‹ La vénérable Marie RivierChapitre 28 sur 279 · Mémoires de sœur Sophie · texte numérisé non relu

Mémoires de sœur Sophie

2. Vie de Madame Rivier, par M. Hamon, curé de Saint-Sulpice, page 15.

ieu tic tout recevoir de sa Providence, sans rien deman- :i rien refuser, la pauvre enfant se considéra comme engagée à amença a accomplir son prétendu vœu. C A table, disent [es Mena ires de sœur Sophie, clie mangeait si on lui offrait quelque \on elle ne se servait pas elle-même et ne demandait rien. tant à sa maison que chacun se servît, et ses parents attention de rengager à prendre de chaque plat, elle quittait le plus souvent la table ayant grand'faim. » Ces privations, unies à ses anxiétés morales, amenèrent bientôt un dépérissement e de sa santé. Dieu, qui voulait accoutumer sa Servante à vivre sur la croix, délaissée de tous, permit même que sa mère, dont la tendresse et la sollicitude n'étaient pas douteuses, et qui s'affligeait vivement de la voir dans cet état, n'en soupçonnât nullement la véritable cause. Marie, du reste, s'efforçait de se montrer, à table comme partout ailleurs, aussi gaie, aussi calme que de coutume.

Enfin la Providence permit qu'une bonne femme du voisinage la surprît un jour tout en larmes. « Marie, lui dit-elle, d'où vient que tu pleures si fort, et qu'y a-t-il donc qui te fait ainsi maigrir à vue d'oeil ? > L'enfant se décida alors à expliquer la cause de sa peine. La bonne femme se mit à rire ; elle eut assez de bon sens pour faire comprendre à Marie l'illusion de son prétendu vœu ; elle fit mieux, elle avertit Madame Rivier, qui veilla avec plus de soin désormais sur la santé de sa fille, et toute peine cessa.

De toutes ces épreuves intérieures qui avaient si profondément bouleversé son âme et son corps, il resta seulement à Marie une impression ineffaçable d'horreur pour le péché, de conviction de sa propre faiblesse et de crainte des jugements de Dieu. — Pendant ces jours de désolation et de souffrances, Dieu avait enraciné en elle, et pour toujours, ces sentiments, condition nécessaire de toute perfection. « Un jour, raconte sœur Aloysia, c'était peu de temps avant la mort rie notre Mère, elle était à sa fenêtre et regardait un arbre mille par l'hiver : « Voyez, nous disait-elle, cet arbre, comme le froid et le vent l'ont desséché !... Il travaille cependant, il s'enfonce dans la terre, et vous le verrez un jour chargé de feuilles, de fleurs et de fruits. Ainsi fait Dieu pour les âmes, Il les enfonce dans leur néant ', avant de faire paraître en elles les fleurs ries vertus. »

C'est sans doute parce que Dieu voulait faire paraître un jour en l'âme de .sa Servante les fleurs les plus belles et les fruits les plus

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