‹ La vénérable Marie RivierChapitre 26 sur 279 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

affection ; puis, dès qu'elle se crut autorisée à leur adresser quelques reproches sur leur conduite à l'égard de leurs maîtresses, elle le fit, et de si bonne grâce, que toutes profitèrent de ses avis. »

La Vénérable Mère, dans le récit qu'elle a dû faire, sur l'ordre de son directeur, à sœur Sophie, des principaux événements de sa vie, a indiqué quelques-uns des procédés qui lui servirent à gagner la confiance de ses compagnes.

« Me voyant la plus petite de toutes, disait-elle, je me fis la servante de toutes, cherchant à les obliger, cédant à leurs volontés en tout ce qui était permis. Surprises de me voir ainsi satisfaire à leurs désirs, les pensionnaires, les unes pour m 'éprouver, d'autres par malice, me faisaient à chaque instant quelque commandement. L'une me disait : Marie, chante, et je chantais ; une autre : Marie, saute, et je sautais ; une autre : Marie, donne-moi ton fil, ton aiguille, et je donnais mon aiguille et mon fil. »

Bientôt la sagesse de la nouvelle pensionnaire, son esprit judicieux, ses rapides progrès dans les études, montrèrent qu'à la condescendance la plus charitable, Marie Rivier savait unir l'esprit le plus ferme et le plus sérieux. Au bout de quelques semaines, elle avait conquis l'amitié de toutes ses compagnes et l'estime de toutes ses maîtresses ; à tel point que celles-ci crurent pouvoir lui confier les élèves qui se préparaient à la première communion. Les témoins qui rapportent ce fait ajoutent que l'ascendant qu'exerçait dès lors Marie Rivier au pensionnat était plus grand que celui des religieuses elles-mêmes. Plus d'une fois, pour calmer des mouvements de dissipation qui commençaient à se produire, il avait suffi de la présence de Marie Rivier, à qui personne n'aurait voulu causer la moindre peine.

L'influence bienfaisante de la jeune pensionnaire sur ses compagnes alla jusqu'à leur faire partager ses attraits personnels. La vie pieuse et recueillie du couvent, la lecture plus assidue de la vie des Saints avaient fait renaître en Marie ce goût pour la solitude qui lui avait fait désirer autrefois de vivre au désert. Elle s'en ouvrit à ses compagnes, et leur communiqua si bien son attrait, qu'on vit ces jeunes filles, avec l'autorisation de leurs maîtresses, construire dans l'enclos du couvent, au moyen de quelques pierres et de quelques branches, des semblants d'ermitages, et tous les jours, sous la direction de Marie, à certains moments de la récréation, chacune se retirait dans sa cellule pour y prier, pour y méditer et se rap-

A V l M RAB1 E MARIE RIVIER.

procher ainsi en quelque manière de l'admirable vie des Pères du i).

Ne s'imagine-t-on pas, encore, voir ici sainte Thérèse s efforçant de bâtir, avec l'aide de son frère, dans le jardin de sa maison, de petits ermitages pour imiter, elle aussi, la vie des saints solitaires?

Marie avait édifié pendant seize mois le couvent de Notre-Dame de Pradelles, lorsque Dieu, qui la destinait à être la mère spirituelle de tant d âmes, et qui voulait sans doute la faire passer par les dures épreuves qu'elle serait un jour appelée à consoler, laissa le démon renouveler en elle, avec un redoublement d'intensité, les angoisses et les perplexités de conscience de ses premières années.

Vers la fin de l'année 1781, Pierre Combe, parrain de Marie Rivier, sachant combien la pieuse enfant se plaisait au milieu des cérémonies religieuses, demanda et obtint la permission d'emmener, pour quelques jours, sa petite filleule à La Bastide, où une mission allait être prèchée par un religieux Capucin. Elle partit toute joyeuse avec son grand-père, heureuse de jouir à la fois de la présence de ses chers parents et des saints exercices de la mission.

Le bon Père Capucin fut plein de zèle et très éloquent sans doute, puisque des témoins nous disent que, plus d'une fois, l'auditoire l'interrompit de ses soupirs et de ses sanglots ; mais <{ il tonna si fort sur les vérités éternelles, dit la confidente de la Vénérable Mère, sœur Sophie, que la pauvre Marie, qui ne perdait pas un mot des discours du missionnaire, en fut toute bouleversée. » Elle voulut faire une confession générale au Père Capucin. — S'appliquant à elle-même les terribles menaces qu'elle entendait faire contre les pécheurs endurcis, elle s'accusa en pleurant de tout ce qui lui paraissait une offense à Dieu, à la religion ou à ses ministres. «J'avais une telle crainte de ne pas déclarer tous mes péchés, disait-elle plus tard, que je ne manquai pas de dire à mon confesseur: Mon Père, je m'accuse d'avoir pensé que vous faisiez peur aux enfants avec votre habit et votre grande barbe. »

Un des derniers sermons du Père fut sur le pardon des ennemis.

s avoir remué l'auditoire comme il l'avait fait précédemment,

il invita tout à coup ceux qui, dans l'assemblée, seraient divisés par

quelque haine, à s'embrasser en signe de réconciliation. Plusieurs le

firent, et Marie, qui était touchée comme les autres jusqu'aux larmes,

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