CHAPITRE IV
cherchait partout du regard quelque personne à qui elle eût fait delà peine, afin de Fembrasser ; mais elle n'en trouva pas. Elle dit alors, en sanglotant, à une pauvre femme placée près d'elle: >< Femme, embrassez-moi, s'il vous plaît.» — A quoi celle-ci, d'abord interdite, finit par répondre : « Je le veux bien, mon enfant, de tout mon cœur,» et elle l'embrassa (i).
La mission se termina sans autre incident, mais les troubles qu'elle avait soulevés, par la permission divine, dans l'âme de Marie Rivier, ne finirent pas de sitôt. Elle rentra au couvent de Pradelles, où ses peines, loin de s'apaiser, augmentèrent. Tout lui paraissait péché et péché grave. << Quand les religieuses, dit-elle, reprenaient quelqu'une de mes compagnes à propos de quelque manquement, je m'imaginais aussitôt en être aussi coupable. Mon confesseur ne m'entendait plus et ne savait comment démêler tout ce que j'accusais. »
Comme, au milieu de ces troubles, sa santé commençait à dépérir, sa bonne mère ne lui laissa pas achever l'année scolaire, et, vers le mois de mars 1782, elle la ramena à Montpezat.
Les désolations ne firent que s'accroître. « Elles étaient d'autant plus déchirantes, dit le vénéré biographe de la Mère Rivier, qu'abandonnée à elle-même, sans conseil et sans guide, sans autre lumière que l'instruction commune qu'on donnait aux enfants de son âge, elle ne voyait aucun moyen d'en sortir. Ces peines prenaient leur source dans l'ardeur même qui la transportait de plaire à Dieu en tout (2). » A la terreur exagérée des jugements de Dieu, vint se joindre une seconde épreuve, dont le démon sait faire, pour les âmes insuffisamment formées aux vertus d'obéissance et d'humilité, un de ses pièges les plus perfides, le scrupule.
C'est le propre des âmes en proie à cette tentation de donner aux paroles qu'elles entendent les interprétations les plus forcées, les plus étranges, les plus fausses. Marie avait lu ou entendu dire cette parole, qui se rencontre du reste dans tous les livres de direction spirituelle, que nous devons suivre toutes les bonnes inspirations que la grâce nous suggère. Elle l'interpréta en ce sens qu'il y avait une obligation rigoureuse de suivre toutes les bonnes pensées qu'on avait une fois éprouvées, et que, d'ailleurs, la simple idée de faire un vœu était un vœu. Ayant eu dans la pensée qu'il était