CHAPITRE XXXII
morte en elle. Bien au contraire, à mesure que le moment de sa délivrance approchait, son ardeur pour la gloire de Dieu et le salut des âmes semblait grandir. Une ^lc^ écoles fondées pendant le mois qui précéda sa mort, fut celle de Cosne, paroisse du diocèse de Moulins. Le dénùment le plus extrême semblait attendre les deux Sœurs qu'on y envoyait. Or, comme, sur ces entrefaites, on s'entretenait un jour devant elle du bonheur du ciel : « J'aimerais pourtant autant Cos>ie que le Paradis », reprit-elle. « Admirable parole ! s'écrie à ce propos le pieux et savant M. Hamon. Voilà bien cet amour pur, cet abandon de tout soi-même qui est la perfection de la charité, mais qui, en même temps, quoi qu'en aient dit quelques critiques au cœur trop froid pour comprendre le langage des saints, ne déroge en rien à l'obligation de l'espérance chrétienne. Car l'âme dans cet état n'en dit pas moins comme le reste des fidèles : j'espère le ciel, puisque Dieu l'a promis ; seulement elle ajoute, par une supposition qui sans doute ne se réalisera jamais, mais dans laquelle toutefois se complaît son amour, si la gloire de Dieu l'exigeait, je ferais le sacrifice de ce que j'espère : actes, dit Bossuet, qui ne peuvent être blâmés sans condamner en même temps ce qu'il y a de plus grand et de plus saint dans l'Église (1). »
On était arrivé au 18 janvier. « Du 18 au 2J, écrit sœur Sophie, les assoupissements furent plus fréquents et plus prolongés, de sorte que nous craignîmes qu'elle ne mourût dans ce sommeil. Nos appréhensions furent plus vives le samedi, 27 janvier, parce qu'aucune de nos industries accoutumées ne put la réveiller. »
Pour la faire sortir de son état léthargique, le docteur Cade dut employer l'application d'un topique violent, l'ammoniaque liquide. Elle poussa, en se réveillant, un cri de douleur.
« A six heures du matin, poursuit sœur Sophie, M. le Supérieur lui administra les derniers sacrements. Elle se montra pleine de confiance et reçut le Saint-Viatique et l'Extrême-Onction avec la plus grande ferveur. » Elle demanda tout haut pardon de ses fautes, « nejût-ce, ajouta-t-elle, que des Jantes de cette journée. » Elle faisait allusion au cri de douleur qu'elle avait poussé sous l'action du violent remède.
Ce jour-là même, une novice était sur le point de s'éloigner de Bourg pour se rendre à l'établissement qui lui était destiné. La
1. Vit de âfi** Rivier par M. IIamon, p. 280-28 1. — V. Bossuet, Instruction sur Us états d'oraison, livre IX, § 4, et livre X, § 22.
Marie Rivier. »7
bonne Mère voulut ta voir et lui donner ses derniers avis : ( Mon
•.'. lui dit-elle, appliquez-vous à la mortification : sans la pénitence
ité, il n'y a pas d'oraison. Soyez exacte à préparer chaque soir
méditation, tuais soyez surtout fidèle à la préparation
tint François de Sales, dont nous allons bientôt cél la fe te. de vous faire part de sa douceur, et pratiquez cette vertu auprès vous allez instruire.)
Le rS janvier, veille de la fête de saint François de Sales, on
exposa une relique du Saint sur la cheminée : « Bien, dit-elle, mais
bientôt une fête encore plus grande, la fête de mou cœur.) Elle
voulait parler de la Purification de la Sainte-Vierge.
Elle sortit encore une fois de son sommeil le 31 janvier, en recevant une visite de M. Vernet, accompagné d'un prêtre de Saint- Sulpice, directeur au grand séminaire de Viviers. Klle prit une image sur sa table et l'offrit au prêtre en lui disant : «' Je n'en ai pas de plus belle ; -la pour vous souvenir de moi dans vos prières. »
•• Le matin du 2 février, fête de la Purification, disent les Annales, elle fut moins assoupie. Notre sœur Sophie avait représenté, avec tous les personnages, sur la table de notre Mère, le mystère du jour. Elle considéra un moment cette représentation et baisa les pieds de l'Enfant-Jésus qu'on lui mit dans la main. Mais sa vue était affaiblie, ainsi que sa tête, et l'effort qu'elle fit pour mieux voir les pieux objets la fatigua.
i L'n peu plus tard, M. l'aumônier lui porta la communion. Avant de la lui donner, il exhorta la malade à faire le sacrifice de sa vie. Elle joignit les mains et répondit : « Oh! oui, il est fait depuis longtemps. »
Plus tard encore, mais toujours dans la matinée, elle eut un entretien avec M. Vernet. « Je lui demandai, écrit le pieux directeur, pourquoi elle avait toujours eu tant de dévotion au mystère de la Purification de la Sainte-Vierge. Elle me répondit : « fe ne puis pas bien vous le rendre ; mais quand je pense que, ce jour-là, Notre- Seigneur, ne se contentant pas de s être incarné, s'est offert à son Père comme une victime pour tous les hommes, et que la Sainte- Vierge s est offerte avec lui, f éprouve aussi le désir dé vi immoler pour le salut des âmes. » Elle ajouta : « Ce matin, Dieu a inondé mon âme de telles consolations, qu'il me semblait que les saints n'en ont pas de plus grandes dans le ciel ; mais je lui ai dit : Non, non, mon Dieu, je ne veux point de cela ; mais, des croix, des souffrances, des amertumes. »