LE PENSIONNAT DE NOTRE-DAME DE PRADELLES
Première communion. Désirs de perfection. — Le couvent de Notre-Dame de Pradelles. — Vie exemplaire de la jeune élève; l'amabilité de son caractère, ses vertus ; l'ascendant qu'elle acquiert sur ses compagnes. — Les ermitages. — La mission de La Bastide. — Trait de charité. — Retour des peines intérieures. — Vifs sentiments d'horreur pour le péché et de crainte de Dieu. — Fin de l'épreuve : la parabole de l'arbre dépouillé par l'hiver. — Estime universelle dont Marie Rivier est entourée dans son pays natal. — Sa dévotion à la Sainte-Vierge. Son esprit de mortification : le mouchoir élégant, l'os de mort, la peur du cimetière. — Désir de vie religieuse. Sa demande est repoussée. — Parole prophétique.
TANT de vertus étaient sans doute la meilleure des préparations que Marie pût apporter au grand acte de sa première communion. Elle avait onze ans lorsqu'elle s'approcha pour la première fois de la sainte Table. A cet âge, elle était encore de si petite taille, disent les contemporains, qu'on lui aurait donné à peine six ou sept ans. « J'étais si petite, disait-elle elle-même à sœur Marie, que, pour arriver à la grille du confessionnal, j'étais obligée de me dresser sur la pointe des pieds, et, le jour de ma première communion, pour atteindre à la sainte Table, je mis mon capuchon de laine sous mes genoux. »
Nous manquons malheureusement de détails sur ce beau jour où Jésus vint s'unir pour la première fois à une âme si pure ; mais l'accroissement de vertu qui se manifesta dès lors en elle, suffit à
faire juger des excellentes dispositions qu'elle apporta à ce sacrequi devait, plus tard et pendant tant d'années, être sa nourriture quotidienne (i).
1 '.s ce moment, le désir de s'élever de plus en plus vers le Dieu qui était descendu jusqu'à elle s'empara complètement de son âme. Lorsque, au temps de la moisson, elle voyait passer les Sœurs quêteuses de Sainte-Claire, elle se sentait pleine du désir de les suivre à leur monastère. La vie du cloître lui apparaissait comme l'asile le plus sur de la vertu. Elle y voyait aussi le moyen le plus efficace de réparer ses « libertinages » passés. La Vénérable Servante de Dieu se souvenait avec reconnaissance qu'un jour la pieuse fille de Montpezat qui lui avait trouvé ses béquilles le jour de sa première guérison, M,!e Chambon, l'ayant vue dans un moment de dissipation, lui avait dit d'un ton de reproche : « Marie, tu t'es relâchée ! » Ces simples mots avaient ranimé en elle le désir d'une vie plus austère et plus parfaite.
Aussi accueillit-elle avec la plus grande joie le projet de sa mère de la placer en pension, avec sa sœur aînée Cécile, au Couvent que dirigeaient à Pradelles les religieuses de Notre-Dame.
Le Monastère de Notre-Dame de Pradelles, fondé en 1648, avait pour Supérieure, en 17S0, la Révérende Mère Rome, femme d'un grand mérite, et recevait comme pensionnaires les enfants des meilleures familles du diocèse de Viviers, dont Pradelles dépendait alors.
Cécile et Marie furent amenées à Pradelles par leur mère au mois de septembre de l'année 17S0. Marie, dans son humilité, se disposait à s'édifier dans ce nouveau milieu ; c'est elle au contraire qui allait y apporter l'édification dont il avait besoin et transformer par son influence le pensionnat tout entier.
Il parait en effet que la discipline laissait un peu à désirer dans l'établissement, lorsque les deux jeunes filles de Montpezat y entrèrent. « Quand nous arrivâmes au couvent, disait Cécile, la Préfète des classes ne pouvait contenir dans l'ordre les pensionnaires, tant elles étaient indociles. Ma sœur vit avec chagrin la conduite de ses nouvelles compagnes ; elle aurait voulu les corriger toutes immédiatement ; mais, ne le pouvant pas, elle tâcha de gagner d'abord leur
1 . I Sans la communion, disait-elle un jour à sœur Célestine, je crois que je ne pourrais pas vivre. »