‹ La vénérable Marie RivierChapitre 226 sur 279 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

qui me l'a envoyée ; c'est lui qui ne veut plus que je guérisse. Qu sainte volonté soit faite! *> Et, en effet, le crucifix resta sous ses yeux jusqu'au dernier moment; elle ne voulut jamais s'en séparer.

L\- même jour, on crut que le pronostic qu'elle voyait clans le crucifix allait s'accomplir. Elle avait entendu la Messe et communié dans sa petite chapelle, puis, reçu la visite des nouvelles professes et de leurs parents, à qui elle avait adressé quelques paroles pleines de maternelle bonté. Mais, vers deux heures de l'après-midi, elle se trouva subitement si oppressée, qu'elle parut près de succomber. On la crut tombée en apoplexie. Elle resta longtemps assoupie, la tête brûlante. A sept heures du soir, on pensa qu'elle allait expirer. Le docteur Cade se hâta de faire, partout où l'enflure était plus prononcée, des scarifications, qui amenèrent un écoulement salutaire et un soulagement momentané. Une partie de la Communauté passa la nuit en prières devant l'autel de saint François Régis.

Le 27 juillet, sœur Philippine et sœur Joseph eurent grand'peine à la ramener de sa petite chapelle dans sa chambre, tant ses forces s'étaient brusquement affaiblies pendant la Messe. Depuis lors, pour faire quelques pas, il lui fallut le secours de deux Sœurs. Elle demeurait assise dans un fauteuil, les jambes enflées, couvertes de phlyetènes, et enflammées à un tel point qu'on craignait à chaque instant que la gangrène ne s'y mit.

Tout près de cette chambre, où la maladie la tenait immobile, deux de ses filles les plus chères se préparaient à quitter ce monde. La première dont elle eut la douleur de se séparer fut sœur Angèle.

Après avoir pris pendant sa vie cette héroïque devise : « Ne rien désirer, ne rien redouter », sœur Angèle, une des plus anciennes compagnes de la Vénérable Mère, osait se plaindre doucement à Dieu sur son lit de mort, mais c'était de ne pas assez souffrir : <• Quelle douce maladie Dieu a choisie pour ma faiblesse ! » murmurait-elle. Laissons sœur Joseph nous raconter, dans son journal, la dernière entrevue de la Mère avec sa fille agonisante.

« Le 6 août, notre Mère nous dit : i. Voilà bien longtemps que je suis clouée sur ce fauteuil et que je n'ai pas vu ma pauvre Angèle : menez-moi chez elle. » — Nous la mimes sur un fauteuil à roulettes et la conduisîmes jusqu'au lit de sœur Angèle, presque mourante. Celles qui la gardaient lui dirent : — « Entendez-vous, ma Sœur, les roulettes du fauteuil de notre Mère ? — Oui, j'entends, dit-elle : relevez-moi un peu afin que je la reçoive plus respectueusement. »

Notre Mère lui dit en entrant : « Eh bien, mon enfant, vous voilà sur la croix avec Jésus-Christ — Ou' ma Mère, il vous aussi, et

cependant vous prenez la peine de venir me voir. Je vous en suis bien reconnaissante et je vous demande pardon de tous les chagrins que je vous ai donnés. % — Soeur Angèle sollicita ensuite une bénédiction de notre Mère, qui la lui donna en pleurant. <( Ktes-vous bien en paix, mon entant? lui dit-elle. — Oui, ma Mère, bien contente. ) Sœur Angèle avait demandé la grâce de mourir en ce jour de la Transfiguration de Jésus-Christ ; elle fut exaucée et rendit le dernier soupir le soir même. »

Douze jours plus tard, le 18 août 1837, sœur Régis, Villard, l'insigne bienfaitrice de la Congrégation, expirait à son tour. Sœur Marie avait calculé que les libéralités de sœur Régis, en faveur de l'Institut, se montaient à plus de 70.000 francs ; mais, bien loin de s'en prévaloir pour réclamer aucun privilège, l'humble religieuse n'avait jamais manifesté d'autre ambition que celle de remplir dans l'Institut les offices les plus bas. Elle poussait l'amour de la pauvreté jusqu'à l'excès. « On compta, dit sœur Sophie, sur un mouchoir qui était à son usage, plus de douze pièces, sans parler des reprises. » Jusqu'à son dernier moment, la Vénérable Mère fut dans la plus grande sollicitude à son sujet, tant elle appréhendait que quelque chose ne manquât à la pauvre malade. « Sœur Régis est notre Mère, disait-elle ; en des jours de disette, elle nous a donné du pain. »

Une attaque d'apoplexie lui avait enlevé, depuis quelque temps, l'usage de ses facultés. « Le fauteuil à roulettes de notre Mère, dit sœur Joseph, la conduisit au chevet de sœur Régis expirante, mais rien ne put faire revivre chez la pauvre Sœur un rayon d'intelligence, ce qui doubla la peine que notre Mère eut de la mort de notre Sœur et bienfaitrice. »

L'ne légère amélioration permit à la Vénérable Supérieure de faire, pendant le mois de septembre, quelques instructions aux futures agrégées et de régler les derniers détails de plusieurs fondations. <L Jamais, dit sœur Sophie, les demandes n'avaient été plus nombreuses. On insistait, on faisait valoir les motifs les plus puissants ; on employait la sollicitation de grands personnages, on faisait jouer tous les ressorts, et c'était une grande fatigue pour notre Mère que d'avoir à répondre à des demandes si pressantes. » Un jour, un vicaire de Serrières, M. Barjon, à bout d'expédients, se présente

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