CHAPITRE XXXII
La nuit suivante, elle dormit constamment et ne prit n'en. Vers [uatre heures et demie, le samedi matin, 3 février, on l'entendit plusieurs fois répéter son cri ordinaire : Miséricorde ! — Elle ajouta : Sainte- Marie, Mère de Dieu, pries pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et a VJieure de notre mort. Ainsi soit-il. » Ce fut la dernière prière qu'on entendit sortir de ses lèvres. Elle retomba dans son assoupissement. »
« Vers le milieu de la journée, écrit sœur Marie, je la trouvai s: mal que je dis à nos Sieurs : ({ Levons-la vite ! » Comme si elle eut attendu ee signal, elle ajout. 1 : < Oui, oui, ôtez-moi de là, » — Nous la levâmes donc. Quand elle fut au pied du lit, elle fit signe qu'on lui donnât la chaise à accoudoir. Nous approchâmes la chaise ; elle s'y appuya, mais aussitôt s'assoupit. Xous l'assîmes comme à l'ordinaire près du feu et la léthargie devint si profonde qu'on ne réussit plus à la réveiller complètement, quelque peine qu'on y prit.
« Il fut aisé de juger qu'elle touchait à ses derniers moments. M. l'aumônier lui donna l'absolution générale. La Communauté, avertie du danger, se rendit à l'église pour y prier devant le saint ciboire exposé sur l'autel. »
Il n'y eut pas d'autre agonie que ce calme et profond sommeil. Doucement, sans convulsion, sans secousse, la Vénérable Mère rendit le dernier souffle à quatre heures et demie du soir. Elle était âgée de soixante-neuf ans, un mois et quelques jours.
Le vœu qu'elle avait formé quinze ans auparavant à Thueyts s'était accompli : elle n'était point morte dans son lit. Elle avait succombé au poste ordinaire et presque dans l'attitude habituelle de son travail, auprès de ce bureau, où elle avait écrit et dicté tant de lettres, d'où elle avait prêché ses dernières instructions, d'où elle avait dirigé jusqu'aux derniers jours de sa vie sa Congrégation tout entière. Cette mort calme et douce réalisait également un autre de ses vœux. << Dieu, dit fort justement sœur Sophie, ne permit pas que le démon, dont cette sainte âme avait tant redouté les assauts pour cet instant suprême d'où dépend l'éternité, vînt troubler ses derniers moments. »
Sœur Marie lui ferma les yeux et tomba aussitôt à genoux auprès de sa dépouille mortelle, voulant être la première à l'invoquer. « O Mère, s'écria-t-elle, du haut du ciel n'abandonnez pas vos filles ; laissez-leur votre esprit... » MI,e Eugénie Aubanel, l'ancienne novice dont nous avons parlé, qui avait obtenu la faveur d'assister aux der-