I. Sans doute la guérison de sœur Théophile
Le 25 août, nouvelle lettre : « L'état de notre vénéré Supérieur, M. Garnier, loin de s'améliorer, s'aggrave de jour en jour, malgré les remèdes. Prions. Tous nos Messieurs du séminaire unissent leurs prières àeelîes de vos bonnes religieuses de la Présentation et de vos Messieurs de Viviers. »
: Membre : « Je me hâte de vous donner une nouvelle qui va vous combler de joie Nous n'avons pas imploré en vain la bonne Mère Rivier. Nos prières sont exaucées ; notre très honoré l'ère est guéi
Le iS janvier 1839, M. Garnier, Supérieur général de Saint- Sulpice, écrit lui-même : « La neuvaine de Bourg-Saint-Andéol m'a été propice. Les prières de la bonne Mère défunte, en qui j'ai beaucoup de confiance, m'ont été favorables. Depuis le Ier septembre, je n'ai éprouvé aucune atteinte. »
Après avoir donné à ses filles les premiers gages de sa protection maternelle, n'était-il pas juste que la Servante de Dieu se souvînt de la Compagnie à laquelle elle avait dû les deux directeurs de son âme? Mais on eût été surtout étonné si elle avait paru oublier, du haut du ciel, ceux qui avaient été l'objet de sa plus constante sollicitude ici-bas, les enfants et les pauvres.
Au commencement d'octobre 1838, le jeune Philippe Chambon, de Thuevts, âgé de huit ans, en proie depuis plusieurs mois à un mal que les médecins ne peuvent définir et devant lequel tout leur art est impuissant, tombe en agonie. Sa mère se jette à genoux au pied de son lit et promet une neuvaine à la Mère Rivier. L'enfant ouvre aussitôt les yeux ; trois jours après, il a complètement recouvré la santé. — Il suffit, pour guérir les plaies qui couvrent le corps de la petite Louise Brousse, de Montélimar, âgée de douze ans, d'y appliquer un linge ayant appartenu à la Vénérable Mère : dès la première application, la guérison commence ; le neuvième jour, il ne reste plus que des cicatrices. — Marie Tousay, de Chaudesaigues, au diocèse de Saint-Flour, a le corps couvert d'ulcères scrofuleux, qui lui causent des douleurs intolérables, gagnent une partie du e et finissent par la priver de la vue. Sa pieuse mère lui fait faire trois neuvaines consécutives à la Mère Rivier. Laissant de côté, des le premier jour, tous les remèdes prescrits par les médecins, elle se contente de mettre dans sa tisane un peu de terre prise sur le tombeau vénéré. A la fin de la troisième neuvaine, pendant une
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laquelle la jeune malade vient de communier avec sa mère, les douleurs cessent tout à coup et la vue lui est rendue. Il ne lui reste de ses plaies que quelques cicatrices et un peu de rougeur aux paupières. Dieu semblait répondre ainsi au vœu de la pieuse mère, qui, craignant que sa fille ne fît un mauvais usage d'une guérison complète, avait demandé qu'il lui restât quelques légères difformités.
Vers le même temps, M. Faure, curé de Villeneuve-de-Berg, était guéri subitement d'un rhumatisme goutteux, i Dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 février 1839, raconte t-il, après avoir souffert de douleurs très violentes, j'avais fini par m'endormir. Tout à cou.p, je crois voir, debout près de mon lit, la bonne Mère Rivier, qui me fixe avec un sourire plein de compassion et me dit : <L Prie/, pour les âmes du Purgatoire et vous serez soulagé. » Comme je reste silencieux : « Priez donc, ajoute-t-elle ; j'intercéderai pour vous, et vous serez soulagé dans deux heures. » Sorti de mon sommeil, j'entends sonner quatre heures, je récite le plus pieusement que je peux le De profundis, et, convaincu que je viens d'avoir, non un simple rêve, mais une vision réelle, j'ajoute : « Bonne Mère, si vous m'obtenez de Dieu la grâce de pouvoir faire le travail de mon ministère pendant ce carême et le temps de Pâques, je vous promets de faire une neuvaine pour les âmes du Purgatoire et d'aller dire une Messe d'actions de grâces au couvent de Bourg-Saint-Andéol. » Cela dit, je me rendors. A six heures, je m'éveille. Plus de douleurs, plus d'enflure. Je me lève ; je vaque aux devoirs de mon ministère comme si je n'avais jamais été malade. Depuis ce jour, le mal n'a jamais reparu. Je sens tout au plus, de loin en loin, quelques douleurs passagères, et, comme un dernier ressentiment, quelques tiraillements de nerfs au pied. Mais je n'ajoute pas moins de foi à la vision et à la parole de la Mère Rivier, laquelle ne me dit pas : « Vous serez guéri », mais : « Vous serez soulagé. »
Villeneuve-de-Berg, on s'en souvient, était le pays natal de M. Vernet, et la Mère Rivier y avait autrefois prêché des retraites avec un fruit merveilleux. Moins heureuse avait-elle été dans sa ville natale de Montpezat, et l'opposition qu'y avait rencontrée la fondation d'une maison de son Institut n'avait pas été une des moindres épreuves de sa vie. Mais peut-être fût-ce là une des raisons pour lesquelles le coeur magnanime de cette bonne Mère sollicita de Dieu, en faveur du berceau toujours chéri de son enfance et de son apos-
tolat, une des grâces les plus signalées. Elle nous est ainsi racontée par le respectable chanoine Valette, curé de Montpezat :
t M0* Euphrosine Viales, épouse Bertrand, depuis longtemps maladive, était arrivée à un état d'épuisement complet. Le 2 février 1S40. son médecin, M. le docteur Leyastre, la voyant dans un état désespéré, déclara qu'il était temps de faire appeler le prêtre. Aucune suite n'ayant été donnée à cette invitation, M. le docteur se présente lui-même chez moi : « Il n'est que temps, me dit-il ; Mme Bertrand touche à ses derniers moments. » Je me rends tout de suite chez la malade. Ses yeux à demi éteints, sa respiration oppressée, la sueur abondante qui couvre son corps ne me révèlent que trop clairement l'imminence du danger. Je me hâte de lui administrer les derniers sacrements. Quand elle eut reçu la sainte Hostie, je crus devoir l'engager à se résigner à la volonté de Dieu et à lui offrir généreusement sa vie. Je ne me dissimulais pas en ce moment la grandeur du sacrifice que je demandais de cette jeune femme de trente-cinq ans. Auprès d'elle, son mari et ses cinq enfants sanglotaient. A cette vue, je me sens inspiré de l'exhorter à espérer contre toute espérance : « Nous allons, lui dis-je, demander à Dieu, par l'entremise de la Mère Rivier, de prolonger votre vie pour votre mari et pour vos enfants. » A ces mots, la mourante joint les mains et lève les yeux vers le ciel en signe de prière, et je me retire laissant toute la maison dans les pleurs. J'étais grandement ému moi-même, parce que j'étais convaincu que la malade ne pouvait se relever que par un miracle. Quelle ne fut donc pas ma surprise le lendemain lorsqu'on vint me dire : « Euphrosine va mieux ; depuis hier soir, elle n'éprouve plus aucun mal ; il ne lui reste qu'un peu de faiblesse. » En effet, de jour en jour, sa santé se fortifia. Elle fait aujourd'hui son ménage. Je suis persuadé que cette guérison est due à l'intervention de la Mère Rivier. »
Ce que le bon curé ne dit point, retenu sans doute par un scrupule de discrétion sacerdotale, c'est qu'au miracle de la guérison corporelle s'était joint le miracle d'une guérison spirituelle. La pauvre jeune femme ne fréquentait plus les sacrements depuis plusieurs années. Le démon lui avait inspiré une sorte de haine étrange pour tout ce qui touche à la très sainte Vierge et à son culte. Le même instant rendit la santé à son corps et la paix à son âme : « Euphrosine Bertrand, dit sœur Rosine, devint le modèle des mères chrétiennes à Montpezat ; son plus grand bonheur était d'aller, en