‹ La vénérable Marie RivierChapitre 243 sur 279 · CHAPITRÉ XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ XXXIII

celui que Dieu leur avait si étroitement uni. A une époque où la dévotion à saint Joseph n'avait pas encore acquis le développement qu'elle a aujourd'hui, Marie Riviér s'appliquait à inspirer à ses filles une grande dévotion envers ce glorieux Patriarche. « Elle ne pouvait se lasser, dit sœur Sophie, de nous parler des vertus de saint Joseph, surtout tle son esprit de foi et d'oraison, de son silence, de son amour pour le travail, de son abandon à la volonté de Dieu ; elle nous le proposait comme notre premier modèle dans l'accomplissement de nos devoirs à l'égard des enfants. »

Son zèle militant lui avait inspiré un culte spécial pour l'archange saint Michel, le chef de la milice angélique, le céleste défenseur des droits de Dieu et de l'Eglise. Elle lui fit ériger une chapelle dans le Couvent. « Notre Mère nous exhortait vivement, dit sœur Adélaïde, à imiter saint Michel dans son ardeur à terrasser les démons, surtout celui de l'orgueil. « Il faut, disait-elle, répondre à toutes les suggestions de ce démon par le cri de l'Archange : « Oui est comme Dieu ? »

C'est encore son esprit de foi qui la portait à recommander à ses Sœurs la dévotion aux saints Anges Gardiens par ces paroles gracieuses et touchantes : « Si vous voulez réussir auprès des enfants dans vos classes, il faut commencer par vous entendre avec leurs bons Anges. Songez que vous y comptez autant de Princes du ciel que d'élèves. Vous devez donc en entrant les saluer, et puis les invoquer, les consulter, et surtout les imiter, les prendre pour modèles quand vous avez des élèves pénibles. »

Les saints auxquels la Vénérable Mère avait une dévotion particulière se trouvent énumérés dans un de ses cahiers de retraite, du mois de juin 1806. « Je prierai avec beaucoup de confiance saint Joseph, mon bon ange et tous les autres saints pour qui j'éprouve une dévotion spéciale : saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Evangéliste, les saints Apôtres, sainte Anne, saint François Régis, saint Ignace, saint François Xavier, saint Louis de Gonzague, saint Stanislas, saint Vincent de Paul, saint François de Sales, sainte Thérèse, sainte Chantai, sainte Ursule, sainte Agnès, sainte Rose, la Mère Agnès et le bienheureux Olier. J'ai reçu de ce dernier des assistances bien

marquées dans le commencement de l'Institut Mais ma dévotion

la plus grande sera au Cœur de Jésus et à la très sainte Vierge Marie. »

L'ardente foi qui la faisait vivre ainsi dans une perpétuelle commu-

mon de prière avec les saints de l'Église triomphante, ne pouvait lui permettre d'oublier, dans ses oraisons et ses sacrifices, les .unes de souffrante, i Je ne laisserai passer aucun jour, écrit-elle dans le même cahier de retraite, sans prier pour les âmes du purgatoire ; mon intention est de leur appliquer jusqu'à la fin de ma vie toutes dulgences que l'Église permet de gagner pour elles. »

Héroïne de la Foi, elle a bien mérité aussi le titre d'héroïne de lérance chrétienne, cette Fondatrice de tant de maisons religieuses qui n'a jamais compté plus sûrement sur ie succès qu'aux moments où toutes les ressources humaines lui faisaient défaut. Nous l'avons vue déclarer, à propos de la fondation de Pourg-Saint- Andéol, que si elle avait eu de l'argent, elle n'aurait rien osé entreprendre. « C'est précisément parce que je n'avais rien, ajoutait-elle, que je mettais en Dieu tout mon espoir. Ainsi ma misère et ma faiblesse sont cause que j'ai agi avec une entière confiance en sa bonté plus que paternelle. » Tous les jours elle faisait réciter dans sa Communauté les litanies de. la Providence. « Si j'apprenais, disait-elle, que la Communauté a manqué à ce devoir, fût-ce le soir, fût-ce à minuit, je me lèverais et je ferais lever mes filles pour réciter ces saintes litanies. »

Le titre d'héroïne de la Charité chrétienne décerné à Marie Rivier par la sainte Eglise, n'a pas besoin que nous essayions ici de le justifier. Il apparaît dans toute la suite de sa vie. € Cette sainte vertu, dit sœur Sophie, était pour ainsi dire née avec elle. » — « Oh ! la sainte charité, s'écriait-elle, je la sens comme quelque chose de doux dans ma poitrine. » — Elle ne pouvait supporter, chez ses filles, les moindres médisances, critiques ou railleries envers qui que ce fût, mais, par-dessus tout, le manque de compassion, de soins, d'attentions pour les infirmes, les malades ou les personnes timides. Les plus petites fautes, les moindres oublis en cette matière lui arrachaient des larme^:. i Dieu, disait-elle, se montre plus facile à pardonner les injures qu'on lui fait que celles qu'on fait au prochain. »

Le caractère héroïque de la Prudence de Marie Rivier apparaît dans bien des traits de sa vie. Nous l'avons vue attendre vingt ans le moment opportun de réaliser un projet qu'elle avait fort à cour. Elle avait une grande dévotion à cette parole de Xotre-Seigneur : Mon heure n'est pas encore venue. — «Cela ne presse pas, disait-elle souvent lorsqu'on lui proposait une chose à faire. Prenons le temps de consulter Dieu. » Mais une fois cette volonté connue, elle agissait

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décision et rien ne pouvait plus l'arrêter. Cette vertu de prudence lui taisait tenir l'œil toujours ouvert sur tous les détails qui se rapportaient à son administration. « Chaque jour et plusieurs fois le jour, disait-elle, je parcours mes diverses maisons, je me rends présents l'ordre qui doit y régner, les abus qui peuvent s'y introduire, la" ferveur ou le relâchement de chacune de mes tilles. •> Le mal une fois aperçu, elle y remédiait sagement, tantôt par une temporisation qui préparait le cœur à la leçon, tantôt par un avis donné à propos, par un reproche mêlé de douceur ou par un simple déplacement. Rien de merveilleux comme le tact avec lequel elle savait varier son langage et ses manières selon le caractère, le rang, l'éducation ou les goûts de chacun.

n moins héroïques apparurent en la Vénérable Servante de Dieu les vertus de Justice, de Tempérance et de Force.

Dans les nombreuses affaires d'ordre temporel qu'elle eut à traiter pendant sa vie, elle porta toujours l'honnêteté jusqu'à la plus extrême délicatesse. « En cet ordre de choses, disait-elle, une personne consacrée à Dieu devrait avoir honte de se laisser vaincre par les gens du monde. » — « La Mère Rivier était parfois fort sévère, rapporte une de ses anciennes élèves de Thueyts, un seul de ses regards suffisait à nous faire trembler. Mais quand nous avions la conscience en paix, nous n'avions pas peur, parce que nous savions combien elle était juste. »

11 est inutile de montrer quelle grande place dut avoir la vertu de Tempérance, qui est, suivant saint Thomas, <<; la modération des appétits sensitifs », dans une vie aussi humble, aussi pure, aussi mortifiée que celle de Marie Rivier.

Quant à la vertu de Force, elle se manifestait d'une manière frappante à quiconque avait le bonheur d'approcher, ne fût-ce que pour quelques instants, de la Vénérable Supérieure. « Ma longue vie et mes fonctions, dit dans sa déposition au Procès de canonisation un ancien magistrat, M. d'Anthoine, m'ont mis en mesure d'observer les physionomies et de les apprécier. Je n'ai rencontré que deux regards, deux coups d'oeil vraiment grands et qui pénétrassent jusqu'au fond de l'âme : celui de l'empereur Napoléon Ier et celui de la Mère Rivier. » — « J'ai toujours pensé, dit M. Vidal, avocat à la Cour d'appel de Ximes, que la Mère Rivier aurait été capable de gouverner la France, même en temps de révolution. » — Dans ses exhortations, la Vénérable Mère essayait de communiquer

à ses filles sa courageuse intrépidité : « Il en est parmi vous, disaitelle, qui se plaignent de la peine qu'elles éprouvent dans la tenue de leurs écoles. Vous voudriez donc faire la classe aux anges? Si les

enfants étaient des anges, ils n'auraient pas besoin de vous Pour

moi, je puis vous assurer que je voudrais aller faire la classe, même en enfer, aux démons et aux damnés, s'il était possible de les convertir et de les gagner à Dieu. »

Forte devant les hommes et devant les obstacles de toute nature, la Mère Rivier posséda aussi à un degré éminent cette vertu que nous appelons la douceur chrétienne et qui n'est peut-être que la force dirigée contre soi-même. « Notre Mère, dit sœur Sophie, se possédait toujours parfaitement. C'était toujours la même personne, dans sa chambre comme a l'église, en récréation comme au milieu des occupations les plus graves, faisant et disant chaque chose avec le même calme, la même attention que si elle n'eût eu au monde que cette seule chose à faire. »

De toutes ces vertus, les unes furent favorisées, chez Marie Rivier, par un naturel privilégié, les autres furent le fruit d'un effort persévérant et énergique. Toutes furent surnaturalisées par la grâce. - Malheur à nous, disait la Servante de Dieu, si nous cherchions jamais, même pour nos vertus, une loi et un modèle en dehors de la loi et du modèle de Jésus, notre Sauveur ! » Elle avait un attrait particulier à méditer cette parole du divin Maître : Je suis la Voie, la Write et la Vie, et elle l'expliquait à ses filles avec une onction pénétrante. « La sainteté, aimait-elle à redire, n'est autre chose que l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ en tout, partout et toujours. Etre saint, c'est penser, aimer, vouloir, ce que Jésus-Christ a pensé, aimé et voulu ; car on ne peut imiter sa vie qu'en entrant dans son Cœur : être saint, c'est entrer dans le Cœur de Jcsus-Çhrist.^ La plupart de ses instructions à ses religieuses ont pour objet l'imitation de Xotre-Seigneur considéré tour à tour dans chacune des circonstances de sa vie. « Quand je passe un jour sans vous parler de Jésus-Christ, leur disait-elle, je sens qu'il me manque quelque chose et je me couche avec regret. » Elle se servait souvent de la même idée dans ses corrections : « Mon enfant, disait-elle, croyezvou- qu'a votre place le divin Sauveur eût agi ainsi, eût parlé ainsi, eût pensé ainsi ? » — « Non, non, disait-elle dans une de ses instructions, tant que nous ne serons pas entrées dans le Cœur de Jésus- Christ, pour penser comme il a pensé, pour aimer comme il a aimé,

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