CHAPITRE XXX
Une autre vertu des saintes filles de Marie Rivier n'échappa point au peuple de Moulins. ( Ces bonnes religieuses, disait-on, ne connaissent que le chemin de l'église. >• — «Cesontdes Sœurs demî-
cloîtrées », ajoutait-on. Les parents des élèves n'osaient appeler les maîtresses au parloir, de peur de les troubler dans leur recueillement. Les élèves et les voisins racontaient qu'on les voyait seulement, en dehors de leurs classes et de leurs exercices communs, se livrer à des travaux manuels pénibles, tels que la lessive et la culture de leur petit jardin. Cette vie laborieuse et recueillie leur valut un deuxième surnom, tout aussi élogieux que le premier : on les appela les Sœurs austères de M. Martinet.
Bientôt elles commencèrent ces instructions religieuses aux femmes et aux jeunes filles que le pieux pasteur leur avait demandées avec instance, et elles ne tardèrent pas à en recueillir les fruits. Une pécheresse, dont la vie avait été un scandale pour toute la ville, sollicita la faveur detre instruite par les Sœurs des vérités de la Religion. Pendant plusieurs semaines, sœur du Saint-Esprit la reçut chaque jour au parloir, la catéchisant avec beaucoup de patience. Le jour où la Madeleine repentante fut réconciliée avec Dieu et admise à la sainte Table, elle ne pouvait contenir sa joie : « Mon Dieu, disait-elle, qu'ai-je donc fait pour mériter tant de bonheur ? » Quand on apprit ce fait à la Vénérable Mère, elle s'écria : « Lors même que la fondation de Moulins ne devrait jamais avoir d'autre résultat, je ne regretterais rien des sacrifices que nous y avons faits. »
Deux mois après l'arrivée des Sœurs à Moulins, Mgr de Pons écrivait à la Supérieure de la Présentation : « Quelque effort que fasse votre Congrégation pour se maintenir au dernier rang, je suis porté à croire, ma très honorée Mère, que celui qui promet sa grâce aux humbles, a jeté un regard de prédilection sur elle. »
Une visite de M. Vernet, au mois de juin 1S36, eut pour effet d'assurer les premiers fruits du nouvel établissement. Les fondations qui venaient d'être faites dans le Midi (1), ne permirent pas de satisfaire immédiatement aux demandes qui étaient adressées de plusieurs points du diocèse de Moulins. Mais, pendant les quelques années qu'il leur restait à passer en ce monde, le bon Supérieur et la
I. Ce furent les écoles de La Palud, au diocèse d'Avignon ; de Collias et d'Anduze, au diocèse de X'imes ; de Gras, au diocèse de Viviers ; de Nasbinals, au diocèse de Mende.
sainte Fondatrice eurent la consolation tic voir commencer en Bourbonnais ce mouvement d'expansion de leur œuvre qui ne devait pas s'arrêter à leur mort. Vingt-six établissements pleins de prospérité forment aujourd'hui comme une couronne de bénédiction autour de la première œuvre fondée, en 1S35, par sœur du Saint-Esprit, en cette paroisse de Saint-Nicolas, devenue depuis la paroisse du Sacré- Cœur et le centre de l'archiconfrérie du Cœur de Jésus.