‹ La vénérable Marie RivierChapitre 240 sur 279 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Si la guérisor) des corps est un des signes par lesquels Dieu manifeste la sainteté de ses Serviteurs, la conversion des âmes n'estelle pas une preuve plus éclatante encore de leur puissance auprès de Dieu? Les grâces spirituelles obtenues par l'invocation de la Vénérable Mère Rivier ne sont pas moins remarquables que les faveurs temporelles accordées par le moyen de son intercession.

En 1852, à Etauliers, dans le département de la Gironde, une femme de quatre-vingt-deux ans, qui ne s'était pas approchée des sacrements depuis plus de quarante années, refusait obstinément de recevoir le prêtre et rejetait avec mépris tous les objets de piété qu'on lui offrait. A la suite d'une neuvaine faite à son intention par les religieuses de la Présentation de Marie, elle accepte une médaille miraculeuse, se confesse dans de grands sentiments de foi et ne cesse, pendant les quelques mois qui lui restent encore à passer sur la terre, de manifester sa joie d'être convertie et sa reconnaissance envers la Mère Rivier.

En 1859, à La Blachère, une pécheresse scandaleuse, après avoir horriblement blasphémé en présence du prêtre qui vient lui apporter les secours de son ministère, se décide tout à coup à recevoir les sacrements, aussitôt qu'on a glissé sur elle, à son insu, une relique de la Vénérable Mère Rivier.

Des faits semblables se produisent à Bordeaux, en 1 861, et à Saint-Jean-le-Centenier, en 1866. Mais le prodige le plus éclatant est celui qui s'accomplit à Jaligny, au diocèse de Moulins, en 1867.

Un jeune homme très instruit dans les sciences humaines, mais livré depuis plusieurs années à toutes les folies d'une jeunesse mondaine et dissipée, ne pouvait entendre parler de Dieu et de ses ministres. Atteint d'une maladie qui lui causait de vives souffrances et qui mettait sa vie en danger, il refusait toutes les consolations de la Religion. Ses deux sœurs demandent aux religieuses de la Présentation établies dans la paroisse de vouloir bien commencer avec elles une neuvaine à la Mère Rivier. Elles cachent en même temps une relique de la Vénérable Fondatrice sous l'oreiller du malade. Peu de jours après, celui-ci, au grand étonnement de ceux qui l'entourent, fait appeler un prêtre qu'il désigne lui-même, se confesse, reçoit la sainte communion, et, comme il aperçoit dans le cortège de Xotre-Seigneur une Sœur de la Présentation, il demande à s'entretenir un instant avec elle. C'était la Supérieure de l'école de Jaligny. Aussitôt qu'elle s'est approchée du malade : « Ma

Marie Rivier. ;3

Sœur, lui dit celui-ci , votre Fondatrice, la Mère Rivier, est une sainte. Veuillez m'apporter son portrait, afin que je le vénère. » Ce portrait lui ayant été remis: « Oui, s'écrie- t-il, c'est bien elle; elle que j'ai vue et qui m'a convertie. » La bonne religieuse revint plusieurs fois visiter le malade, qui l'édifia profondément par sentiments de piété, et qui mourut quelque temps après en invoquant saint Joseph, saint Louis de Gonzague et la Mère Rivier. Plus de cent cinquante lettres, demandant des neuvaines ou d'autres prières en l'honneur de la sainte Fondatrice, sont précieusement conservées aux archives de la Maison-Mère de la Présentation de Marie.

La renommée populaire n'a pas seulement reconnu à la Vénérable Mère Rivier le don des miracles, elle lui a attribué également le don de prophétie. En 1842, les juges ecclésiastiques du Procès de canonisation interrogèrent M. Vernet à ce sujet. «Je ne crois pas avoir le droit d'affirmer, répondit le prudent Supérieur, encore moins le pouvoir de démontrer par des preuves irréfutables, que la Fondatrice de la Présentation de Marie a eu le don de prophétie ; cependant j'ai vu certaines de ses paroles se réaliser avec tant de précision, que je me suis demandé si la perspicacité naturelle dont elle était douée à un haut degré pouvait suffire à les expliquer. »

Plusieurs de ces prédictions eurent trait aux futurs développements de son Institut.

A Thueyts, prêchant une fois sur le zèle de saint François Xavier, elle s'était écriée : € Et mes filles aussi traverseront un jour les mers ! » Plus tard, le 9 mars 18 17, Mlle Rey, nièce de M. le chanoine Rey, de Viviers, religieuse ursuline à la Nouvelle-Orléans, lui ayant écrit : « Oh ! que je voudrais vos filles ici ! » elle répondit : î Mes filles iront dans le pays où vous êtes, mais plus tard. »

M. Vernet ne devait pas voir l'accomplissement de ces paroles. Lorsque Dieu rappela à lui le digne Supérieur, cinq ans après la mort de la Vénérable Fondatrice, les Soeurs de la Présentation de Marie avaient cependant franchi une seconde fois les frontières de France. Le 22 avril 1841, elles s'étaient établies en Suisse, où elles avaient fondé l'établissement de Lausanne. M. Vernet eut la consolation de voir les premiers fruits de cette

Page 1