‹ La vénérable Marie RivierChapitre 23 sur 279 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« Oh ! que cet endroit ferait une belle .solitude ! » Je la priai alors de remarquer combien cet attrait paraissait opposé aux œuvres que Dieu lui avait fait entreprendre. — « Il me semble, me répondit-elle, que j'ai toutes les vocations. »

Cet attrait simultané pour la vie active et pour la vie contemplative, que l'on remarque en plus d'un saint, se manifestait en effet déjà dans la jeune enfant, en la portant plus que jamais aux < mures de charité envers les pauvres. Rencontrait-elle dans la rue une petite fille mal habillée, elle la conduisait à la maison, la présentait à sa mère et demandait pour elle ce dont elle avait besoin. Plus d'une fois, elle se dépouilla pour revêtir les pauvres (i). Elle racontait elle-même qu'un jour son parrain, Pierre Combe, lui ayant donné une pièce de douze sous, son premier mouvement fut de courir à la rue chercher un pauvre pour lui remettre sa petite pièce. Ne rencontrant aucun mendiant assez tôt au gré de son impatience, elle aborda une pauvre femme qui passait : « Femme, lui dit-elle, êtesvims pauvre? — Je ne suis pas riche, répondit celle-ci. — Eh bien, si vous voulez de l'argent, en voilà. » Et elle lui remit, tout heureuse, son petit trésor (2).

Le trait de charité qui laissa dans son âme le plus doux souvenir est le suivant.

Il y avait alors à Montpezat une pauvre aveugle, qui s'en allait à tâtons par les rues, mendiant son pain, et que son infirmité rendait parfois le jouet des enfants. Aussitôt que Marie l'apercevait, elle courait à elle, lui prenait la main et lui disait : « Bonne femme, appuyez-vous sur mon épaule, et suivez-moi.» Et l'enfant la conduisait à l'endroit où elle voulait aller. La Vénérable Mère a raconté à sœur Marie que des rires et des railleries accueillaient parfois sur leur passage la pauvre aveugle et sa petite conductrice ; mais celle-ci, loin de se décourager, demanda à sa mère et obtint facilement la permission d'accompagner un jour l'aveugle par toute la ville de Montpezat, sollicitant pour elle un secours de toutes les personnes aisées et charitables. Elle eut la consolation de recueillir, pour sa protégée, les aumônes les plus abondantes. « Notre Mère, dit sœur Sophie, a souvent répété qu'elle attribuait en grande partie les grâces que Dieu lui avait faites, particulièrement celle de pouvoir

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