CHAPITRE V
ginais être religieuse, en porter le costume, avoir prononcé des vœux, et la vie du couvent ne [n'apparaissait plus que sous des couleurs si tristes, si noires, que j'en serais, pensais-jc, tombée dans un vrai désespoir, si la chose se fut réalisée. Il est vrai que je considérais ces répugnances comme des tentations du démon et je ne cessais de faire des instances, soit auprès des religieuses, soit auprès de mes parents. »
Sans rien connaître encore des desseins particuliers de la Providence sur elle, mais sans rien abandonner de ses projets, attendant patiemment l'heure de Dieu, mais attentive à profiter de toutes les occasions qui lui seraient données d'exercer son zèle, Mlle Rivier revint à son pays natal.
L'instruction modeste qu'elle venait de recevoir au couvent de Pradelles, lui suggéra d'abord la pensée de reprendre, d'une façon plus sérieuse, cette petite école qui avait eu jusque-là les apparences extérieures d'un jeu d'enfant. Elle s'en ouvrit simplement à M. le curé de Montpezat.
« Quand j'eus fini d'exposer mon projet, raconte-t-elîe, M. le curé se mit tout bonnement à rire. Il me dit qu'il trouvait ridicule qu'une jeune fille de dix-huit ans et de ma taille voulût se mettre à la tête d'une école, qu'il ne croyait pas que je fusse capable d'obtenir d'une troupe d'enfants le respect et l'obéissance. Il ne s'opposa pourtant pas à mon dessein et me déclara qu'il me laissait parfaitement libre. »
La défiance du pasteur fut partagée par la plupart des habitants de la paroisse aussitôt que le projet de la jeune fille fut connu. Très peu virent son entreprise de bon œil. Mais Marie avait mûri sa résolution dans la prière ; l'autorité ecclésiastique n'y faisait pas d'opposition, sa bonne mère n'y contredisait pas, elle se mit à l'œuvre avec confiance et ne chercha plus que les moyens de faire réussir son projet.
La première condition était le choix d'un local convenable.
Les Sœurs dominicaines du Tiers-Ordre possédaient à Montpezat, au fond d'une ruelle appelée le CJianton, une maison avec jardin, dont elles avaient loué une partie à une vieille demoiselle du pays. Une chambre qu'elles s'étaient réservée servait aux assemblées de la confrérie. « Ces bonnes filles, dit sœur Sophie, aimaient beaucoup M,le Rivier. Plusieurs fois, elles l'avaient invitée à leurs fêtes et lui avaient même offert de petits régals dans leur maison. Mlle Rivier se
Marie Rivier. 3
vers elles par leur piété, elle aurait même demandé
son .. :i au Tiers-Ordre, -ans une répulsion invincible qu'elle
■ 1 de leur costume ,
Les bonnes fîrîrent a Marie la partie de leur maison occu-
iei'.le demoiselle, dont le bail expirait ; Marie, de son
montant mee instinctive, consentit, sans se lier
niant par aucun vœu, à revêtir le costume des tertiaires aux
- des fêtes principales de l'Ordre. Tout s'arrangeait pour le
mieux, quand un nouvel obstacle surgit La locataire, en dépit de
tout droil ia à rester dans l'immeuble. Toutes les industries
delà charité employées pour l'engager à sortir furent inutiles. 11
fallut avoir recours à la force. Cet incident était fait pour indisposer
davantage ceux qui n'approuvaient pas le projet de la jeune fille. Il
fut exploité par eux. « On fit du bruit a Montpezat à ce sujet, écrit
ir Sophie, mais grâce à Dieu, Mlie Rivier ne se découragea pas,
et les obstacles ne firent que la rendre plus ardente à poursuivre
son œuvre. ••
Ces dispositions devaient être celles de toute sa vie. Les obstales difficultés matérielles, les contretemps de toutes sorti, rencontreront au début de chacune des œuvres de Marie Rivier ; tout viendra invariablement échouer devant ce caractère de ferme et calme persévérance qu'elle tenait de sa confiance en Dieu et qui avait déjà frappé les témoins de sa jeunesse. « Ce que j'admirais lus dans une si jeune fille, dit M. Testud, c'était sa fermeté de caractère : rien ne l'intimidait, rien ne l'arrêtait, rien ne la troublait.
L'école du Cliantou était à peine ouverte depuis quelques jours et
rincipales familles de Montpezat demandaient à y placer leur.-;
enfants. L'indifférence de M. le curé, l'opposition des habitants
.lent place à une admiration universelle. Marie Rivier avait révélé
du premier coup son aptitude admirable pour renseignement, et les
plus merveilleux encore dont le Ciel l'avait douée pour diriger
et corriger les caractères les plus difficiles. Elle s'est reproché plus
tard, avec cette délicatesse de conscience qu'ont les saints, d'avoir
I. « Ce costume, écrit sœur Marie, consistait en une lévite noire, une jupe Manche et
une coiffure très simple, él'/i la couleur noire inspirait alors à Marie
Rivier une sorte de frayeur si grande que, lorsqu'elle pensait à la vie religieuse, elle était
<-- <le faire un effort p jur écarter l'image du os'.ume noir qu'elle serait obligée de