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LA DERNIÈRE MALADIE ET LES DERNIERS TRAVAUX

Décret de la Sacrée Congrégation des Evêques et des Réguliers accordant des louanges particulières à l'Institut de la Présentation de Marie. — Sentiments de la Vénérable Mère dans ses infirmités : elle veut « mourir dans la faim de son zèle », comme saint François Xavier. — Elle continue son active correspondance. — Fondations de la. Providence d'Orange et de l'école de Montpezat. — Recrudescence de la maladie. — Mort de sœur Angèle et de sœur Régis. — Fondations nouvelles. — Les Instructions familières. — Dernières instructions de la Servante de Dieu. — Prières pour sa guérison. — Touchante procession des pensionnaires et des orphelines. — Pressentiments de sa fin prochaine.

NOTRE bonne Mère, disent les Annales de la Présentation, bénissait Dieu des succès dont la Providence avait daigné favoriser nos fondations de la Savoie, du Bordelais et du Bourbonnais ; mais, à la mort de M. Picollet, notre bienfaiteur, des difficultés administratives s'élevèrent au sujet de notre maison de Saint-Julien, en Savoie. On s'aperçut qu'il manquait un point essentiel pour consolider nos établissements dans ce pays et en fonder d'autres dans la suite : c'était l'autorisation ou reconnaissance légale de la Congrégation dans les États du roi de Sardaigne. Sans cela, l'Institut ne pouvait devenir propriétaire d'aucun bien, les lois ne permettant pas aux étrangers d'y acquérir des immeubles sans l'autorisation du prince ou des lettres de naturalisation. Déjà Mgr Rey, évêque d'Annecy, avait fait sonder la cour de Turin à ce sujet. Il avait été répondu qu'avant de porter cette affaire au conseil royal, il fallait que la Con-

présentât un témoignage favorable du Saint-Siège, juge suprême et compétent de toutes les institutions religieuses. En conence, notre Mère se hâta de demander à tous les évêques des diocèses où elle avait des établissements, des lettres de recomman- :i. qui furent accordées avec empressement et dans les termes lus honorable- ! . Les évêques de Viviers et d'Annecy y ajoutèrent chacun une supplique au Souverain Pontife pour demander l'approbation de nos Constitutions. On fit partir pour Rome ces diverses pièces, avec un exemplaire de nos Règles et Statuts et une histoire abrégée de l'Institut. »

Le 6 mai 1S36, le T. R. Père Paul de Saint-Joseph, procureur général des Carmes déchaussés et consulteur de la Congrégation des Evêques et des Réguliers, donna lecture, devant la Congrégation romaine, d'un long rapport très favorable aux suppliques des deux prélats, i Si tous les évêques, disait l'honorable Rapporteur, se montrent parfaitement satisfaits de ces bonnes Sœurs, si tous sont heureux de les avoir dans leurs diocèses et constatent qu'elles ne deviennent si édifiantes dans leur conduite qu'en se conformant exactement à leur Règle, nous devons en conclure, conformément aux maximes du saint Évangile, que, les fruits étant bons, la plante est bonne, car, dit Xotre-Seigneur, un arbre mauvais ne saurait produire de bons fruits. »

Le savant religieux exposait et discutait ensuite diverses objections soulevées sur deux points particuliers et d'ailleurs secondaires de la Règle, et, après l'avoir justifiée sur ces deux points, en s'appuyant sur l'autorité des plus éminents théologiens, notamment sur celle de Suarez, il concluait en ces termes :

Sous la censure de Vos Eminences Révérendissimes, je penserais qu'il est très convenable à. la clémence du Saint-Siège, d'approuver un Institut dont quarante ans attestent l'utilité pour l'Église, comme aussi de confirmer dans l'état où elles sont les Règles proposées. »

Le résultat de ce rapport et de la délibération de la Sacrée Congrégation romaine fut le Décret suivant, confirmé, le jour même de

1. Ces attestations étaient signées par Mgr fie Cheverus, archevêque de Bordeaux; Mgr de Miollis, évéque de Digne ; Mgr de Bonald, évoque du Puy ; Mgr Giraud, évéque de Rodez ; Mgr de Chafïoy, évéque de Nîmes ; Mgr de la Tuurette, tvéque de Valence ; Mgr de la Brunière, évéque de Mende ; Mgr Cadalin, évéque de Saînt-Flour, et par les vicaires capitulaires d'Aix, d'Avignon et de Montpellier, dont les sièges épiscopaux étaient vacants.

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sa date, par l'autorité de Sa Sainteté, : ■ Pape ( rrégoire XVI : c La agrégation des Émtnentissimes et Révérendissimes cardinaux

de la sainte Église romaine, préposés aux affaires et aux consultations des Évêques et des Réguliers^ sur le rapport de Son Éminenci le cardinal Odescalchi, cardinal Ponent ; vu les lettres testimoniales d'un certain nombre a" évêques de France; vu les suppliques adressées par les évêques de Viviers et d * Annecy \ èi propos de l'Institut des Saurs dites de la Présentation de Marie ; en sou audience plénière du 6 mai iSjô, après un mûr et sérieux examen de toutes choses, dit et décrète : que V Institut des Sœurs de la Présentation de Marie a bien mente de la Religion et qu'il est digne de louanges particulières pour les soins qu'il donne à l'éducation chrétienne des jeunes personnes \ et que les Sœurs doivent être invitées a marcher constamment dans la carrière oit elles sont entrées. » Un mois après,le 10 juin 1836, une Ordonnance du roi de Sardaigne, Charles- Albert, accorda une existence légale aux Sœurs de la Présentation et les autorisa à acquérir dans les États de Piémont, de Sardaigne et de Savoie, à titre onéreux comme à titre gratuit.

Vne âme moins généreuse que celle de Marie Rivier eût chantéson Nunc dimittis. A cette œuvre, fondée quarante ans auparavant dans le bourg de Thueyts et comprenant maintenant plus de cent établissements répartis dans plus de douze diocèses, la plus haute autorité de ce monde accordait € des louanges particulières » pour tout ce qui avait été fait dans le passé. Elle en bénissait l'avenir en invitant les Sœurs « à marcher constamment dans la carrière où elles étaient entrées.» D'autre part, la Vénérable Fondatrice venait d'atteindre sa soixante-neuvième année. L'âge et les infirmités diminuaient de jour en jour ses forces corporelles. Mais, à mesure que son corps s'affaiblissait, on eût dit que son âme acquérait une nouvelle et surnaturelle vigueur. Une de ses filles lui ayant parlé un jour de la nécessité de prendre du repos : « Mon enfant, lui répondit-elle avec vivacité, quand il s'agissait de la gloire de Dieu et du salut des âmes, les saints ne disaient jamais assez : ils mouraient, comme un saint Xavier, dans la faim de leur zèle. »

Mourir « dans la faim de son zèle » : aucune expression peut-être ne caractérise plus exactement l'histoire des deux dernières années de sa vie.

« Depuis longtemps, dit sœur Joseph, nous observions avec tristesse l'affaiblissement graduel de la santé de notre Mère ; mais ce fut surtout à mon retour de Salon, au mois de juin 1836, que je fus

frappée du changement qui s'était opéré dans l'aspect de son visage. » Un petit voyage à Viviers, où elle avait eu froid, l'avait particulièrement indisposée. Ce fut le commencement de cet ensemble de

maux qui ne la quittèrent plus et qui devaient la conduire par degrés au tombeau.

L'enflure de ses jambes augmenta et parut gagner tout le corps. docteur Séguy, de Pierrelatte, fut appelé pour se concerter avec les docteurs Augustin et Amable Cade. Les trois médecins reconnurent les symptômes de l'hydropisie. La diète fut ordonnée. Une amélioration sensible s'ensuivit, l'appétit revint. Sentant renaître ses forces, l'infatigable Supérieure se remit au travail.

Un grand nombre de pasteurs sollicitaient en ce moment la fondation d'écoles dans leurs paroisses. A son grand regret, la Mère Rivier se voyait obligée de répondre par un refus à la plupart de ces demandes, parce qu'elle manquait de sujets. Mais souvent les bons prêtres redoublaient leurs instances. Quelques-uns se déterminaient à venir plaider leur cause en personne. En entendant l'exposé qui lui était fait des misères spirituelles de ces pauvres paroisses, de l'ignorance religieuse des enfants et des jeunes filles, le zèle de la bonne Mère s'enflammait. Alors elle ne pouvait plus résister et elle s'épuisait en combinaisons pour venir à bout de satisfaire cà des besoins si pressants.

En la voyant reprendre son œuvre avec tant d'ardeur, la Communauté joyeuse la crut guérie. Cependant ceux qui la voyaient déplus près ne partageaient pas cette illusion. Un jour qu'elle se promenait dans le corridor, les pieds dans de larges chaussons de laine, à cause de l'enflure qui y était survenue, elle entendit une conversation que tenaient ensemble sa^ur Marie et sœur Joseph dans le bureau où elles étaient occupées à écrire. Les bonnes religieuses échangeaient entre elles leurs craintes au sujet de la santé de leur Mère. Elle ouvrit la porte et leur dit avec un grand calme : « J'ai entendu votre conversation ; mais il m'est indifférent que le bon Dieu me guérisse, ou qu'il me laisse malade, ou qu'il me fasse mourir. Je ne veux que sa* sainte volonté. En attendant, je vais vite profiter du temps qu'il me laisse {jour travailler. » Elle ajouta en riant : 4 Que quelqu'une de vous ne soit pas sage, elle verra si je n'ai pas la force de la semoncer. >>

A partir du mois de juillet, sœur Joseph et sœur Sophie, pressentant un dénoûment funeste, écrivirent jour par jour les divers événement relatifs a l'état de santé de la Vénérable Mère. Leur journal,

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