CHAPITRE XXXI
je suis transportée et ravie quand je vois ce que le zèle a fait faire à ce grand saint. > On s'empressa de lui donner cette satisfaction, et, après la lecture de quelques pages : « Je brûle, nous dit-elle ; faites venir ici quelques novices : que je leur parle un peu pour les préparer à leur réception. » Les novices vinrent, et notre Mère les exhorta avec ardeur au zèle de leur propre sanctification pour le salut des autres. )
Cependant lliydropisie augmentait. La Vénérable Mère ne put bientôt, se donner aucun mouvement ; il fallait quatre personnes robustes pour la mettre au lit ou l'en relever. Ses douleurs étaient parfois si fortes qu'elle ne pouvait retenir de longs soupirs.
Les prières redoublaient dans la Communauté : on priait au couvent de Bourg pendant des nuits entières ; des établissements on écrivait que la plupart des Sœurs avaient offert à Dieu le sacrifice de leur vie pour la conservation de celle qu'elles aimaient plus qu'une mère. Sœur Célestine lui ayant dit que Dieu exaucerait tant de prières, la bonne Mère répondit : € Oui, mon enfant, d'une manière ou d'une autre, la prière est toujours exaucée; si elle ne sert pas pour le corps, elle sert pour l'âme. Au reste, je ne désire ma guérison que pour les autres, non pas pour moi ; je la désire pour ces pauvres pensionnaires et orphelines qui prient depuis plus d'un an ; j'ai peur que leur foi ne s'affaiblisse en ne me voyant pas guérir. »
Depuis plus d'un an, en effet, les prières pour la guérison de la vénérée Supérieure n'avaient pas discontinué au pensionnat et à l'orphelinat. € Un jour, raconte sœur Joseph, notre Mère, de sa chambre, entendit les orphelines qui, rangées en procession et portant la statue de sainte Philomène, parcouraient les corridors et les cours, en répétant à haute voix, sous forme de litanies, ces paroles : Obtenez-nous la guérison de notre Mère ! Elle en fut profondément attendrie. La procession arriva jusque dans sa chambre. Quatorze jeunes pensionnaires, ayant des cierges en main, entouraient la statue de sainte Philomène, pour honorer les quatorze années de sa vie. Les enfants vinrent déposer la statue sur la table de notre Mère ; là, une prière nouvelle fut adressée à la jeune Sainte et, dans la chambre et le corridor, les orphelines répondirent par leur cri : Obtenez-nous la guérison de notre Mère ! »
Tandis que de pareilles supplications montaient au ciel, Dieu, dont les desseins sont plus élevés que ceux des hommes, laissait la
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terrible maladie suivre sa marche progressive. Sœur Marie ne pouvait suffire à répondre aux nombreuses lettres qui arrivaient de tous . demandant avec anxiété des nouvelles de la bien-aimée Supérieure. Anciennes élèves, mères de famille, pasteurs des paroisses, religieux, évêques, exprimaient de partout leurs sentiments de regret et de vénération ; des prêtres de Saint-Sulpice s'étaient rendus du séminaire de Viviers et même du séminaire de Bordeaux au chevet de la vénérée malade (i); la Supérieure générale des Demoiselles de l'Instruction, Mlle Antier, écrivait, du Puy, lettres sur lettres pour s'informer, avec la sollicitude d'un cœur dévoué, des progrès du mal ; toute la famille de la Présentation de Marie, tous ceux qui s'y rattachaient par les liens de la charité fraternelle ou de la gratitude, se groupaient autour de la Vénérable Fondatrice, avides, pour ainsi dire , de recueillir les derniers parfums de cette âme qu'on sentait mûre pour le ciel.
i. M. Champanhet, de Viviers ; M. Géry, de Bordeaux.