les pauvres Sœurs de Saint-Nicolas.

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