CHAPITRE XXXI
devant la Vénérable Mère- et se prosterne à ses pieds, protestant qu'il ne se relèvera pas tant qu'on ne lui aura pas promis deux filles de la Présentation pour instruire les enfants de cette pauvre paroisse. AI. Queyras, curé de Camaret, dans le diocèse d'Avignon, en face du prochain départ des Sœurs et las de voir sa demande toujours refusée, eut l'idée de coller, en tête de sa lettre, le 15 août 1837, une image de l'Immaculée Conception et écrivit au-dessous : « Madame la Supérieure et très révérende Mère. Ce n'est point en mon nom cette fois, c'est au nom de la Vierge Immaculée que je vous aclr ma supplique. » La bonne Mère fut touchée, et le bon curé de Camaret, comme le vicaire de Serrières, gagna sa cause (1).
Le 5 octobre, elle prit son crayon pour la dernière fois et traça pour sœur Arsène, d'une main tremblante, ces mots où ses filles peuvent trouver comme le précieux testament de son affection : i Oh ! Dieu ! mes chères filles, que vous m'êtes chères, toutes ! »
Les Constitutions et les Règles avaient tracé les grandes lignes que doivent suivre les Sœurs de la Présentation pour remplir les devoirs de leur vocation, mais, depuis quelque temps, la sage Supérieure avait eu l'idée de réunir, sous le titre d'Instructions familières , un recueil de ses réponses aux principales difficultés que peut rencontrer l'application journalière des Règles. Elle publia ce recueil et le fit précéder de ces lignes touchantes : « Mes très chères filles, avant de quitter le pénible poste que j'occupe, le zèle qui m'anime pour la perfection de chacune de vous et de la Congrégation tout entière, me porte à vous adresser ces derniers avis : puissé-je voir toutes mes filles, animées d'un vrai zèle, travailler avec courage, suivant l'esprit de leur état, à leur propre sanctification et à la sanctification de toutes les personnes qui les entourent, spécialement des enfants qui leur sont confiées ! C'est l'unique désir de mon cœur maternel, et, je puis bien ajouter comme le Roi-Prophète, c'est l'unique objet des larmes dont j'arrose mon lit nuit et jour... »
Le Ier novembre, elle fit une instruction sur la fête du jour: « Notre Mère nous parle admirablement du bonheur des saints,
1. Pendant les six derniers mois de la maladie de la Vénérable Mère, huit écoles nouvelles furent ouvertes. Ce furent celles de Cosne et de Marcillat, au diocèse de Moulins ; de Bègles, au diocèse de Bordeaux; de Saint-Gingolph et de Mieussy, en Savoie; de Rieutort, au diocèse de Mende ; de Mouriès et d'Eyguières, au diocèse d'Aix-en- Provence. « Je n'ai jamais plus travaillé que pendant cette maladie, écrivait, le II septembre, la \ énérable Mère à sœur Xavier. Dieu soit béni ! »
écrit sœur Sophie, et de ce que nous devons faire ici-bas pour partager un jour leur gloire. * Quand je serai dans le ciel, dit-elle, si I me fait la grâce d'y aller, je chercherai vite mes filles ; je ferai le tour pour voir si toutes y sont, et, s'il m'en manque, je dirai : K Où est donc une telle et une telle? Oh! quel malheur s'il s'en trouvait quelqu'une qui fût pour toujours séparée de Dieu et de ses compagnes ! » Puis, venant à parler des âmes du Purgatoire, dont on célébrait la commémoration le lendemain : « Ce qui me déchire le cœur quand je pense au Purgatoire, dit-elle avec larmes, c'est le souvenir de mes chères filles, que je me représente criant vers moi du milieu des flammes : Ma Mère, ma Mère, ayez pitié de moi ; tirezmoi d'ici ; priez pour moi. Aussi, que ne ferais-je pas pour soulager ces pauvres âmes ! »
Quelques jours après, elle fit faire une retraite, à laquelle elle invita les personnes du dehors ; elle y prépara beaucoup de novices qui devaient être reçues le jour de la Présentation, et c'est alors qu'ayant réuni les Sœurs dans sa chambre, elle leur dit ces remarquables paroles : « Je vous pardonne à toutes, mes enfants, ce que vous pouvez avoir à vous reprocher ; mais, pardonnez-moi aussi, car je suis persuadée que c'est moi qui suis cause que tant de choses vont mal. Je crie vers le Seigneur de toutes mes forces la nuit et le jour, et je lui dis : Mon Dieu, ne permettez pas qu'aucune de celles que vous m'avez confiées se perde par ma faute. Je prie pour celles qui sont ici, pour celles qui sont dans nos établissements, pour celles même qui sont retournées dans le monde. Priez aussi de votre côté, afin que toutes se renouvellent et que chacune s'applique à observer la Règle et à la faire observer, sans quoi il est impossible que l'œuvre se soutienne. Priez pour moi, afin que je vous dirige comme le bon Dieu le veut. Oh ! quelle charge que celle d'une Supérieure ! quelle responsabilité ! »
Ce fut là sa dernière instruction à la Communauté réunie. Peu de temps après, la parole publique et la prière vocale lui devinrent impossibles.
i. Un jour du mois de novembre, écrit sœur Joseph, notre Mère me dit : <t Je ne puis plus prier ; mais j'aime que l'on prie à côté de moi. Vous réciterez votre chapelet avec une autre Sœur, à haute voix ; je m'y unirai et cela me fera plaisir. »
•■ Il y a bien une autre chose, ajouta-t-elle vivement, qui me ferait grand plaisir : ce serait d'entendre lire la vie de saint François Xavier ;