CHAPITRE XXXIII
tre jeunes filles, emportées vers l'âge de vingt-cinq ans par la
même terrible maladie, la phtisie pulmonaire.
En 1867, elle constata avec anxiété que sa cinquième fille présentait tous les sym: lu même mal, compliqué d'une affection au foie et d'une hydropisie générale. L'état de la malade fut bientôt désespéré.
« J'eus d'abord recours à mon frère, le docteur Tourette, écrit Mme Giffon dans son intéressant rapport. Je n'obtins de lui que ces mots désespérants : « Ma pauvre amie, c'est un nouveau sacrifice qu'il te faut faire. » J'appelai alors M. le docteur Tailhand, d'Aubenas. Après un examen attentif : « Ne vous bercez d'aucun espoir », me dit-il. Je me souviens que, dans ma désolation, je m'écriai : <<. Docteur, de grâce, ne négligez rien ! S'il faut vendre une terre de dix mille francs, je le ferai. — Pauvre mère, reprit-il, vous pourriez bien vendre toutes vos terres... La médecine n'y peut rien. » Les vomissements de sang étaient fréquents et abondants. Le corps de ma pauvre fille était monstrueusement enflé.
« Dans ma détresse, ne pouvant plus me soutenir, je me jetai sur un lit. Mais, de là, j'aperçois le portrait de la Mère Rivier, exposé dans ma chambre. A l'instant, mon espoir se ranime. Je tombe à genoux devant l'image vénérée. Je demande à la Vénérable Mère de guérir ma fille, lui promettant de porter le noir toute ma vie, et de faire célébrer, dès le lendemain matin, une Messe dans la chapelle des Sœurs de la Présentation.
« Le lendemain matin, ma pauvre enfant entrait en agonie. Cependant, M. l'abbé Laffont, vicaire de Thueyts, prévenu la veille, s'était déjà rendu au Couvent pour y célébrer la Messe promise. Un moment, j'hésitai. Devais-je soigner ma fille jusqu'à son dernier soupir, ou bien aller au Couvent prier pour elle ? Ma confiance en la Mère Rivier l'emporta. Me tournant vers son portrait : « Bonne Mère, lui dis-je, vous savez quelles démarches je fis, dans ma jeunesse, auprès de mes parents, pour entrer comme religieuse dans votre Communauté. Je ne pus l'obtenir. Dieu l'a voulu peut-être afin que, par ma grande confiance en vous, un miracle contribue à votre canonisation. S'il vous faut ce miracle, faites-le. Voici ma fille expirante ; je vous la laisse sans connaissance. Si vous m'écoutez, toute la paroisse de Thueyts reconnaîtra votre crédit auprès de Dieu et attestera le miracle. » Je courus au Couvent, et, tout le
temps de la Messe, au milieu de mes larmes, je priai la bonne .Mère.
« Quand je rentrai chez moi, je trouvai ma fille sur son lit, calme
apprêtant à se lever. Dire les transports de ma joie, je ne le puis. Ma fille se leva en effet le jour même. Le lendemain, je ne lui permis pas de travailler, mais le surlendemain elle faisait le ménage.
lit à la fin d'octobre 1867. Depuis lors, aucun symptôme n'a reparu. Il n'est pas un habitant de Thueyts qui refusât de certifier le fait que je viens de rapporter. » Thueyts, 3 octobre 1868. V. GlFFON, née Tourette.
La relation de Mme Giffon, conservée à la Maison-Mère de Bourg- Saint-Andéol, est accompagnée des attestations suivantes, portant les signatures de Mlle Victorine Giffon, des docteurs Tailhand et Tourette et de l'abbé Prat, curé de Thueyts.
€ J'ajoute au rapport de maman que, depuis un an que ma guérison a eu lieu, telle qu'elle vient d'être racontée, je jouis, grâce à la Vénérable Mère Rivier, d'une santé que je n'avais jamais eu aussi
bonne. >
i Victorine Giffon. »
« Aubenas, 3 octobre 1868. — Il est très vrai que, pendant les mois de septembre et d'octobre 1867, j'ai eu l'occasion de voir plusieurs fois MUc Giffon Victorine, de Thueyts, laquelle était atteinte d'une maladie des organes de la poitrine et du foie, compliquée d'une hydropisie générale.
•■ Il est également vrai que, en présence d'une situation exceptionnellement grave et de l'insuccès des remèdes employés, je déclarai aux parents que le danger était pressant et que je ne conservais plus d'espoir de guérir la malade.
« Grâce à Dieu, ces appréhensions ne se sont pas réalisées et, à ma grande satisfaction, j'ai constaté au mois d'avril dernier que Giffon était parfaitement rétablie. — L. Tailhand, docteurmédecin. » — « Les faits constatés dans cette lettre se sont passés sous mes yeux. — TOURETTE, docteur-médecin. »
— « Je dois déclarer que Mroe Giffon et Mlle Victorine Giffon, appartenant à l'une des plus honorables familles de ma paroisse, sont absolument dignes de foi, aussi bien que les deux docteursmédecins, Messieurs Tailhand et Tourette. — PRAT, curé.