‹ La vénérable Marie RivierChapitre 242 sur 279 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

sacrifice de la Messe dans sa chapelle privée, se rendit à la salle noble de son palais du Vatican, .assit sur le trône pontifical, et, ayant fait approcher leurs Éminenees le cardinal Louis Masella, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, Ange Bianchi, rapporteur de la Cause, ainsi que Sa Grandeur Mgr Augustin Caprara, promoteur de la foi, et Mgr Vincent Nussi, secrétaire, déclara solennellement « que la Vénérable Servante de Dieu Marie Rivier avait pratiqué les vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité, de même que les vertus cardinales de Prudence, de Justice, de Tempérance et de Force, et leurs annexes, au degré héroïque. »

En attendant qu'il nous soit permis d'invoquer Marie Rivier sous les noms de Bienheureuse et de Sainte, l'Église nous invite donc des aujourd'hui a saluer la Fondatrice de la Présentation de Marie comme une héroïne de Foi, d'Espérance, de Charité, de Justice, de Prudence, de Tempérance et de Force.

1 léroïne de la Foi, qui mérita mieux un pareil titre, que cette pauvre fille de village osant entreprendre, au milieu des troubles de la Révolution, au moment où toutes les institutions religieuses étaient renversées, la formation d'une Congrégation nouvelle? « La foi, dit M. Hamon, était pour la Mère Rivier ce qu'elle était pour le saint roi David, une lumière qui dirigeait tous ses pas, qui éclairait toutes ses décisions, tous ses projets et toutes ses paroles (i). » S! parfois elle entendait quelqu'une de ses filles porter un jugement d'après des vues humaines, elle l'en reprenait fortement : « O femme de peu de foi lui disait-elle, que n'avez-vous plus de déférence pour l'autorité de Dieu et plus de foi à sa parole? Est-ce là ce que nous a enseigne Jésus-Christ ? » — « La foi vive que notre Mère avait de la grandeur et de la sainteté de Dieu, dit sœur Sophie, la tenait comme anéantie et abîmée de respect devant cette souveraine Majesté. Si elle prenait de l'eau bénite, si elle faisait un signe de croix, si elle adorait le Saint-Sacrement, c'était avec un si profond respect, que tous ceux qui la voyaient en étaient frappés. » Tout ce qui a rapport au culte divin, tout ce qui a été bénit par l'Église devenait l'objet de sa vénération et de sa piété. Elle voyait Dieu en tout. On a pu dire d'elle, comme du juste dont parle l'Écriture, qu'elle vivait de la fin. Dans tout le cycle de l'année liturgique, elle s'appliquait avec tant d'ardeur à entrer dans l'esprit des fêtes célébrées par l'Eglise, que ses actions

i. Vie de Madame Rivier par M. Hamon, p. 250.

43^ LA \ 1 \l RÂBLE MARIE RIVIER.

ieures, ses paroles, sa tenue, respiraient je ne sais quelle ressemblance avec le mystère dont on célébrait la mémoire. Depuis Noël jusqu'à la Purification, sa modestie, son recueillement, la douce joie qui rayonnait sur son visage, annonçaient que son cœur était tout entier dans 1 etable de Bethléem, avec les bergers et les anges, aux pieds de Jésus, Marie et Joseph. De la Purification à la Septuagésime, elle s'occupait de la vie cachée, laborieuse et humiliée de la sainte Famille à Nazareth. Le temps qui s'écoulait de la Septuagésime à Pâques était pour elle une époque de larmes et de gémissements. Mais, au grand jour de la Résurrection, sa joie éclatait et se prolongeait pendant le temps qu'elle appelait « la quarantaine glorieuse. » — « Oh ! combien j'aime ce temps ! disait-elle un jour à une de ses Sœurs. Il me semble toujours que Notre-Seigneur est là qui m 'apparaît.

Son esprit de foi se manifestait avec une expansion de joie toute particulière aux fêtes de la très sainte Vierge. Elle aimait à rappeler que la plupart des grâces qu'elle avait reçues de Dieu lui étaient venues par l'intermédiaire de Marie et aux jours de ses fêtes. Après le récit de sa vie il serait sans cloute superflu d'insister sur ce point. « La vie de notre Mère, dit sœur Sophie, n'est que l'histoire de sa dévotion à la Vierge Marie. En toute difficulté, surtout dans les nécessites matérielles, elle disait : <i C'est l'affaire de la Sainte-Vierge », et cette parole l'aidait à conserver la paix. » Sa dévotion au chapelet et au Rosaire, qui datait de son enfance et qui avait grandi dans la confrérie des dominicaines de Montpezat, ne cessa de s'accroitre jusqu'à la fin de sa vie. « Elle a voulu, dit sœur Adélaïde, que la récitation du saint Rosaire fût perpétuelle dans la Congrégation ; les Sœurs de la Sainte-Famille et les orphelines sont en particulier chargées d'accomplir cette volonté de notre Mère. « Que ferais-je, disaitelle souvent, que ferais-je sans mes rosaires ? »

Sa foi lui inspirait un respect profond pour tous les saints honorés dans l'Eglise. Elle ne pouvait supporter ce ton de raillerie ou de scepticisme que se permettent parfois certains chrétiens en parlant de tels ou tels faits extraordinaires de la vie de ces bienheureux. Plusieurs saints cependant étaient pour elle l'objet d'une dévotion spéciale.

Le seul fait qu'elle plaça les Sœurs converses de sa famille religieuse sous le patronage de Jésus, Marie et Joseph vivant à Nazareth, indique suffisamment qu'elle se garda bien de séparer de Notre- Seigneur et de sa sainte Mère, dans sa vénération et son amour

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