I. Mémoires de sœur Sophie
rcueil récemment apporte pour ensevelir une religieuse morte le jour même. »
- eur Adélaïde a déclaré tenir de plusieurs témoins oculaires, qu'un jour les compagnes de Mlle Rivier observèrent qu'elle tressaillait à plusieurs reprises. Pressée de questions, elle dut avouer que, dans le but de dominer son impressionnabilité, elle avait mis dans •che un os de mort, et que le contact de cet os, la pensée seule qu elle le portait, la faisait frissonner de terreur.
Dans le même dessein de se vaincre et de réagir contre la peur que lui causait la proximité d'un cimetière, on la vit s'approcher du mur de clôture, y introduire son bras par une ouverture qui y avait été pratiquée, et maintenir sa main quelque temps immobile dans l'intérieur même du cimetière, malgré la frayeur dont elle était saisie.
« Quand je voyais en moi une répugnance que je croyais venir du démon ou être un obstacle à la vertu, j'allais contre, » disait plus tard à ses religieuses la Vénérable Supérieure de la Présentation. C'est bien déjà là, en effet, la femme forte qu'on entendra s'écrier devant ses filles : « Tuer la nature, tuer le vieil homme : voilà l'oeuvre de toute notre vie. Tout ce qu'on arrache à la nature, on le donne à Dieu. »
Une âme pareille semblait assez vaillante pour embrasser avec générosité les pratiques les plus pénibles de la vie religieuse, et tout paraissait indiquer que telle était la voie destinée par la Providence .1 Marie Rivier. Elle le pensa elle-même,et, après de mûres réflexions, elle adressa à la vénérée Supérieure du monastère de Notre-Dame de Pradelles la demande d'être admise dans sa Communauté. Dieu, qui avait des vues spéciales sur sa Servante, ne permit pas que sa démarche eût le résultat qu'elle en attendait. La prudente Supérieure, après avoir pris l'avis de son conseil, crut voir dans la faible santé de la postulante un obstacle à son entrée en religion. D'autre part le grand-père maternel de Marie Rivier, qui tenait dans la famille la place de son père depuis la mort de celui-ci, déclara s'opposer formellement à l'entrée de sa petite-fille au couvent. Marie eut beau renouveler ses instances auprès des religieuses, faire intervenir auprès de son grand-père les personnes qu'elle croyait capables d'obtenir son consentement ; d'un côté comme de l'autre, tout fut inutile. •• Eh bien, dit-elle alor^. puisqu'on ne veut pas me laisser entrer au couvent, je ferai un couvent moi-même. »